‹ Vie de Mons. Vanderburch archevèqueChapitre 15 sur 51 · ARCHEVESQUE DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

ARCHEVESQUE DE CAMBRAI

* Notes que M. £ugène Bouiy croit avoir été rédigées par Tabbé Mutte ou Tranchant.

Digrtized by GoogI

VIE DE HGR. VÂNDERBURCH. 99

de sainte Agnès^ qui lors demeuraient sur la paroisse Saiiit-iNicoias. Elles se rendirent aux vœux de rarchevéque^ êt fut choisie pour première mattresse et supérieure de eette nouvelle maison M^'^ Hattu^ native de Douaj^.. .

a II la dota de 1^500 florins de rente^ et ratilia cette fondation par son testament. Par ce même testament^ il lui laissa sa chapelle^ savoir : calices^ burettes^ plats^ aiguière, canons, une grande croix dVgent d'autel^ chandeliers^ reliquaires et pots à y fieurs, le tout dVgent doré : linges et ornements d'autel. »

Dans son acte de fondation, il veut qu'on reçoive autant que faire se pourra^ des enfants d'environ douze à quatorze ans, et non notamment plus jeunes ni plus vieilles. Elles doivent être onfants légitimes de père et mère, bourgeois de Cambrai, gens catholiques et de bonne renommée^ au nombre de quarante. Si les revenus de la fondation permettent d'en recevoir davantage^ la nioiiié du surplus de telle qualité que dessus, sera prise encore de la dite ville de Cambrai^- et Tautre moitié du Càteau^ Ors et Gatillon, au choix des proviseurs. EUes y demeureront jusqu'à ce qu'au jugement des dits proviseurs, elles seront capables de se mettre en service ou de facilement gagner leur vie de leur travail ; mais à moins d'une cause urgente et légitime, elles n'y seront jamais plus de huit ans.

« Elles seront nounies, enseignées et endoctrinées par les filles dévotes de Saiate-Agnès qui seront les maîtresses et sous -maîtresses. Leur nourriture sera sobre et finigale^ servant plutAt à contenter la nature, que Texcès au boire et manger. Elles prendront leurs repas devant les filles de bainte-Agnès^ Leurs habits^ Goiiiures et chaussui*cs seront uniformes et leurs robes devront être de drap médiocre, couleur de minime. Chacune aura sa ehambrette à part^ plus petite néanmoins que celles des filles de Samte-Âguès. Elles auront des matelas, des draps de toile grosse et deux couvertures. On devra leur apprendre le catéchisme i on leur enseignera aussi à lire, à écrire, à coudre ; et lorsqu'elles seront d'âge suQisant, on leur enseignera les ouvrages qui se font dans un ménage, comme laver, faire le pain et la cuisine, etc. Ce qu'elles gagneront par leur labeur sera reçu par les maîtresses qui tous les trois ou six mois, le remettront aux proviseurs qui s'en rapporteront à la fidélité de la dite maîtresse, et porté en recette au compte général au |n ofit de la maison.

a Les pauvres filles ne seront pas seulement accoustrées à leur réception et de rechef à leur sortie aux firais de la fondation, mais en outre, si elles se sont toujours comportées avec honneur, elles auront quelque dot de la maison à Tépoque de leur mariage comme cent cinquante (lorins chacune, plus ou moins

VIE DE MGA. VAN DSR BDRCH. iOl

selon la discrétion des proviseurs. Celles qui entreront en religion^ auront semblable assistance. Les dites filles qui^ après avoir été mariées^ deviendront veuves ou auront besoin d'assistance^ recevront de la maison quatre florins par mois, jusqu'au nombre de trente^ pourvu qu'elles aient toujours vécu avec honneur^ et envoyé leurs enfants au catéchisme. i> François Van dcr i^urcb rédigea aussi un règlement pour déterminer remploi de chaque partie de la journée } car rien n'échappe à sa sollicitude patcrncUC;, et partout on est frappé de la justesse de ses vues^ de la sagesse de ses prescriptions, comme des touchaates prévoyances de sa charité. 11 veut que Ton donne à ses jeunes protégées une éducation chrétienue ; qu'on se garde bien^ par des connaissances ou frivoles ou peu faites pour les personnes j de leur sexe, de les faire sortir de l'humilité de j leur condition ; qu'on les forme à une vie labo- / rieuse, et qu'on leui apprenne tout ce dont une excellente femme de ménage doit être instruite. \ Nous renvoyons aux notes cet ordre de chaque i jour

On afurmc assez généralement^ que lorsque Louis XIV se rendit maître de Cambrai, il admira cette magnifique fondation de Yan der Burch^ et qu'il demanda les règles et statuts de Sainte-Agnès

* Voir la mit û.

pour fonder sur ce modèle la célèbre maisou de Saint-G;r.

