PIEGES JUSTIFICATIVES
Établissement des Carmélites en France.
Madame Acarie, béatifiée par>Pie VI sous le nom de Marie de rincarnation , après une vie toute consacrée à Dieu et aux bonnes œuvres , travailla à introduire les Carmélites en France. Elle fut énergiquement secoridée par les deux princesses de Longueville, l'abbé, depuis cardinal de Bérulle, et M. de Marillac; François de Sales assista à plusieurs conférences qui eurent lieu à ce sujet. En 16U2, Henri IV accorda des lettres patentes pour autoriser le nouvel établissement, il écrivit même à son ambassadeur à Madrid et au roi
Philippe III , pour obtenir des Carniéliles espagnoles. Le 29 avril 1603, la duchesse de Nemours posa, au nom de la reine Marie de Médicis, la première pierre du cloître, dans une maison située au faubourg Saint- Jacques et destinée à les recevoir. Elles arrivèrent à Paris le 15 septembre 1604 , allèrent visiter l'église de l'abbaye de Saint- Denis et celle de Montmartre, et prirent possession de leur couvent trois jours après, en présence de la reine et de toute la cour. La iille aînée de madame Acarie et six autres dames pieuses prirent Lhabit de l'ordre. Louise Séguier, présidente de Bérulle, sœur du cardinal, mademoiselle de Brissac, iille dû duc de Brissac maréchal de France, les trois lilles de madame Acàrie, Marie de La Rochefoucault, comtesse de Rochechouart , madame de Neuville de Villeroi , mesdemoiselles de Marillac, de Raconis, etc. , vinrent successivement s'associer aux filles de Sainte-Thérèse. En 1605, un nouveau couvent fut fondé à Pontoise, un autre à Dijon; en 1616, la duchesse de Longueville fonda un deuxième couvent à Paris, rue Chapon. Bientôt après un troisième fut établi rue de Grenelle au faubourg Saint-Germain, et. avant la tin du siècle il y avait en France soixantedeux monastères des Carmélites. ( Vie de Madame Acarie. — Essai historique sur l'iitfluence de. la reli- (jion au XV1I° siècle. )
Confréries de Charité.
En 1617, saint Vincent de Paul, alors curé de Chàtillon-lez-Dombes, diocèse de Lyon, était sur le point de monter en chaire, lorsqu'une demoiselle le pria de recommander à la charité de sa paroisse une famille succombant sous le poids' de la maladie et de la misère. En faisant cette recommandation, il insista sur le devoir d'assister les pauvres et surtout les malades. Sa parole fut si touchante, qu'un grand nombre de ses auditeurs, à la sortie de l'église, s'empressèrent d'aller visiter la pauvre famille, et lorsqu'il y arriva lui-même, il trouva dans la maison une table chargée d'une grande quantité de vivres que ses paroissiens avaient apportés. Ayant fait remarquer à quelques personnes qui l'accompagnaient le danger d'une charité mal réglée, qui donne tout à la fois, et ne réserve rien pour le lendemain, on lui demanda de régler lui-même 'la bonne volonté de sa paroisse de manière à éviter de pareils abus. Le dimanche suivant il réunit toutes les personnes qui lui parurent propres au but qu'il se proposait, les organisa en association, leur donna un règlement qu'il fit approuver par l'archevêque de Lyon. Cette première confrérie de charité a été la mère et le modèle de toutes celles qui ont été établies en France, en Italie, en Savoie et ailleurs.
Revenu dans la maison du général des galères, saint Vincent de Paul fonda, le 23 février 1618, à Paris, la deuxième confrérie de charité, par l'autorité du cardinal de Retz , alors évèque de Paris. Bientôt presque toutes les paroisses eurent leur association. Interrompue par la révolution, la confrérie de charité, sous le nom de l'Œuvre des Pauvres Malades, a été rétablie en 1840, sous la direction du successeur de saint Vincent de Paul, le supérieur général des Lazaristes. Associées aux sœurs de la Charité , les dames de l'association vont porter des secours aux malades et étendent aujourd'hui leurs visites à presque toutes les paroisses de Paris. ( Vie de saint Vincent de Paul, par Abelly. — Manuel de la charité. ]
Fondation de la Visitation.
En 1610, saint Fi-ançois de Sales fonda une congrégation où, comme il le disait lui-même à sainte Chantai, qui en fut la première supérieure, devaient présider la charité et la douceur de Jésus -Christ, où étaient admises les faibles et les infirmes, et qui s'employait à soigner les malades et à visiter les pauvres. D'après le premier règlement de la Visitation, les religieuses n'étaient pas soumises à la clôture, ne prononçaient que des vœux simples et se livraient à toutes les œuvres extérieures de charité. C'était la même pensée que, quelques années plus tard, réalisa saint Vincent de Paul, en fondant les sœurs de la Charité, qui, suivant leur fondateur, devaient avoir pour monastère les, maisons des malades, pour cellule quelque pauvre chambre, pour chapelle l'église paroissiale , pour cloître les murs de la ville, pour clôture l'obéissance, pour grille la crainte de Dieu , et pour voile la sainte modestie. L'archevêque de Lyon, monseigneur de Marquemont, ayant exprimé la crainte qu'après la ferveur des premiers moments la liberté de sortir n'introduisit le relâchement, le saint évêque de Genève arrêta que la congrégation serait érigée en Ordre religieux, gar-
lierait la clôture et prononcerait des vœux solennels, ce qui lui inspira cette parole pleine d'humilité : u On m'appelle le fondateur de la Visitation : ^est-il « rien de moins raisonnable? J'ai fait ce que je ne « voulais pas faire, et j'ai défait ce que je voulais « faire. » La Visitation s'établit à Paris en 1619, et soixante ans après sa fondation l'Ordre comptait déjà cent vingt monastères. [Vie de saiîit François de Sales, par M. le Curé de Saint-Sulpice. )
Maison hospitalière de La Flèche.
