CHAPITRE XIII
vnulicoli Tan 4er Bordi êèÊM les pMroiattm
Louis de Beriaymont^ obligé de se retirer devant la révolte des Etats en 1575^ avait sollicité Tappui du roi d^Ëspagne^ qui eu sa qualité de protecteur de TEglise de Cambrai^ ctait tenu de la défendre. Ce prince se décida en 1395 à envoyer au secours de raiclievéque dépossédé, le comte de Fuentès qui vint mettre le siège devant Cambrai. S'étant emparé de la ville et de la citadelle, le comte de Fuentès avait négocié avec les habitants, et invoqué le droit de coui^uéte j comme s'il avait pu être question de conquête sur un archevêque qu'il avait Fobligaiioii de secouiir, qui avait soldé de ses deniers Tannée avec laquelle on avait combattu pour sa cauiàe et que composaient en paitic les soldats qu'il avait levés dans son petit Etat du
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Cambresis. Il avait exige des Cambresiens qu'ils reconnussent le roi d'Espagne pour leur souverain, et qu'ils lui fissent session ainsi quà ses successeurs de rinstitutim et destitutùm des magistrats, et généralement de la souveraineté seigneuriale et autorité temporelle de la ville et duché de Cambrai. Louis de Berlaymont et ses successeurs avaient en vain réclamé contre cette spoliation injuste ; la cour d'Espagne s'était toujours montrée peu disposée à renoncer à des droits cpie les habitants de Cambrai n'avaient point pu lui transmettre^ par la raison toute sunple qu on ne peut donner à autrui ce qui n'est pas à soi.
A Texempie de ses prédécesseurs, François Van der Bureh protesta hautement en fàveur des prérogatives attachées à son siège. Nous avons trouvé aux archives du département du Nord la lettre q[u'il adressa à cet effet, en 1619, à Tarchiduc Albert : elle est calme et respectueuse et tout à fait conforme à Tesprit de François Vaa der Bxxidi qui s^appliqua toujours à tendre vers son but avec per* sévéraace et suavité.
« MONSSIGHEUR,
» Comme ceulx du Chapitre de mon Eglise métro-
» poiitaine m'ont fait ciitcndrc les grandes et ins-
» tantes poursuites que plusieurs archevesques mes
» prédécesseurs ont fait successivement vers Votre » Âltesse^ pour le restablissement de la jurisdietion
» temporelle de madicte église, à Tintercession de
» Sa Sainteté, et de Sa Majesté Impériale^ et de plu-
B sieurs princes ecclésiastiques et séculiers et que il » aurait pieu à Votre Altesse de renvoyer Taffaire en » Espagne aveo ses lettres de faveur à Sa Majesté » catholique sur la personne de eeluy qui l'alloit D solliciter de la part de Farchevesque Ricbardot; p mais que la négociation auroit été interrompue et » seroit demeurée suspente par le trespas dudict » archevesque et celuy de Messire François de
» Buisscret, son successeur, et que c estait mon
1» debvoir de la resviver et parachever pour le ser-
» ment que j^avois preste à ma venue ; à ccstc » cause me confiant des grâces et faveurs que Votre » Altesse a dépareties à mes prédécesseurs 3 je la » supplie humblement d'estre servie d'agréer la 0 continuation desdictes poursuites et Tenvoy d*un » mien député vers Sa Miyesté en Espagne à la sol- B licitation de Faffaire^ raccompagnant semblablex> ment de ses royales lettres^ afin qu'une cause si saincte et si juste puisse réussir à la gloire de Dieu » et de sa trcs-saincte mère qui ne sera sans parti- 9 culière bénédiction de la couronne d'Espagne et » du pays de Votre Altesse^ et de ce qui concerne » leur royal service*
112 vu; DE M(iA. VAN DËa BUiiCii.
» Sur ce^ baisant humblement les mains de Votre » Altesse^ je prie Dieu de la conserver.
» Monseigneur^
» En très-parfaite santé^ très-longue et très- » heureuse vie.
» Semble qu'il fauidra tenir un député tout fixe à 9 Madrid.
