‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 42 sur 118 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Suite des conseils de M. de Simony au jeune duc de Sully. — Devoirs qui ont les autres pour objet. — Sentiment de bienveillance pour tous. — Etre ménagé d'estime, prodigue do bonté. — Jusqu'où doit descendre la bonté dans les rapports avec les pauvres et les malheureux. — Comment il faut faire le bien. — indulgence pour les défauts d'autrui. — Générosité qui convient aux personnes de fortune et de condition. — Fausse bonté, fieiusse générosité du monde . — Ce qui doit être la politesse pour un homme vertueux.

Après ce coup d'œil jeté sur les devoirs que tt . de Simony appelle devoirs personnels, il en vient à ceux qui ont les autres pour objet. Les principes qa'il pose tout d'abord et d'où découlent tous nos devoirs envers les autres hommes, sont d^autant plus importants à rappeler aujourd'hui, qu'ils condamnent plus hautement tous ces proclamateurs d'égalité et de fraternité, qui, après dix -huit siècles de christianisme, prétendent nous donner, comme leurs inventions, des théories dont la religion chrétienne enseigne depuis si longtemps la véritable pratique.

« Il faut d'abord vous accoutumer à respecter dans chacun sa qualité d'homme, et vous souvenir qu'il est votre frère. Dans sa qualité d'homme vous verres l'être le plus parfait qui soit sorti des mains de Dieu qtfand il a créé ce monde, une image de la divinité sur la terre, une âme que Dieu a jugée digne de tous ses soins, depuis l'origine du monde, qu'il a appelée à partager ses divines perfections, en un mot, une

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àme qu'il a tant aimée, qu'il ^ donné son Fils unique pour son salut. Méditez bien de tels titres, et si vous vous pénétrez bien de tout ce qu'ils ont de grand, de sublime, vous verrez que l'homme le plus dépourvu des biens terrestres et des avantages temporels mérite tous vos respects; et sous les haillons de la misère et l'extérieur le plus dégoûtant, vous découvrirez un être cher à Dieu et digne de tous vos égards.

1» Ce sera bien plus encore si avec autant de justice vous considérez que le dernier des humains est véritablement votre frère. Pensez-y bien : il n'est ni naissance, ni dignité, ni richesses qui puissent vous élever au-dessus de l'origine commune à tous les hommes. Tous; nous sortons des mains de Dieu, tous nous venons du inéme père; que sera-ce encore si nous considérons cette fraternité que tout enfant de l'Eglise a en Jésus-Christ, si nous considérons que tous les biens célestes qui nous ont été acquis par le sang de Jésus-Ckrist sont communs à tous, que tous, sans distinction de grands et de petits, de pauvres et de riches, nous, avons part à cette glorieuse adoption qui BOUS fait véritablement enfant de Dieu, que tous nous sommes assis au banquet où Jésus-Christ nous appelle, que tous ceux qui portent le caractère de la foi par le baptême ne sont véritablement qu'un dans ce Sauveur qui a donné le même prix pour racheter chacun de nous.

x> De ces principes vous aurez peu de peine à déduire tous les devoirs qui lient les hommes entre eux, et qui feraient le bonheur de la société s'ils étaient bien étudiés ou plutôt s'ils n'étaient pas le plus souvent saori^s à l'intérêt personnel. »

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