Pendant les années qui suivirent la mort de la fondatrice de l'ordre de Saint -Joseph, Marie de la Ferre, la maison de La Flèche continua à se montrer digne d'avoir été le berceau de la congrégation; elle fournit des sœurs à Baugé , à Beaufort, à Laval, à Moulins, et cette munificence n'épuisa pas sa fécondité; en quelques années, elle reçut les vœux de cinquante-quatre religieuses ; l'hôpital confié à leurs soins devint de plus en plus le refuge aimé des malades et la consolation de leurs souffrances. Mais au moment même où les fondations nouvelles s'élevaient dans la piété et l'obéissance, l'Ordre fut grandement éprouvé dans sa source même , et le couvent de La Flèche eut à •subir une défaillance qui menaça d'entraîner sa ruine. La division se mit entre les anciennes sœurs et les nouvelles, non pour la perpétuité des vœux, qu'elles acceptaient toutes, mais sur la clôture; les anciennes la demandaient, les jeunes ne voulurent pas y consentir, et se séparèrent.
En vain les autres maisons multiplièrent les prières et les avis pour obtenir la réconciliation , en vain l'évêque d'Angers reprocha aux dissidentes le scandale
de ces disputes, le mal qui en résultait pour la communauté et les pauvres, et, après avoir inutilement épuisé les conseils, il les menaça de les abandonner et de rompre tout rapport avec elles ; les tristes conséquences de cette lutte intestine ne tardèrent pas à se faire sentir jusque dans l'hôpital ; le service des malades en souffrit tellement, que l'administration dut appeler les filles de madame de Miramion, et que pendant plusieurs années les sœurs de Saint-Joseph furent dépossédées du droit de soigner les malades. Cependant les anciennes Hospitalières retirées dans les couvents de Baugé et de Beaufort ne cessaient de soupirer après le retour dans leur patrie; plusieurs arrêts du conseil d'Etat se prononcèrent en leur faveur. Monseigneur Lepelletier, évêque d'Angers, qui avait succédé à Arnauld , travailla de toutes ses forces à rétablir l'Ordre dans le lieu même où il avait été fondé ; ses efforts réussirent à la fin. La mère des Essarts , la sainte supérieure de Beaufort , fut chargée de ramener à La Flèche les Hospitalières. Les Miramiones s'empressèrent de remettre entre ses mains le service des pauvres comme un dépôt qu'elles avaient loyalement et fidèlement gardé. Sous cette puissante et sage directrice, la communauté retrouva bientôt la ferveur des premiers temps, et ce moment d'éclipsé et de faiblesse ne servit qu'à faire briller avec plus d'éclat les dévouements qui lui succédèrent; depuis, la maison de La Flèche ne cessa de montrer les vertus dignes de son titre de fondatrice et de chef de l'Ordre.
Fondation du séminaire et de l'hôpital à Montréal.
M. Olier, après avoir fondé le séminaire de Saint- Sulpice, où s'élevaient des prêtres destinés à faire briller d'un vif éclat, dans toute la France, la lumière de l'Evangile, s'inquiéta du salut des pauvres sauvages de la Nouvelle-France (Canada), où personne ne prêchait la bonne nouvelle , et eut la pensée de bâtir dans l'ile de Montréal , pour servir de centre et de siège aux missions, une ville consacrée à la sainte Vierge, sous le nom de ville Marie. C'était au moment où M. Leroyer de la Dauversière, songeant lui-même à envoyer au Canada des religieuses hospitalières, pour fonder dans l'ile de Montréal un hôpital , vint à Paris chercher des protecteurs et des auxiliaires. Les deux saints personnages se rencontrèrent à Meudon, chez le garde des sceaux, et sans s'être jamais vus, sans qu'aucun rapport eût encore jamais existé entre eux, coururent l'un à l'autre et s'embrassèrent. M. Olier, félicitant M. Leroyer du motif de son voyage, lui mit dans les mains un rouleau de cent louis en disant : Je veux être de la partie. Une association fut fondée par les soins de M. Olier, sous le nom de Société de N.-D. de Montréal, que le Souverain Pontife encouragea par des indul-
gences plénières. Elle avait pour but l'établissement de la colonie, de l'hospice et des missions. M. Leroyer accepta le titre et les fonctions de procureur de l'association.
Il commença par aller demander la cession de l'île de Montréal à M. de Lauzon, intendant du Dauphiné, qui l'avait reçue en don de la compagnie du Canada , à condition d'y établir une colonie. L'ayant obtenue, le 16 août 1640, il fit décider par l'association qu'une petite colonie serait envoyée à Montréal, avec tout ce qui serait nécessaire pour défricher et cultiver la terre; qu'après les premiers travaux on bâtirait un collège pour instruire les enfants des sauvages, qui servirait de demeure aux missionnaires jusqu'à ce qu'ils pussent se répandre dans le pays, une maison de religieuses pour l'éducation des jeunes filles et un hôpital. La direction de la colonie fut confiée à M. Paul de Chaumedy de Maisonneuve, qui, après avoir été soldat dans sa jeunesse, demanda lui-même à se dévouer à cette sainte entreprise, et la conduite de l'hospice à mademoiselle Manse, qui vint aussi offrir son dévouement. La petite colonie mit à la voile au mois de juin 1641 , arriva à Québec et y passa l'hiver. Pendant ce temps l'association , qui avait toujours les yeux fixés sur la terre qu'elle voulait évangéliser, recueillit à Paris plus de 200,000 livres.
