‹ Vie de Monseigneur de Simony, évêque de Soissons et LaonChapitre 43 sur 118 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

H. de Simony connaissait trop bien les sentiments de probité, de délicatesse que le jeune de Sully avait reçus avec la vie, pour insister sur les devoirs essentiels de jusiice, dont la violation ébranle la société jusque dans ses fondements. U le prémunit contre deê injostices d'un autre genre, contre ces injustices secrètes, adroitement coIoréeS| d'autant plus faciles à commettre que l'amour-propre, que i'égolsmenous.en rendent les complices souvent à notre insu.

d L'amour*propre, dit H. de Simony, fait ordinairement de chacun de nous comme un centre auquel il rapporte tout, et ce sentiment d^à si injuste est poussé quelquefois à un tel point, que lors même que le bonheur d'autrui ne nuit point au nôtre, il ne laisse pas de nous faire ombrage. C'est de ce funeste principe appelé égoUsme, mot que chacun proscrit, principe que chacun a dans le cœur, si la religion ne l'en chasse, que aalt le plus grand nombre des désordres qui affligent la société. Notre devoir est donc de le détruire ou au moins de le combattre sans cesse dans nos coeurs.

^ Persuadez-vous donc bien que, loin que tous les autres soient fait pour vous, vous êtes fait pour les autres; que chaque homme est débiteur de tout ce qu'il est et de tout ce qu'il peut à la société; que c'est dans celte communauté générale que chacun doit venir puiser la portion de biens qui lui revient; mais que tout homme qui rapporte tout à soi et ne s'emploie point pour autrui, est indigne de partager les biens qui résultent des efforts communs des membres de la société. Pensez à quoi vous seriez réduit si vous étiez laissé à vos propres moyens, et combien de travail et de peine ont coûté à d'autres vos moindres jouissances.

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Un peu d'argent les paie à te vérité; mais, dites-moi, où est Véquilibre entre le travail et la soeur de Pfaomme et Técu que lui donne «on semblable.

» Ne perdez doac jamais de vue cyie vous êtes red»^ vabte à chacun des autres hommes, et qm si pour ' l'ordre de la société. Dieu vous a donné qu^oe avantage sur eux, vous n'avez pas lieu de vous croire moins obligé de payer la dette commune, en eontri*buant de toui. votre pouvoir dans les petites cosime dans les grandes choses au bien de tous en général et de chacun en particulier.

D Observez du reste tout ce qu'il vous rerient d'avantages, quand vous trouva dans ceux qui vous environnent, la noblesse des sentiments, Fesprit de politesse et surtout de charité, la douceur des moeurs, toutes ces qualités, en un mot, qui rendent utile et agréable aux autres, et jugez si Ton n'est pas en droit de les demander de vous.

» Hais qu'il vous sufBse plutét de descendre au fond de votre eoeur, et d'y écouter, toute cupidité à part, la voix que Dieu y fait retentir sans cesse, je veux dire la voix de ta nature, la voix de la. religion, et je suis assuré que tout vous portera à aimer le prochain, non comme le monde, de bouche et en paroles, mais en œuvres et en vérité.

9 Je crois, mon bien-aimé fils, que pour un cœur tel que le vôtre, il doit me suffire d'-indiquer rapide^ ment les devoirs qui sont d'un usage plus commun, afin de vous les rappeler si déjà vous n'y avez pas fait attention; ils n'auront besoin vis-à-vis de vous ni d'être prouvés, ni d'être présentés avec chaleur pour vous les faire adopter. Dieu qui a mis dans votre

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ccrâr, non pas la bieafaisafice humaine, mais sa ebarite, vous éclairera et tous excitera suffisammeiH par sa grâce, et ce qoe d^autres font peut-être par osten- tation, V041S lé ferez eti suivant le mouvement el* Kospiratioa de Dieu même.

» Je vous recommande d'abord de placer bien avant ddns votre coeur des sefttimefits de bienveillaitce pour tOQs les. hommes en général, et pow dhaeun en particulier, quel qu^tl soit, quelque basse que soit son extraction. Quelque vH qu'if paraisse à Textérieur, percez à travers les haillons, à travers ce corps négligé et déformé, pour y voir une Àme aussi noMe, aussi chère à Dieu que la vôtre, et qui après quelque peu de jours sera placée au-dessus de vous dans le ciel. De ces sentiments naîtront des égards qui sont la première et la plus juste consolation qu'on doive au malheur.

» Prenez garde à ne point vous laisser prendre» comme la plupart des hommes le font, à tout ce qui est extérieur à la personne, à l'éclat de la naissance, aux richesses, au luxe des vêtements, à la somptuosité des meubles et des bâtiments, aux titres, à l'appareil de grandeur, etc., etc. Sachez bien qu'un grain de vertu mérite mille fois mieux vos hommages, et soyez bien plus flatté d'avoir accès dans le cœur d'un pauvre, qui a pour tout cortège la grâce de Dieu, que d'être bienvenu de tous ceux que le monde nomme grands.