Les premiers administrateurs de Sainte-Agnès, choisis par Dotre illustre archevêque^ furent MM. ' Jean Defranquevilie, clianoinc de l'Eglise métropolitaiae^ Jean GruUe^ licencié*ès-]ois^ conseiller pensionnaire; J. Bellique-Marchant et Pierre Ramez, tous trois bourgeois de Cambrai.

Cette œuvre si belle ne trouva point grâee devant quelques personnes qui firent tous leurs efforts pour la réduire à néant. Nous ignorons quels ressorts elles liront jouer ^ mais elles réussirent à prévenir contre elle à Rome la congrégation de propagandâ" fide, et l'on craignit un moment d'une manière sérieuse non-seulement pour les filles dévotaires de Cambrai^ mais encore pour toutes celles de la Belgique qui se livraient comme elles à nnstmction de la jeunesse; nous en avons la preuve dans une lettre de Van der Burch à l'évéque de Tournai, pour rengager à écriie à Rome en leur faveur.

a Monsieur,

a Je ne doute point que V. S. sera été ad-

D vertie de la difficulté qu'aucuns malveiilans meu- » vent en la cour de Rome pardevant la congréga- » tion de p/v^ayandafide contre les filles dévotes de

» mon diocèse qui enseignent la jeunesse de leur 0 sexe gratuitement. Jusques là qu'on youdrait h iaiic abolir leurs congrégations et les renvoyer 0 chascune chez elle au grand préjudice du public j) pour l'utilité qu'il en reçoit. Et comme je tasclie 0 de les maintenir, on me suggère de Kome, que » pour faciliter cette affaire, il serait fort à propos 0 que les évesques de par deçà escrivissent à la dite » congrégation en faveur des dittes filles, remous- 0 trant qu^elles sont nécessaires au public pour les 0 flinctions qu'elles exercent, et c<mibien par leur 0 vertueuse et exemplaire vie elles édifient le 0 monde ^ j^inct crue par leur moyen on a remédié 0 à des grands abus qui se commeitoient cy devant 0 par les maistresses d'escolles particulières qui pri- 0 mitivement enseignoient des hérésies aux fillettes 0 leurs écdUères. Je tiens tant du aèlede V. S. R"** 0 qu'elle désirera que celles de son diocèse y soient 0 maintenues. C'est pourquoi je la supplie vouloir 0 escrire à la dite congrégation conlormcment à ce 0 que dessus. Ëile fera en ce regard œuvre méri- 0 toire digne de sa piété, et sur ce je me recom- 0 mande de singulière affection à ses bonnes grècefti 0 et me signe. 0

Les évêques de Belgique suivirent ces conseils,

et l'orage fut détourné. De leur côté les Mes dévo-

taires de Sainte-Agnès rùpondkent aux espérances qae François Van der Burch avait conçues d'elles : souvent on les a vues sacrifier une partie de leur patrimoine pour donner un état aux Boursières dont la conduite avait été toujours iiTéprochal)le.

Le deux Hai 1663» Monseigneur Gaspar ûiémius^ neuvième archevêque de Cambrai, leur donna des règles plus complètes , qui furent confirmées en ces termes^ par Monseigneur Théodore de Brias,enl679: d La visite que nous avons faite de votre maison le \ïS août de la présente année, nous ayant donné sujet d'examiner avec beaucoup de soin les ordonnances que monseigneur Gaspar Némîus, notre prédécesseur» a dressées pour Theureuse conduite de votre communauté, nous les avons trouvées si justes et si édifiantes, que nous n'avons pas cru devoir contribuer davantage, pour maintenir la vigueur de Fesprit de votre profession que d'ordonner, comme par cette» nous ordonnons à la supérieure de tenir la main à ce qu'elles soient exactement observées. » II n'existe plus que deux exemplaires imprimés de ces règles ) l'un se trouve chez M. Wilbert, archiviste des Hospices de Cambrai» l'autre» dans ie riche cabinet de M. Victor Delattre.

La supérieure des filles dévotaires de Sainte-Agnès était choisie par ses compagnes à la pluralité des voix. Elle ne restait en charge que trois ans; mais elle pouvait ét|:e continuée» si elle réunissait

Vie bii MGR. VAN DER BURCH. 105

encore à Télection suivante, la pluralitc des voix.