Les colons firent leur entrée dans l'île de Montréal le 17' mai 1642, dressèrent leurs tentes au lieu même où devait être bâtie la ville Marie , construisirent une chapelle en écorce pour y déposer le saint Sacrement , et se fortifièrent par une enceinte de gros pieux contre
les incursions des sauvages. Les commencements furent des plus pénibles: le mauvais temps, la disette, exposèrent les nouveaux débarqués à de cruelles souffrances. Les Iroquoisne cessèrent de les harceler, brûlant les maisons, saccageant les terres, massacrant tout ce qui s'écartait de l'enceinte fortifiée et donnant à plusieurs missionnaires la palme du martyre. Tant d'épreuves ne firent que fortifier le zèle des fondateurs. M. de Chaumedy retourna en France demander des renforts. Mademoiselle Manse y alla chercher à La Flèche six sœurs de Saint -Joseph pour desservir l'hôpital que dès le commencement M. Leroyer leur avait destiné. Après s'être préparées par de ferventes prières, les religieuses s'embarquèrent le 29 juin 1659, pour le Canada , et dès leur arrivée elles prirent possession de l'hôpital. Pendant longtemps elles eurent leur grande part de privations et de souffrances. Leur nourriture se composait souvent d'un peu de pain noir et de mauvaise viande salée. Leurs vêtements étaient des haillons; leurs bâtiments les protégeaient à peine contre les intempéries de l'air , et tout en convertissant les sauvages, elles entendaient sans cesse les coups de fusil qui annonçaient une attaque.
. En 1663 l'association de Montréal , pour assurer la durée de la fondation , voulut céder ses droits à la propriété et à la seigneurie de l'île au séminaire de Saint- Sulpice. M. Olier et les Sulpiciens acceptèrent , après quelques hésitations, cette lourde charge qui leur était imposée au nom de la religion et de la chanté. A force de persévérance, d'énergie et de confiance en Dieu, la terre se fertilisa , la colonie s'accrut et put mieux se dé-
fendre, et les Hospitalières recueillirent les fruits de tant d'années de soufTrances héroïquement supportées. L'institution de l'œuvre de la Sainte-Famille, qui réunit la plus grande partie des femmes de l'île dans une association de prières et de bons exemples, seconda l'heureuse influence des sœurs, et la colonie de Montréal rappela la simplicité et les vertus de la primitive Eglise. Lorsqu'un siècle plus tard le Canada passa entre les mains des Anglais, il n'a pas perdu sa foi et ses institutions catholiques. Les Sulpiciens ayant cédé leurs droits à ceux des leurs qui étaient à la tète du séminaire de Montréal, cette congrégation, devenue indépendante, continua l'œuvre de M. Olier; la même règle, les mêmes devoirs réunissent encore ces deux branches du même tronc, séparées par les nécessités de la politique et de la guerre. Les religieuses de Saint- Joseph soignent encore et consolent les pauvres dans l'hôpital du Canada d'après les règlements qu'elles ont emportés de La Flèche; et aujourd'hui la ville de Montréal , née en quelque sorte de la charité de MM. Olier et Leroyer, compte 4U,00U âmes et vient d'être honorée d'un siège cpiscopal. [Histoire de l'institution des Hospitalières de Saint- Joseph. — Vie de M. Olier. )
Établissement des sœurs de Saint -Joseph à Moulins.
Après la fondation des sœurs de Saint- Joseph à La Flèche, la ville de Moulins fut la première qui demanda des Hospitalières. L'abbé Giraut , venu de Moulins à La Flèche pour faire sa théologie au collège dirigé par les Jésuites , fut frappé des soins que donnaient aux pauvres malades les sœurs de Saint- Joseph, et conçut le projet d'en doter sa ville natale.
Depuis plusieurs années la ville de Moulins avait appelé les frères de Saint- Jean-de-Dieu, et leur avait confié le service de ses malades, mais ils ne s'occupaient que des hommes , et les pauvres femmes n'avaient pas même à l'hospice de lits pour les recevoir. L'abbé Giraut proposa à la ville de leur construire un hôpital et d'y appeler les sœurs de Saint -Joseph. Sa proposition fut acceptée avec empressement, à la condition de ne rien faire pour son, succès. Il se hâta d'écrire à La Flèche pour demander des Hospitalières. M. Leroyer fut chargé par les sœurs d'aller à Moulins traiter en leur nom; il fut d'abord parfaitement accueilli; niais il rencontra bientôt des objections de nature à décourager les plus intrépides. On craignait, disait-on,- d'ajouter encore au nombre des communautés, déjà trop multipliées. Il y avait, en effet, déjà à Moulins des Carmes (1338), des Cordeliers (1471), des Jacobins (1318), et depuis le commencement du
xviio siècle les Capucins (1601), les Jésuites (1()05), les Augustins (1617), les Frères de Saint-Jean-de-Dieu (1621), les Minimes (1621) et les Chartreux (1622). Toutes ces communautés épuisaient les fortunes, et la ville n'avait pas la moindre ressource pour bâtir, meubler l'hôpital nouveau et entretenir les malades. Mais la duchesse de Montmorency vint au secours de cette fondation si combattue. Retirée à Moulins dans le couvent de la Visitation depuis la mort de son mari , et tout occupée de bonnes œuvres, elle réunit au parloir de son couvent MM. Leroyer, Giraut et les ofticiers de la ville, appuie de toutes ses forces le projet de fondation du nouvel hôpital, offre de donner 3,000 livres pour la construction d'une chapelle et d'une salle pour les femmes, et fait conclure un traité entre la ville et les sœurs qui assure leur établissement. Les sœurs s'engagèrent à soigner les femmes malades et à recevoir un certain nombre d'orphelines nées en légitime mariage, de l'âge de trois à douze ans. La Mère de la Ferre se rendit à Moulins avec cinq sœurs au mois de mai 1650. Comme les bâtiments n'étaient pas finis, l'abbé Giraut les logea dans sa propre maison ; mais, depuis les premières délibérations, la commune avait changé d'avis et déclaré qu'il était impossible de loger les sœurs et de bâtir l'hôpital. Sans se rebuter d'un refus si tardif, les Hospitalières se contentèrent de recevoir chez elles les pauvres qui venaient demander secours, et éditèrent tellement Moulins par leur sainteté et leur charité , qu'elles eurent bientôt gagné l'affection et le respect de tous les habitants. Le conseil de la commune se laissa toucher, revint une seconde fois sur sa décision ; il cherchait les moyens de parer
aux dépenses, lorsque M. Moreau, conseiller du roi, receveur général du Bourbonnais, fit don de 20,000 livres pour acheter le terrain et construire les bâtiments. On se mit immédiatement à l'œuvre , et les sœurs entrèrent à l'hôpital en juin 1651 , le jour de la Trinité , le même jour où la Mère de la Ferre avait pris possession de l'hôpital de La Flèche.
