‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 109 sur 118 · CHAPITRE XXTIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXTIU

couvert des ÎDsignes pontificaux du saint évèque, dont les restes mortels étaient partout, sur leur passage, Tobjet de la vénération publique. L'office fut célébré par M«' Gousset, archevêque de Reims, qui était venu rendre les derniers devoirs au preutier et au plus ancien suffragant de sa province, à un pieux prélat, dont il avait toujours admiré les vertiis et vénéré la sainteté. Après TEvangile, M»' de Garsignies, les traits empreints d'une émotion profonde, monta en chaire pour esquisser la vie, les mérites cl les vertus de son vénérable prédécesseur, jeter sur sa tombe un dernier adieu et solliciter de lui une dernière bénédiction. Le saint sacrifice étant achevé, les absoutes solennelles furent faites successivement par M**^ Tarchevéque de Reims, par M<' de Garsignies et par M. Ruellan, doyen du chapitre. Le corps de Ms' de Simony fut ensuite descendu et déposé dans le caveau des évéques, placé sous le côté gauche du sanctuaire, et où un tombeau avait été préparé pour recueillir sa dépouille mortelle*.

« Ce caveau, profané en 1792, contient encore une partie des restes mortels de huit évoques de Soissons. Ce sont NN. SS. Jean Millet^ mort en 1503 ; Symphorien BuUioud, en 1533 ; Charles de Roucy^ en 1586 ; Jérôme Hennequin, en 1619 ; Simon Legras, en 1656 ; Charles de Bourlon, en 1685; Fabio Brulart de Sillery, en 1714; et Charles-François Lefebvre de Laubrière, mort au grand séminaire, en 1738. Les quatre autres prélats qui ont occupé le siège épiscopal de Soissons, depuis cette époque jusqu'à M»' de Simony, ont été inhumés ailleurs; ce sont : NN. SS. de Fitz- James, de Bourdeilles et de Villèle. Les restes de Mk^ de Beaulieu, inhumés à Paris, en 1825, furent ramenés à Soissons au mois d'août 1850, et déposés, à la suite d'un service iolennel, dans ce même caveau. Il y avait cent onze ans que la ville de Soissons n'avait été témoin des funérailles d'un évéque.

409 TII Dl M0MSII6NIU1 Bl SIMONT.

A peine les derniers devoirs étaient rendus à Mf' de Simony, que Ton oonçut le projet de loi élever dans la cathédrale an nu>nument qui perpétuât le souvenir des vertus chrétiennes et sacerdotales dont il avait été un si parfait modèle, et tout à la fois, la reconnaissanoe et l'affection filiale de son diocèse. Le clergé de Soissons n'a pas eu l'initiative de ce noble projet, auquel toutefois il s'est associé avec empressement. Les habitants de la ville épiscopale, le conseil municipal*, ont généreusement commencé; tout le diodiocèse a suivi. Nosseigneurs les archevêque et évéques de la province de Reims, plusieurs autres prélats distingués de l'Eglise de France ont voulu eux-mêmes prêter leur noble et généreux concours à cette œuvre de piété et de reconnaissance filiale'. Et aujourd'hui, dans cette église si souvent témoin des vœux et des prières que ce pieux pontife adressait à Dieu pour son

1 Le conseil municipal a voté à cet effet, une somme de t,000 francs.

* Nous ne pouvons nous empêcher de citer ici la lettre dont Son Eminence le cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, accompagna son offrande. Elle montre quelle profonde vénéraration les plus illustres représentants de Tépiscopat français avaient pour Mf^ de Simony. Cette lettre est adressée au secrétaire-trésorier de la commission de souscription :

<c J*ai connu^ vénéré et aimé Msr de Simony au-delà de tout ce que je puis dire. C'était le prélat le i^us habile et le plus prudent^ comme aussi le plus généreux , le plus charitable et aussi le plus modeste qu'on pût trouver. Il a fait de grandes choses en se les dissimulant à lui-même ; mais ses œuvres sont là pour le louer. Il a rendu son diocèse un des premiers diocèses de France, et il s'est consacré à cette œuvre lentement, silencieusement, comme la lampe qui brûle devant le Seigneur, nnds qui sert le matin à allumer le feu de Tautel.