%ffionorez donc et respectez dans les puissants du siècle la dignité dont ils sont revêtus; tel est Tordre de la Providence; mais gardez l'estime et la vénération profonde pour l'homme vertueux, cherchez-le

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parlout où vous pouvez le trouver, et we c^aignez pas, dans quelque bas degré que vous le rencootriez, de rélever dans votre cœur et de lui marquer dans quelle estime vous Tavez.

)) Déjà vous avez Theureux peucbant de ne doûoer votre estime qu'à ceux que la vertu vous a montrés en être dignes, remerciez Dieu chaque jour de votre vie d'avoir ainsi façonné votre cœur; n^is ne vous fiez pas trop à ce premier tact qui n'est pas sur, même après Texpérience de toute la vie; étudiez, sondez avec prudence et sagesse, écartez d'abord cet extérieur trop séduisant, ces grâces aimables, ce ton vertueux qui quelquefois peut couvrir un cœur perfide; ne vous arrêtez pas non plus à un extérieur déplaisant, à certaines manières désagréables, à un ton peu aimable; souvent l'écorce la plus rude cache la plus belle âme;' mais pratiquez les hommes avant de les juger. Vous Je savez, il n'est point de véritable et constante vertu, si elle n'est établie sur la crainte de Dieu et son amour; que votre premier soin soit donc de ramener chacun de ceux que vous avez à connaître, à cette pierre de touche. Du reste, je ne prétends pas que vous refusiez à la plus petite vertu, au plus mince mérite le degré d'estime qui lui est dû; je souhaite au contraire que la raison soit assez la maîtresse chez vous pour que les défauts, les vices même d'un homme ne vous empêchent pas de voir toujours ce qu'il peut y avoir de bien en lui et de l'apprécier en conséquence.

)) Mais quant à cette estime qui commande la con* fiance, gardez- vous de la profaner, en la donnant à tout autre qu'à l'homme sincèrement religieux; je dis sincèrement religieuse, car la religion n'est ni en pa«

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r»les, ni eu grimao06; elle h'mI vrate que q««nd la éooduite y répond eoMiamment; qoeiqae preuve doue qo'ga homme vous ail dooiiée de ses senlimenis et de ses priûcipes, sitôt que vous ne le trouverez plus d'aoôonl avec la loi dé Dieu, commences à vous en déier et œ vous livrez plus à lui qu'avec préoaution. »

Il est impossible de tracer d'une main plus Sûre, avec plus de tact et de discernement cette différence de conduite qn'il faut tenir vis-à-vis des hommes selon h différente mesure de leur vertu, tout en ayant pour tous, sans exception, des sentiments de bienveillance et de bonté. Mais peut-on quelque chose de plus touehant et qui nous ^isse mieux connaître jusqu'où M. de Simony poussait Tindulgenee, que ce qu'il recommande à l'égard même de ceux qui ont perdu tout droit à l'estime de leurs semblables.

« Au reste, si vous devez être ménager de votre estime, vous devez être prodigue de bonté. C'est par la bonté que notre coBur prend l'empreinte du cœur de Dieu même; ne craignons donc pas de la verser comme lui sans mesure, et qu'aucun homme n'en soit réellement exclu. Non, il n'est aucun homme, quek que inconnu, quelque vicieux, quelque scélérat qu'on le suppose, pour lequel nous ne devions sentir s'émouvoir des entraides de bonté et de miséricorde. Si Dieu nous aime parce que nous sommes l'ouvrage de ses mains, comment n'aimerions-nous pas nos sem* blables qui sont les os de nos os, et la chair de notre chair? Ahî que votre joie la plus vive, que votre occupation la plus douce soit de multiplier les bienfeits autour de vous. Si vous ne pouvez en répandre de grands, n'en négligez aucun des i^us petits; sou-

vent même ceux-ci ont un prix qui se fait plus vive*? ment sentir au co&ur de nos semblables, jparce qu'iU marquent un soin plus direct, use attentiop {^us prochaide ; d'ailleurs si votre cœur est bien rempli de ce sentiment qui lui est si naturel et qui ne demande qu'à être développé, il sentira viveiaaent le besoin de se décharger et n'en négligera aucune occasion.