A peine établies, elles se dévouèrent si bien aux malades et prirent un tel soin des pauvres orphelines, qu'il n'y eut plus qu'une voix en leur faveur. La charité s'empressa de venir à leur aide, les bâtiments s'achevèrent en très peu de mois ; les dames de la ville partageaient leurs travaux, les novices se présentaient; la Mère de la Ferre organisait tout avec son expérience et sa sagesse, et soutenait tout par son zèle et son dévouement.
Un an après l'entrée des sœurs à Moulins, une fièvre contagieuse frappa la ville et s'étendit à l'hôpital. Les sœurs qui veillaient sans cesse auprès des malades ne furent pas épargnées. La Mère de la Ferre resta presque seule debout nuit et jour, sans jamais prendre un seul instant de repos. Au moment où, par des prodiges de soins et d'héroïsme , elle venait de reppeler à la santé toutes ses compagnes, elle fut atteinte elle-même, et dès le second jour elle demanda les derniers sacrements. Le septième elle expira entre les bras de la communauté, victime de son zèle et martyre de sa charité. Elle fut remplacée par la Mère Jeanne Leroyer, la fille du fondateur des Hospitalières. [Histoire de l'institution des Hospitalières de Saint-Joseph.)
Maisons de Laval, Nîmes, Avignon et l'Isle.
La ville de Laval, dans le diocèse du Mans, eut l'avantage de profiter la première des services des Hospitalières, qui venaient d'être érigées en congrégation. Au commencement de 1G50, les habitants les demandèrent; en peu de temps tout fut réglé et convenu entre elles et la ville, et le couvent de La Flèche envoya à Laval neuf religieuses, qui fondèrent une maison considérable. La Mère Anne Aubert de Cleronée en fut la première supérieure; en peu de temps il se présenta un si grand nombre de malades, qu'il fallut établir six salles , que le peuple regarde comme la ressource la plus sûre dans les moments les plus douloureux de sa vie.
La communauté de Nîmes, établie en 1G63, fut la première des communautés de l'ordre de Saint- Joseph qui fit le vœu de perpétuité ; la Mère de Cleronée était partie de Moulins à la demande des habitants de Nimes, pour fonder la nouvelle maison.
En 1670 , Monseigneur Azzo Ariosto , archevêque d'AvHgnon, et les administrateurs Ju grand hôpital de cette ville, cherchant à remédier aux désordres qui s'y étaient introduits , appelèrent les sœurs de Saint- Joseph, établies à iNimes, et dont les malades éprou-
vaienl tous les jours la bonne direction et les soins charitables ; trois religieuses furent envoyées par la communauté de Nîmes pour traiter avec les ofticiers municipaux. Les Hospitalières furent installées en grande pompe à l'hôpital, le 3 février 1672, par l'archevêque lui-même, et la Mère de Cleronée eut encore la charge d'organiser et de guider cette communauté nouvelle. Les abus à déraciner de l'hôpital étaient immenses ; mais le zèle des sœurs de Saint- Joseph en triompha, le bon ordre fut remis dans toutes les parties du service, les malades, jusque-là si négligés dans leurs souffrances physiques et morales, furent soulagés et guéris dans leur âme comme dans leur corps, et pendant plus d'un siècle et demi les Hospitalières d'Avignon ne cessèrent de mériter les bénédictions des pauvres , l'affection et l'admiration de la ville tout entière.
En 1845, un violent orage s'éleva contre elles. Malgré la volonté de l'archevêque, les prières des malades, le vœu de la population, elles durent quitter cet hôpital dont elles avaient fait leur maison, ces pauvres qui étaient leur famille; les pleurs, les regrets universels accompagnèrent leur départ. Quelques années plus tard, justice entière leur fut remlue , aux applaudissements de toute la contrée, el elles reprirent possession de l'hôpital', où elles furent reçues comme des mères qui, après un exil immérité, reviennent s'asseoir au foyer de leur maison et retrouver leurs enfants.
La même raison qui avait déterminé la ville d'Avignon à demander des Hospitalières de Saint- Joseph, engagea les habitants de l'Isle à en réclamer pour leur
hôpital ; les pauvres y élaient soignés par des servantes à gage qui les négligeaient beaucoup. L'évèque de Cavaillon , dans le diocèse duquel se trouvait la ville de l'Isle, petite ville du comtat Venaissin , se chargea d'obtenir des sœurs d'Avignon ; deux hommes de bien s'engagèrent à fournir le blé nécessaire à la subsistance des trois sœurs , et la congrégation compta une communauté de plus. {Histoire de Vinstitution des sœurs Hospitalières de Saint- Joseph. )
Approbation et reconnaissance des Sœurs Hospitalières de Baugé.