» Faire bref de Sa Sainteté au roy et au duc de » Lerma et au nonce sur la résumption de la ma- 9 tière.
» Lettre nerveuse au roy et à ses ministres.
^ Reproduire les mémoriaux et escripts jà servis » et veus au Conseil de TEstat du Roy.
JD Contendre que l'affaire soit examinée en une » assemblée particulière à Tintervention des perï> sonnes neutres et desapassionuées et du confes- » seur du roy pour le résouldre selon justice et i> conscience, chose assez usitée en la court d'Es- 9 pagne pour telles matières. »
Le roi d'Espagne répondit que cette affaire lui tenait fort à cœur et qu'il allait aviser aux moyens de donner satisfaction à l'archevêque. En effets Philippe fil rassembla son conseil 3 Talfaire fut débattue dans trois séances^ en présence du député que 1 laiiçois Van dcr Burch avait envoyé à Madrid. On y reconnut les droits du siège de Cambrai^ et
VIË DË mK. VAM DËUBURCH. 113
Ton convmt qu'on ne pouvait alléguer le droit de conquête, puisquaux archenêques et église de Cam" brai appartenait indubitablement le droit de propriété de la jurtsdtcttm temporelle, et quiceux n avaient point perdu la dite jurisdiction.par les invasions et tyrannie qui ramient opprimée, et que le roi ne l'avait acquise par la reprise de ladite vilk^puisquen qualité de protecteur, il était obligé de la recouvrer sans que pour cela la dite église fut fraudée de son droit.
Mais la politique n'est jam^ à bout de ressources lorsqu'elle veut dépouiller le faible, et Ton posa cette question : Dam le cas où le droit de souveraineté temporelle sur Cambrai serait tellement nêces^ saire au roi protecteur, que sans elle la ville même de Cambrai et les pays d'Artois et du Hainaut se trouveraient en péril manifeste, ne serait-il pas juste de passer par^dessus les droits de f archevêque et de son église afin de pourvoir au bien général? Le Conseil décida d'une manière affirmative; le marquis de Villafranca prétendit de son côté qu il liiiportail à la sûreté des Pays-Bas que le roi d'Espagne restât seigaeiir temporel du Cambresis, et Philippe III trouvant que sa conscience était suffisamment éclairée, déclara qu il gardait ce qui ne lui appartenait pas^ la souveraineté temporelle du Cambresis.
Cependant^ Tannée suivante, le 12 Septem-
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brc 1624, il fit offrir à l'archevêque François Van der Barch des dédommageiueiits* Déjà plusieurs fois^ eu 1596, et en 1603, il avait été proposé des moyens analogues de conciliation^ ils avaient été soumis à l'approbation des souverains pontifes sans Tautorisation desquels on ne pouvait hen conclure en pareille matière, et Clément VIII et son succès-seur Paul V s'étaient refusés à ratilier ces accommodements. En 1624, François Van der Burch repoussa donc les propositions nouvelles, et il ne cessa de solliciter la restitution des droits de son église. iNi les haines qu'il pouvait s'attirer, ni les périls auxquels il s'exposait, ni les intérêts particuliers, ni les ménagements nécessaires pour conserver la flEiveur des princes, rien enfin ne put le faire mollir. Il lui arriva souvent de protester de vive voix et par lettres qu'il mourrait plutôt que de consentir au moindre empiétement sur son autorité. Sans doute, ses efforts ne furent pas couronnés de succès : mais il n'en a pas moins la gloire de s'être élevé courageusement contre rinjustice, à T^zemple de sailli iiiumas de Cantorberi, et d'avoir méprisé toute considération humaine plutôt que d'accéder à des prétentions contraucs aux droits incontestables de son siège.
11 montra la même énergie dans une autre circonstance où le gouverneur d'une ville de son diocèse voulut usurper un pouvoir iiui n'était pas
de son ressort; ce gouverneur comprit bientôt à qui il s^attaquait, et il se vit foreé en partie par Fautorité du piitice qui approuva la rcsistanec de François, en partie par la constance et la fermeté
du sailli prélat, de renoncer à ses prétentions.