Aussitôt qu^eile entrait en charge^ elle devait nommer quatre conseillères qu'elle choisissait parmi les plus prudentes et les plus discrètes^ et après qu^elles avaient été agréées par i archevêque, la supérieure ne pouvait traiter, sans avoir pris leur avis, d aucune chose iaipoiiaute qui concernât le bien de la maison. Ces conseillères étaient chan-* gées tous les trois ans, ou continuées toutes ensemble ou bien en partie^ du consentement de Tar*

chevéque,

La supérieure devait les réunir tous les quinze jours/ et traiter a\ ce elles des affaires spirituelles et temporelles de la Communauté, du bon ordre des écoles^ et des défauts qui se commettaient contre les règles et les constitutions.

Les autres emplois étaient à la nomination de la supérieure, nomination qu'elle pouvait révoquer ou changer à son gré, selon qu'elle jugeait plus convenable.

On ne pouvait recevoir pour faire partie de la

congiégation, que des personnes qui n'avaient jamais été mariées, nées de bons bourgeois^ de parents vertueux et bons catholiques.

Le noviciat était de deux ans : ces deux années d'épreuve terminées, elles n étaient iecucî> qu'à la pluraUté des voix, et elles s'engageaient par dés vœux perpétuels de chasteté et d'obéissance, entre

106 VIE D£ MGR. VAN DBR BUACH;

les mains de l'archevéqae oa de son représentant*

Elles ne faisaient pas le vœu de pauvreté, et conservaient la faculté de disposer librement pendant leur vie, ou par testament à leur mort, de leur argent particulier^ de leurs rentes, et de tout autre bien, à la réserve de leurs vêtements el des meubles de leur chambre qui provenant de la maison ne devaient pas être aliénés.

Elles devaient se confesser aux Pères de la compagnie de Jésus, au moins une fois la semaine ; mais elles devaient habituellement s'en tenir à celui des Pères qu elles avaient une fois choisi d'après le coor seil et ravis de la supérieure.

Outre les jeûnes et abstinences commandées par TEglise, elles jeûnaient, les veilles des fêtes de Notre-Seigneur, de la Vierge, de sainte Âgnès, de saint Ignace et de saint François-Xavier.*

Les filles dévotaires de Sainte-Agnès dirigèrent la maison de Van der Burch, à la satisfaction gêné-* raie, jusqu'en 4792; à cette époque ayant refusé le serment schismatique qu'on exigeait d'elles, elles furent obligées de se retirer. La maison même perdit son nom : au lieu de celui de Sainte-Agnès, qui jeune encore, aima mieux endurer les plus cruels tourments que de violer le vœu qu'elle avait fait à Jésus-Christ, on donna à cette niiaison le nom de Lucrèce, épouse infidèle, qui se tua pour se dérober à la honte d'avoir violé la sainteté du lit conjugal»

VIE DE MGK. VANDERBURCU. 107

Les ancicDDCs religieuses ne rcpriieat la directioa de cet établissement qae le l*' Décembre lftl7^ en vertu d^ime délibération de MM. les admiaistrateujrs des Hospices de Cambrai^ du 10 Novembre de la même année : leur position fut régularisée par une ordonnance royale du 17 Janvier 1837.

Vers 1840, on manifesta l'intention de changer la destination de la maison Van der Burch en y transportant les malades de l*Hôtel-Dieu. Les Religieuses de Sainte-Âgnès réclamèrent; c'était leur devoir et leur droit. Une des gloires du barreau de Douay^ M. Pavocat EmOe Leroy, frappé de Finjustice et de rillégalité d^une pareille mesure^ rédigea en iaveur de ces dames, pour le ministre de la justice et des cultes ^, un mémoire solidement appuyé^ qu'il a eu ^obligeance de nous communiquer et que Fon retrouvera parmi les notes. Le dénouement de cet épisode de la fondation de Van der Burch que nous n'avons pas à raconter en détail^ fut Texpulsion violente des filles de Sainte-Agnès. Le 3 Décembre 1841^ à six heures du soir> les agents de la force publique vinrent arracher les religieuses à leur domicile, et, jetées sur la rue, quoique la pluie tombât par torrents, elles en furent réduites à chercher un abri où elles purent. Cependant averti de Tétonnante élasticité que l'on supposait aux intentions de son

Voir la note £.

grand oncle, M. le général Van der Burcli accourut de son château d'Escaussines à Cambrai, pour mettre opposition au projet illégal de Tadministration, et la maison de Van derBurch ne devint pas un Ilotel-Dieu. En 1845, on y installa les pieuses filles de saint Vincent-de-Paul, et elles se trouvent aujourd'hui chargées de la conduite de rétablissement» Espérons qu^elles seront plus heureuses que leurs devancières, et qir'cilcs recevront des hommes une récompense plus digne de leur dévouement ; celle que Dieu leur réserve ne leur manquera jamais.

Page 1