Depuis la mort de mademoiselle de Melun, la congrégation de Baugé n'a jamais dégénéré ; fidèle à son origine , elle n'a jamais laissé pénétrer aucun relâchement dans sa règle, aucun aflfaiblissement dans sa discipline; l'Hôtel-Dieu excite, comme autrefois, l'admiration de ceux qui le visitent, par la belle distribution et la salubrité de ses salles, la délicatesse des soins dont sont entourés les malades, la multiplicité des secours qu'ils y reçoivent. Tous les pouvoirs qui se sont succédé se sont montrés favorables aux Hospitalières et reconnaissants de leur dévouement. Napoléon 1°'' les a reconnues, comme Louis XIV les avait approuvées. Seule, la République de 93, au moment où elle profanait le cercueil de inademoiselle de Melun, mettait la main sur les vases sacrés, dépouillait la chapelle de ses ornements , enlevait au couvent ce qu'il avait de plus précieux , confisquait les biens des religieuses, et les réduisait, pour vingt ans, à la mendicité. Peu de temps après, la chapelle, le réfectoire, le parloir, les dortoirs furent changés en magasins; on ne leur laissa que les salles des malades, où elles ne cessèrent jamais de se dévouer à Dieu et aux pauvres.
Lettres patentes de Louis XIV pour l'établissement des religieuses hospitalières de Saint-Joseph en l'Hôtel-Dieu de Baugé.
Louis , par la grâce de Dieu , roy de France et de Nauarre, à tous présents et à venir, salut.
Nos chères et bien-aymées les religieuses hospitalières Saint-Joseph de notre uille de Baugé nous ont fait remontrer que portées d'un zèle de charités enuers les panures et pour seconder les bonnes intentions des maires, écheuins et habitants de notre dicte uille de Baugé, elles auroient à la prière des dicts habitants été établies au dict lieu par le sieur Euesque d'Angers et auroient acquis, soubs le nom de leurs sœurs de l'ilôtel- Dieu de La Flèche, pour elles de Jacques Denays, sieur de Fontenelle, notre conseiller au siège royal du dict Baugé, le domaine, appartenances et dépendances de Champ-Boisseau, situé proche le dict Hôtel-Dieu, le dict lieu consistant en une maison manable, cours, granges, jardins, issues, terres et prés joignant, moyennant la somme de deux mille cinq cent cinquante Hures, ainsi qu'il est au plus long contenu au contract d'acquisition qu'elles en ont faict en date du uingt-sixiesme auril mil six cent cinquante, pour estre les dicts lieux occupés par les dictes religieuses hospitalières du dict Baugé , et y bastir et construire les logements nécessaires tant pour elles que pour les panures et exercice de leurs fonctions, nous suppliant et requérant afin qu'elles puissent plus librement jouir des dicts biens, notre plaisir soit leur amortir les dictes maisons et
choses ci -dessus spécifiées, pour estre par elles possédées en mainmorte et leur permettre d'y bastir les logements nécessaires tant pour elles que pour les dicts panures.
A ces causes, désirant fauoriser le dict établissement que nous auons agréé et approuué , agréons et approuuons, sçauoir faisons, que de Tauis de la reine régente, notre très honorée dame et mère et de nos grâces spéciales, pleine puissance et authorité royale, auons aux dictes religieuses hospitalières Saint- Joseph du dict Hôtel -Dieu de Baugé, permis et accordé, permettons et accordons par ces présentes, signées de notre main, qu'elles puissent dorénauant tenir et posséder les manoirs, cours, jardins et héritages ainsi acquis comme dict est et plus au long déclaré par le dict contract cy auec le contract fait entre elles et les habitants de la dicte uille de Baugé et le décret du dict sieur Euesque d'Angers, attaché sous le contrescel de notre chancelier, que nous auons amorti et amortissons et leur auons permis et permettons d'acquérir, bastir et construire les logements nécessaires tant pour elles que pour les panures et exercer leurs fonctions suyuant et conformément à leurs règles et constitutions et articles portés par le contract ci -dessus; et à cette fin, leur auons faict et faisons don de toutes les charges, droicts et deuoirs seigneuriaux et autres qui nous peuuent appartenir pour raison de la dicte acquisition, sans qu'elles soient tenues cy- après nous fournir homme uiuant et mourant, dont nous les auons pareillement déchargées , pourueu toutes fois qu'iceux biens ne soient tenus en fiefs et qu'il n'y ait aucune
justice et à la charge d'indemniser les seigneurs, si tant est qu'aucune des dictes maisons, terres et héritages fussent en leurs censiue et leur dussent quelques redeuances, à la charge aussi de faire dire et célébrer un seruice solennel chacun an, le jour et feste saint Louys, pour la prospérité et santé de notre personne et bien de notre Estât, ayant les dictes religieuses et choses à elles appartenantes, mis et mettons dès à présent en notre protection et sauuegarde spéciale , nouions et nous piaît qu'elles jouissent de toutes les grâces, priuilèges et prérogatives accordés et octroyés aux autres Hôtels-Dieu de notre royaume, si donnons en mandement à nos amés et féaux conseillers, les gens tenant notre cour de parlement et chambre des comptes de Paris, et tous nos autres justiciers et officiers qu'il appartiendra, chacun en droict soy, que ces présentes ils ayent à faire registrer et du contenu en icelles, jouir et user les dictes religieuses hospitalières, pleinement, paisiblement et perpétuellement, sans souffrir qu'il leur soit faict, nui ou donné aucun trouble n'y empeschement, car tel est notre bon plaisir. Afin que ce soit choses fermes et stables à toujours , nous auons fait mettre notre scel à ces dictes présentes, sauf, en autres choses, notre droict et l'autruy en toutes.
Donné à Paris au mois de mars , l'an mil six cent cinquante et un et de notre règne le huictiesme.
Signé LOUYS , et plus bas : registre au greffe des expéditions de la chancellerie de France le uingt sixiesme mars mil six cent cinquante et un ,
Et sur le reply, par le roy, la reine régente, sa mère, présente; signé Philippeaux et paraphé du uingt
et sept mars mil six cent cinquante et un , registre. Ouy le procureur général du roy, pour être exécutoire selon leur forme et teneur et aux charges portées par les consentements des habitants de Baugé et de l'Euesque d'Angers , des uingt et neuf auril et dix nouembre mil six cent cinquante et un.
