CHAPITRE XXYIII
inslinct populaire qui est souvent Pindice de la vraie sainteté. « On en a canonisé qui ne valaient pas M^*^ de Simony. » Ce concert unanime de larmes, de regrets qui, à cette triste nouvelle, s^éleva de toutes les parties du diocèsC; fut sans contredit le plus beau tribut d'éloges décerné à ce pieux pontife. 11 n'appartenait qu'à une vertu suréminente, et qui ne s'était jamais démentie, d'exciter ces témoignages universels de douleur et de vénération.
Ces sentiments éclatèrent, le lendemain, dans une circonstance solennelle. Le R. P. Chervaux, ce jour-là, (premier dimanche de Carême) commençait, dans la cathédrale, la station quadragésimale. Fils de l'ancien élève et ami de M«' de Simony, qui l'avait tenu luimême sur les fonts de baptême, il était arrivé au moment même où expirait celui qu'il appelait son second père, et comme pour recevoir son dernier soupir, il venait de parler du bonheur du vrai chrétien. Après avoir retracé le tableau de la mort du juste, s'inspirant, dans la péroraison, des sentiments de douleur de son auditoire, il s'arrêta, et bientôt reprit avec une émotion profonde : « Ce tableau de la mort du juste que je viens de vous tracer, n'est-ce paà celui qu'hier nous avions sous les yeux?... Ah! vos cœurs m'ont compris et ont nommé le saint prélat qui, pendant tant d'années, fut votre pasteur et votre père!... Heureux voyageur, il est parvenu au terme de son pèlerinage ; fruit mûr pour le ciel, qui l'enviait à la terre^ il a été cueilli pour être transporté dans les greniers du père de famille... Ah! comme l'Apôtrç, il a pu dire, à son heure dernière : Mes combats ont été couronnés de succès : Bonum certamen ceriavi,
898 TII DB MoVttIGMtim DK SIMONT.
Ma course a'ert terminée heureuse el sans naufrage : Cur$um consummavi. Vax conservé inlad et sans mélange le dépét sacré de la foi qui m'a été confié : Fidem servavi. U ne me reste plus, au soir de la vie, qu'à reoevoir la couronne de justice qui m'a été promise : In reliquo reposita est miki corona justiUx.
« AUei donc, 6 saint pontife, allez habiter la patrie! allez recevoir la récompense de vos vertus!... Mais, du sein de cet heureux séjour où nous aimons à espépérer que vous êtes déjà, n'oubliez pas ceux que vous avez aimés, qui étaient vos enfants, et qui restent dans cette vallée de larmes, exposés à tant de périls!... N'oubliez pas ce troupeau chéri, objet si longtemps de vos soins et de vos soUtci Iodes... Ce troupeau!., ah! que cette pensée a dû vous consoler à votre heure dernière!., ce troupeau, il ne sera pas abandonné et sans pasteur. Vous lui avez laissé sur la terre un autre vous-même, l'élu de votre cœur, le confident de vos desseins, le continuateur de vos œuvres, l'héritier de vos vertus... Vous revivrez en lui... En le voyant, on croira vous revoir encore, et témoin de sa douceur, de son zèle, de son ardente charité, chacun sera forcé de dire : Nous avons retrouvé notre père! » Pendant cette touchante péroraison, les larmes coulaient de tous les yeux, les sanglols étaient à peine contenus, et M'' de Garsignies, d'une voix entrecoupée par la douleur, put à peine achever les paroles de la bénédiction.
Cependant, chacun attendait avec une pieuse impatience, le moment où il lui serait donné d'aller rendre à ce père bien-aimé un dernier hommage sur sa couche funèbre. Le corps de W de Simony, em-
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baonié par le docteur qoi, pendant sa longée et crtidle maladie, lui avait donné les soins les plus assidus, fut exposé dans la soirée du dimanehe 25 février. On avait, à cet effet, transformé en chapelle ardente, la pièce qui lui servait de salon. Il était étendu sur un lit de parade, revêtu de tous ses habits pontificaux. Son visage, quoique creusé par la maladie et décoloré par la BQort, avait conservé toute sa sérénité. Ses mains, jointes sur la poitrine, lai donnaient l'attitude de la prière; on eût dit qu'il se préparait à monter au saint autel. Les élèves du séminaire, en habit de choeur, se succédaient le jour et la nuit, pour prier près de ce sacré dépôt. Les membres du Chapitre de la cathé^ drale et du clergé paroissial venaient aussi, d'heure en heure, y réciter en particulier Toffice des morts. Dans la matinée, des messes étaient câébrées de demiheure en demi-heure pour le repos de T&me du véné^ rable pontife, par les prêtres qui pouvaient avoir ce bonheur. Mais tandis que, pour se conformer à l'esprit de l'EgKse, qui ne croit jamais trop faire pour assurer le salut de ses enfants , ils sollicitaient en sa faveur la miséricorde divine, la plupart se sentaient intérieurement pressés de réclamer pour eux-mêmes le suffrage de ses prières. Les fidèles, pénétrés du même sentiment, portèrent encore plus loin l'exprès* sion de leur vénération. Aussitôt que l'accès leur fut ouvert, une foule immci^e, composée des habitants de la ville et des campagnes voisines, ne cessa, pendant trois jours que le corps fut exposé, de remplir la chapelle ardente, de venir déposer aux pieds du saint pontife le Iribut^de ses regrets, de son respect, de son amour, et de faire toucher par miHiers, à ce corps
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vénéré, des ohapelots, des médailles, des images, des livres, et jusqu'à du linge el des vêtements. Les soldais de la garnison, qui ne connaissaient M*' de Simony que par sa réputation universelle de sainteté, cédaient eux-mêmes à l'entratnement général, et venaient consacrer leurs armes en les faisant toucher à ses précieux restes.
La veille de Tinhumation, vers dix heures du soir, tous les visiteurs s'étant retirés, un directeur du grand séminaire et deux clercs dans les ordres, revêtus de leurs habits de chœur, déposèrent de leurs propres mains avec une pieuse vénération le corps du prélat revêtu du roehet, du camail et de FétolO; dans un double cercueil, Vun de plomb, Tautre de chêne.
Les obsèques avaient été fixées au jeudi 4*' mars. Elles furent célébrées avec la solennité «t la magnificence que commandaient les vertus et la dignité du pieux prélat. Les regrets sincères et les pleurs du clergé et du peuple y furent comme une pompe nouvelle et la plus belle de toutes. La garde nationale, convoquée en partie, voulut y assister tout entière par un élan spontané. Le cortège se mit en marche au milieu des flots compacts de la population, échelonnée depuis la maison mortuaire jusqu'à la cathédrale. Il se composait de la garde nationale, de toutes les troupes de la garnison, d'un clergé nombreux venu des diverses parties du diocèse, de toutes les autorités civiles, judiciaires et militaires, et d'une multitude innombrable accourue de toutes parts pour payer un dernier tribut d'hommages à la mémoire de celui qui avait été si liMigtemps leur premier pasteur et leur père. Le cercueil, soutenu par six prêtres, était re-