» C'est de tout mon cœur que je m'associe à votre pensée et que je vous envoie ma trop modeste offinmde, etc. »

GIAPITIIB XXTIII. 403

peuple, non loin de ce trône pontifical qu'il rehaussait par le double éclat de sa dignité et de ses vertus^ s'élève une statue due au ciseau d'un des plus habiles statuaires de l'époque^, qui représente M^*^ de Simony dans l'attitude et dans l'occupation si chère à son cœur, celle de la prière*.

Le 6 mai 485^ fut le jour choisi pour l'inauguration solennelle de cette statue élevée par la pieuse reconnaissance de la ville et du diocèse de Soissons à la mémoire de JA^ do Simony. Un clergé nombreux venu de toutes les parties du diocèse, les autorités civiles, judiciaires, militaires, et presque tous les habitants de la ville auxquels étaient venus se joindre un grand nombre d'étrangers, assistaient à cette cérémonie. L'église cathédrale, qui doit tant à la générosité de M»' de Simony, avait déployé toutes ses magnificences. Dans le sanctuaire s'élevait un élégant catafalque sur lequel brillaient les insignes épiscopaux et les riches ornements dont ce pieux prélat avait fait si souvent

* M. Foyatier, auteur du Spartacus, de Jeanne-cTArc, etc.

* Nous ne gommes que Tinterprète des sentiments de tous, en donnant ici un juste tribut d'éloges au zèle infatigable qu'en particulier M. Louis Rigaux , notaire, secrétaire-trésorier de la commission de souscription, a déployé pour conduire cette œuvre à bonne fin. 11 lui a fallu, nous le savons , multiplier les correspondances , stimuler bien des lenteurs, reprendre cette œuvre forcément interrompue par suite des événements et aussi d'une mauvaise année, renouveler les appels et lutter contre d'autres difficultés plus délicates et plus cacbées. Son zèle a triompbé de tout, et il doit lui être bien doux aujourd'hui d'avoir contribué si activement, si puissamment à l'accomplissement de ce pieux projet, qui satisfait tout à la fois à la justice et à la reconnaissance publique, et de puiser dans la conscience de ses généreux et constants efforts un gage de plus de la protection de ce saint et vénéré po^itife*

404 Tii Di aaiisfiONSui db simont.

otage pendant son \ovs^ et glorieux épiscopal, et dont il a fait don à la chapelle du grand séminaire. Le service funèbre fut célébré par TA^ de Garsignies avec cette pompe et cette dignité qui sont une des plus belles traditions de TËglise de Soissons.

Mais ce que l'assistance attendait avec une impatience religieuse et contenue, c'était l'oraison funèbre. On savait qu'un des amis les plus chers de M^ de Simony, celui qui, pendant près de vingt-trois ans, avait été le confident de toutes ses pensées, avait accepté la mission de faire son éloge; et l'intérêt général était d'autant plus vivement excité que, la veille encore, on craignait que cette partie si importante de la cérémonie ne fit défaut, une maladie cruelle ayant frappé tout d'un coup M. l'abbé Ruellan et le retenant sur un lit de douleur d'où il ne devait point se relever. Heureusement, sur les instances qui lui furent faites, H. Ruellan voulu bien confier à l'auteur de cette vie, avec son manuscrit, le soin de lire ces pages éloquentes qui ont si profondément remué l'auditoire, qu'à un des endroits les plus frappants, rémotion générale, sans le respect dû au lieu saint, aurait éclaté en applaudissements unanimes^.

Après l'oraison funèbre. M*' l'évéque de Soissons, suivi du clergé et des membres de la commission, se rendit sur l'emplacement occupé par la statue et où les autorités l'avaient devancé. Le voile qui la couvrait est alors tombé et a permis à tous de contempler avec attendrissement et respect les traits destinés à perpétuer des souvenirs si chers et à rappeler que ce

* Cette oraison funèbre se trouve ci-après.

Page 1