A Paris, en parlement, le uingt et deux juin mil six cent cinquante et un. Signé Guyet et scellé du grand sceau de cire uerte.
Décret de Napoléon I"
portant reconnaissance et approbation de la congrégation
hospitalière de Saint -Joseph.
Extrait des minutes de la Sccrétaircric d'État.
Le 25 novembre 1810.
Napoléon , empereur des Français , roi d'Italie ,
PROTECTEUR DE LA CONFÉDÉRATION DU RhIN ET MÉDIA- TEUR DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE, etc. etc ,
Sur le rapport de notre Ministre des cultes, notre Conseil d'Etat entendu,
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit : Art. !<''■. Les statuts des Hospitalières attachées à l'hospice civil de Baugé, diocèse d'Angers, lesquels demeureront annexés au présent décret, sont approuvés , et reconnus et seront obligatoires pour les maisons de la Flèche, Beaufort, Laval, Moulins, Avignon, Nîmes et l'Isle.
Art. 2. Les membres de cette congrégation continueront de porter leur costume actuel et jouiront de tous les privilèges par nous accordés aux congrégations hospitalières, en se conformant aux règlements généraux concernant ces congrégations.
Art. 3. Le présent brevet d'institution publique et les statuts y annexés seront insérés dans le bulletin des lois.
Art. 4. Notre Ministre des cultes est chargé de l'exécution du présent décret.
Signé NAPOLÉON.
Le Ministre Secrétaire d'État,
Signé H. -M. duc de Bassano.
Pour expédition conforme :
Le Ministre des cultes , Le C'° Bigot de Préameneux.
Statuts des Sœurs Hospitalières de l'hospice civil de Baugé.
L'hôpital de la ville de Baugé est gouverné par une congrégation de hlles connues sous le nom de Filles de Saint-Joseph. Cette congrégation a été approuvée par un bref du pape Alexandre VII, en 1666, lequel a été enregistré au parlement de Paris en 1667. Cette congrégation a des maisons dans les villes de Beaufort , département de Maine-et-Loire, diocèse d'Angers, dans les villes de la Flècue, Laval, Moulins, Avignon,
NÎMES, l'Isle et Mont-Réal, à la Nouvelle-France. Le but de leur institution est de soigner les malades dans les hôpitaux et d'élever des jeunes personnes dans les principes de la religion.
Art. l'^''. Les filles de Saint-Joseph, sans être assujetties aux vœux de clôture, l'observent régulièrement et ne sortent jamais de leur maison, étant sans cesse occupées du soin des malades, de l'éducation des pensionnaires et des travaux intérieurs de la maison.
Art. 2. La congrégation est composée de deux sortes de personnes : les premières sont les sœurs Hospitalières, qui peuvent être employées aux charges et offices de la maison et au gouvernement des pauvres malades; les autres sont les sœurs domestiques, qui n'ont aucune voix aux assemblées , mais que l'on reçoit pour être employées au travail et aux autres ouvrages de la maison.
Art. 3. La supérieure est nommée à la majorité des suffrages par les sœurs Hospitalières; elle est nommée pour trois ans, et peut être réélue pour trois autres années et non davantage, à moins qu'il n'y ait eu interruption. La nomination est présidée par l'évèque ou son délégué.
Art. 4. La nomination d'assistante, d'institutrice des novices et de dépositaire , se fait dans la même forme ; les nominations sont confirmées par l'évèque.
Art. 5. Les autres emplois sont nommés par la supérieure.
Art. 6. Les sœurs Hospitalières ont voix actives et passives aux élections des officières de la maison , quand elles ont passé trois ans après leurs vœux.
Art. 7. Pour l'élection de la supérieure , elles n'ont que voix active et ne peuvent être élues supérieures, à moins qu'elles n'aient atteint l'âge de quarante ans, et qu'elles n'aient huit ans de profession.
Art. 8. Les novices sont admises au scrutin secret et à la majorité des suffrages, tant pour entrer dans la maison en qualité de novices que pour être reçues définitivement, sauf l'approbation de l'évêque.
Art. 9. Le temps du noviciat est de deux ans.
Art. 10. L'association renvoie tout sujet qui provoquerait par son exemple l'inobservance des règlements, qui mènerait une vie dissipée, qui scandaliserait ses sœurs et ne voudrait pas changer de conduite. Le renvoi ne pourra être prononcé par la supérieure, qu'après trois avertissements consécutifs, du consentement de l'évêque et lorsque la communauté en aura délibéré, sauf le pourvoi au conseil d'Etat.
Art. 11. L'habillement des sœurs consiste dans une robe noire, fermée sur le devant, formant des plis, et tenue par une ceinture de laine, les manches larges; elles ont sur la tête un voile noir, une guimpe de toile blanche leur presse le tour du visage et leur couvre le cou et les épaules; elles ont le front couvert d'un bandeau blanc.
Certifié conforme :
Le Ministre secrétaire d'État, Signé H.-M. duc de Bassano.
Institutions pieuses et charitables au XVII' siècle.
Dans la première moitié du xvii'^ siècle, les congrégations, les œuvres et les institutions de charité se multiplièrent à l'infini. Les traces profondes de destruction accumulées par les guerres religieuses s'effacèrent; plus de deux cents abbayes furent rebâties; des cathédrales, des églises, des hôpitaux, des chapelles sortirent de leurs ruines.
Le seul diocèse de Rouen s'enrichit de soixante-trois établissements pieux ou charitables; celui deClermont, de trente-deux.
Partout des congrégations ouvrent des écoles gratuites pour les enfants pauvres, se dévouent au service des malades, construisent et dirigent des hôpitaux.
En 1608 , la marquise de Montferrant quitte le monde, et fonde à Bordeaux la congrégation des Filles de Notre-Dame.