» Il y a un obstacle aux effets déjà bonté dont il est important que vous vous défiiez : c'est l'embarras, je veux dire une certaine crainte de se communiquer aux autres, de se rapprocher d'eux, d'entrer dans le détail de ce qui les intéresse, et une idée trop vive des obstacles qui peuvent s'opposer au bien que l'on veut faire. Dégagez- vous, j'y consens, de tous ces c6mmerces, de toutes ces sociétés, de toutes ces liaisons qui sont inutiles ou superflues; ne recherchez point les heureux du siècle ; la portion d'oisiveté ou d'ostentation qu'ils déchargeraient sur vous, d'autres seront assez empressés à les en délivrer; mais le malheureux, mais l'ouvrier laborieux, mais^ces hommes qui ne connaissent les égards que par ceux qu'ils rendent aux autres, et les douceurs de la vie que parles privations qu'ils en éprouvent, qu'un visage ouvert, des manières eugageanles, un ton et des paroles qui marquent l'intérêt, leur montrent un cœur à qui ils ne sont pas indifférents, et que des services réels, suivant le pouvoir et l'occasion, leur prouvent solidement que vous vous intéressez à eux. Ils vous verront toujours avec plaisir vous rapprocher d'eux, vous informer de ce qui les touche, ou seulement vous en occuper; vos questions ne les importuneront pas, parce qu'ils y verront un intérêt auquel ils ne sont pas accoutumés.

cHÀpittt tu i(n

> » Observez en pas^aat, c^er ami, que les services reodcis aux pauvres sont les seuls que nous puissions regarëer comme étant le fruit de la bonté. Il règne dans |e nM)fide un certain empressement à rendre service; vous voyez des gens qui font profession d'obliger ; mais combien de fois ce sentiment si noble n'est-il pas infecté d*araour-propre ou d'intérêt personnel? Le service au contraire que vous aurez rendu au malheureux Qu à l'bomme' de basse condition, sera tout pour le compte de la bonté.

» Au reste, il n'est pas nécessaire de vous dire qu'il ne suffit pas de faire le bien, mais qu'il faot encore s'attacher à le bien faire, c'est-à-dire : 1^ sans le faire attetfdre ; ^ avec un air et des manières qui marquent le plaisir que vous avez de le faire; 3^ avec prudence pour qu'il ne devienne pas nuisible à celui qui le reçoit. Vous savez encore quel désintéressement doit accompagner le Uenfait, ne visez même pas à la re* connaissance. Les témoignages que vous en recevrez seroni un doux prix du sentiment qui vous aura inspiré de faire le bien, mais les exiger, ce serait vendre un bienfait. if>

L'indulgence pour les défauts des autres, est une partie trop essentielle de la bonté pour ne pas trouver ici sa plaée. M. de Simony s'applique surtout à en faire bien saisir la nature, a La bonté ainsi établie dans votre cœur, l'indulgence y naîtra nécessairement; j'entends par indulgence, non cette mollesse qui tolère les défauts qu'on doit et qu'on peut corriger, ou qui flatte ceux qu'il ne nous appartient pas de re* prendre, mais ce sentiment qui nous fait séparer l'action mauvaise de celui qui ia commet, et qui nous

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laistant déiesler le crime, nous fait fivitAi plaindre que blÀmer le coupable. Dieu seul eB% le juge des cœurs et voit quel est le véritable degré de malice qui accompagne une mauvaise action. Pour nous, qu'il nous suffise de penser qu'il peut très-bien arriver que le misérable qui s'est souillé d'un crime, pesé avec nous dans la balance, soit trouvé moins leoupable, «t que d'aiUeurs la pénitence peut expier son péché, et, si elfe est accompagnée d'une charité plus grande que la nôtre, le placer au-dessus de nous; cette mèm^ in^ dulgenca nous apprend encore, nen-sealen^ent à pardonner, mais à supporter avec patience les défaïUa d'autrui et les incommodités qui nous en reviennent. Notre nature est si corrompue, nous semmea si faibles^ qu'il n'eat aucun âge, aucune oondition qui en aoift exempte. L'enfance a ses défauts comme la vtettlâsae, le riche comme le pauvre, k savant comme l'ignorant. Le phis sage est celui qui connaît jqpieux les sieiis, el qui apprend par la peine qu'il trouve à les corriger, combien il doit être indulgent pour les défauts des autres , et surtout cte ces hommes qu'une éducation moins soignée et une vie toute occupée dc& besoins physiques a mis peu à portée de s'étudier et de se pelir« Le plus insensé est celui qui, se cachant à soi-môme ses défauts, ou se les excusant, ne supporte qu'avec peine o«ix des autres et leur fait s^tir quand il peut etmibien ils lui sont à ctorge. Ceci est d'autant plus vrai, que ce que nous Jugeons défaut en aiitrui , n'est souvent qu'une simple oppo^ sition à notre humeur et que ee aoni souvent nos propres travers qui en créei^ pour nous cbex les autres. Si nous étions plus parfaits , à peine nous

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