En 1610, madame de Sainte-Beuve, secondée par madame Acarie, la fondatrice en France des Carmélites , établit les Ursulines , qui à la fin du siècle comptaient trois cent soixante-dix maisons.
En 1168, Pierre Fourier, curé de Mattaincourt , aujourd'hui béatifié, fonde en Lorraine les religieuses de Notre-Dame.
Les filles de la Croix, de Sainte- Geneviève, les sœurs de l'Instruction chrétienne, de la Sagesse, de Saint-Laurent-sur-Sèvres, des Ecoles chrétiennes à Erneniont , de Saint- Paul à Tréguier, les filles de l'Enfance à Toulouse, la Sainte- Famille, sous la direction de madame de Miramion, se partagent l'éducation de l'enfance, le soin des malades et le soulagement des pauvres.
Les filles de Sainte -Thèole , celles de l'Annonciation ouvrent des asiles sur la paroisse Saint - Sulpice , à Paris , aux domestiques sans place.
Les frères des Ecoles chrétiennes , sous la sainte inspiration du bienheureux de la Salle, commencent ces écoles, d'abord combattues, et qui sont aujourd'hui répandues et demandées par toute la France.
A côté des sœurs de la Charité que saint Vincent de Paul donne aux enfants, aux pauvres, aux malades, aux orphelins, aux enfants trouvés, Simonne Gaugain, en religion Françoise de la Croix, établit, en 1624, les Hospitalières de la Charité à Notre-Dame. Les frères de la Charité, fondés en Espagne, le siècle précédent, par saint Jean de Dieu, bâtissent et dirigent le vaste hôpital de la Charité à Paris.
Pasquier Bouray réunit à Loches de pieuses lilles dans un hôpital abandonné, y appelle des malades et forme une congrégation qui va servir les hôpitaux de Vierzon, Amboise, Rouen, Poitiers, Grenoble, etc.
Au moment où commence à La Flèche et à Baugé la communauté des sœurs de Saint -Joseph, on voit se former les Hospitalières de Bordeaux, qui se répandent rapidement dans le Midi,
Les sœurs de la Charité de Saint-Maurice à Chartres,
Les sœurs Hospitalières d'Angoulème ,
Les sœurs de Saint-Alexis à Limoges ,
Les sœurs de la Foi à Agen ,
Les sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve,
Les Filles Charitables d'Aleth, qui vont faire le catéchisme, l'école et soigner les malades dans les campagnes;
Les sœurs de Sainte- Marthe, de la Propagation , de la Providence, etc.
Les refuges, ces hôpitaux de l'àme où elle se guérit du désordre par la pénitence et l'expiation, s'ouvrent aussi dans toutes les parties de la France.
En 1616 , les Augustines pénitentes, sous la direction de Marie Alvequin, offrent un asile aux personnes repentantes ; en même temps le Père Athanase Mole , capucin , frère du procureur général , bâtit une maison pour les recevoir.
Madame de Polaillon crée en leur faveur le séminaire de la Miséricorde; plus tard, en 1688, madame de Combé fonde le Bon-Pasteur, Elisabeth de Ranfain établit les refuges en Lorraine , les sœurs de Sainte- Valère et les filles du Sauveur se dévouent à la même œuvre.
Les couvents consacrés à la méditation et à la prière ne le cèdent pas en nombre et en progrès aux congrégations charitables.
Après la Visitation de saint François de Sales et les Carmélites, se forment successivement :
Les Feuillantines en 1022, par madame d'Estourmel,
Les Dominicaines , sous le nom de Filles de Saint- Thomas,
Les Chanoinesses du Saint-Sépulcre ,
Les Filles de la Conception,
Celles de la Présentation ,
Les Annonciades ,
Notre-Dame-de-Bon-Secours en 1643 ,
Notre-Dame de l'Abbaye-aux-Bois en 1654,
La congrégation du Précieux-Sang,
Les Bénédictines de l'Adoration- Perpétuelle , pour l'expiation des crimes et des profanations, fondées en 16o3, par Catherine de Bar, en religion sœur Mechtilde du Saint-Sacrement;
La congrégation deNotre-Dame-de-la-Miséricorde.
Les Lazaristes, à la voix de saint Vincent de Paul, se répandent dans le monde entier pour prêcher la vérité; la congrégation des prêtres du Calvaire bâtit une chapelle sur le mont Valérien et s'unit, en 1635, à l'association pour la Propagation de la foi, destinée à combattre les doctrines protestantes et à convertir les hérétiques et les pécheurs.
Pour préparer des directeurs et des auxiliaires à toutes ces pieuses fondations, M. Olier, réalisant la pensée du cardinal de Bérulle , le fondateur de l'Oratoire, crée la compagnie et le séminaire de Saint- Sulpice; M. Bourdoise, celui de Saint-MicoIas-du-Chardonnet ; Claude Bernard , le pauvre prêtre , le séminaire des 33 , en faveur des pauvres écoliers qui se destinaient au sacerdoce ; et le Père Eudes organise une maison pour l'éducation des jeunes ecclésiastiques et les missions.
Grâce à la générosité d'un bienfaiteur qui veut rester inconnu, saint Vincent de Paul établit, au faubourg Saint- Laurent de Paris, un hospice pour les pauvres des deux sexes, et lors({u"il propose à la compagnie de charité la fondation de l'hôpital général pour recevoir les mendiants, un des membres de l'association lui oiTre oO,000 fr., un autre 3,000 livres de rentes, et mademoiselle de Lamoignon obtient de madame de Bullion, sa parente, 80,000 écus.
Des hôpitaux s'élèvent à Dijon, à Caen , à Beauvais, dans presque toutes les villes de France ; trois sont fondés en même temps à Reims, pour les infirmes, les malades et les orphelins; à Metz, l'évèque, Monseigneur d'Aubusson de la Feuillade, en établit un à ses frais; et Alain de Solminiac consacre 300.000 fr. aux institutions charitables de Cahors , dont il est évêque.
Les associations et les œuvres suivent la puissante impulsion de saint Vincent de Paul. Pendant que ses confréries soulagent les pauvres de chaque paroisse et que sa grande compagnie de charité s'occupe des misères de toute la France, il organise une association pour secourir les familles d'une condition élevée et qu'ont ruinées la famine et la guerre, et en confie la direction au baron de Renty. Madame de Lamoignon crée la société pour la délivrance des prisonniers pour dettes et le soulagement de tous les autres prisonniers , qui existe encore aujourd'hui ; madame de Miramion fonde des ateliers de travail pour les ouvrières sans ouvrage; le marquis de Fénelon, oncle de l'archevêque de Cambrai, une association contre le duel, dont les
membres, tous ofticiers, s'engagent à ne jamais donner ni accepter un défi et à no pas servir de seconds ni de témoins dans les duels; le bon Henri Buclie, les associations de frères cordonniers et de frères tailleurs, qui substituent la communauté chrétienne, sous la loi de l'Evangile, aux luttes et aux désordres du compagnonnage ; François Régis, canonisé par Clément XII, en parcourant le Velay, qu'il cherche à arracher au protestantisme , sème partout des œuvres pour les malades, les pauvres et les prisonniers; enfm, des jeunes gens sortis du collège des Jésuites s'organisent en sociétés de charité, pour visiter les prisonniers et les hôpitaux, secourir les pauvres et s'édifier mutuellement dans des réunions hebdomadaires.
Le monde envoyait dans les monastères et dans les œuvres ce qu'il avait de plus élevé et de meilleur.
Catherine d'Orléans, née en 1566, avait pris de bonne heure la résolution de renoncer au mariage; elle soutenait de ses aumônes des familles entières, rachetait les prisonniers, élevait des orphelins; elle prit une grande part à l'établissement des Carmélites en France, reçut dans une maison qui touchait à la sienne des catholiques anglaises qui voulaient embrasser la vie religieuse, et donna son hôtel, dans le quartier de la Ville- l'Evêque , pour en faire un couvent.
Antoinette d'Orléans, sa sœur, marquise de Bellisle, quitta le monde après la mort de son mari et fonda la congrégation des filles du Calvaire.
Anne de Caumont, femme de François d'Orléans, comte de Saint-Pol , qui mourut en 1642, allait servir
es malades dans les hôpitaux et fut la fondatrice de deux couvents.
La princesse de Wantoue, depuis reine de Pologne la duchesse d'Aiguillon, madame d'Aligre, la marquise de Maignelais, la présidente de Ilersé , mesdames de Bragelonne, de Brienne, étaient les auxiliaires les plus zélées de saint Vincent de Paul et s'associaient à toutes ses œuvres.
Le chancelier de Maiillac donne six de ses filles aux Carmélites.
Madame de Ricouart, née Dugué de Bagnols, consacre 66,000 livres à la fondation de l'évêché de Babylone, à la seule condition que l'évêque sera toujours Français.
Anne de Luynes se faisait ursuline; madame de BéruUe, mère du cardinal, mesdemoiselles de Chabot, de Bellefonds, de Maulévrier , la marquise de Bréauté, mesdames de la Rochefoucault, de Brienne, de Gontaut-Biron carmélites, madame de Béthune feuillantine, madame de Beauvilliers était abbesse de Montmartre.
Dans la seconde moitié du xvii'^ siècle, il y a encore de grandes et belles œuvras, des âmes ramenées à Dieu par l'éloquence de Bossuet et de Bourdaloue, qui échappent au monde et se réfugient dans des cloîtres; mais on y arrive par un plus long chemin. La vie a commencé par l'erreur et l'égarement, pour aboutir à la conversion ; le prince et la princesse de Conti , la duchesse de Longueville, Anne de Gonzague, la duchesse de la Vallière , le cardinal de Retz, se repentent et pleurent leurs fautes; mais la pénitence et l'expia-
lion, toutes saintes et divines qu'elles sont, appartiennent à une époque plus faible que celle où la foi n'est pas ébranlée , où la vertu est toujours restée pure et où l'austérité vient du premier mouvement.
Renaissance de la charité et de la piété au XIX» siècle.
Pour répondre à ceux qui , ne voyant que les défaillances et les égarements de l'époque actuelle, dénoncent sa décadence religieuse et désespèrent de son avenir moral, il suffira de rappeler les renaissances et les créations de ces derniers temps : le rétablissement en France des bénédictins, des dominicains, des carmes, des oratoriens et des jésuites, la fondation des maristes, les hospices créés par les Petites Sœurs des pauvres , le développemerit de toutes les congrégations vouées aux services charitables, les progrès des frères des Ecoles chrétiennes dans les villes, et des sœurs institutrices dans les campagnes , la réapparition des œuvres du xvii° siècle pour la visite des hôpitaux, le secours des malades à domicile et des pauvres honteux, la délivrance des prisonniers; la création et la propagation extraordinaire de la société d'e Saint-Vincent-de-Paul, qui a fait dans la vie de la jeunesse une si belle part au soulagement de la misère et au patronage de l'enfance ; le pauvre secouru avant sa naissance par des sociétés maternelles, trouvant un berceau dans la crèche, traversant sous une protection vigilante l'asile, l'école, l'apprentissage, reçu plus tard dans les sociétés de Saint-François-Xavier et les
saintes familles, visité dans la maladie, entouré de respect et de prières après la mort.
Le nombre des personnes qui aujourd'hui font acte de religion et de charité est encore petit, comparé à la multitude restée étrangère aux églises et aux œuvres; mais il est immense, relativement aux croyances et aux habitudes du commencement du xix" siècle.