CHAPITRE PREMIER
Origine, ancienneté^ illustration de la maison de Simony. — Monuments de sa religion. — Etablissement de cette maison en France. — Vertus, piété des parents de Mk^ dfi Simony.
Monseigneur Jules-François de Simony, d#nt nous écrivons la vie, descendait d'une ancienne et noble famille. Nous le disons d'autant plus volontiers en commençant son histoire, que sa profonde modestie, on le sait, lui a fait garder pendant toute sa vie un silence absolu sur ces titres de gloire humaine. Personne, en effet, ne fut moins préoccupé que lui des distinctions de la naissance, ni moins désireux de la considération qui pouvait lui en revenir. Ce n'est pas qu'il n'estimât ces distinctions, mais il ne voulait pas qu'on les fît connaître ou sentir autrement que par une plus grande élévation dans les sentiments, et par une plus grande dignité dans la conduite. Aussi, en tète des maximes de conduite qu'il rappelait le plus souvent au jeune duc de Sully, avait-il mis cette belle pensée de Charron : « Ceux qui n'ont en soi rien de
recommandable qae cette noblesse de chair et de sang, la font fort valoir, Pont toujours en bouche, en enflent les joues et le cœur... mais c^est pure vanité; toute leur gloire vient par de chétifs instruments, ab utero, conceptu, partu, et est ensevelie sous le tombeau de leurs ancêtres. Comme les criminels poursuivis ont recours aux autels et sépulcres des morts, et anciennement aux statues des empereurs , ainsi ceux-ci , destitués de tout mérite et sujet de vrai honneur, ont recours à la mémoire et armoirie de leurs majeurs. Que sert à un aveugle que ses parents aient une bonne vue, à un bègue l'éloquence de son aïeul? »
La maison de Simony, originaire de la Toscane, est une de ces maisons de nom et d'armes qui se sont formées dans les temps anciens avec l'hérédité des fiefs, et sont devenues célèbres par la valeur et les exploits militaires de leurs chefs. Les révolutions continuelles qui ont agité en tout sens les états d'Italie, le sac des villes et des châteaux ne permettent d'établir une filiation non interrompue dans cette famille qu'à commencer de la moitié du treizième siècle.
I. La ville de Sienne, seconde ville de la Toscane, et une de celles qui ont produit le plus de grands hommes en tout genre, fut, selon toute apparence, le berceau de la famille de Simony et de la plupart de ses alliances. C'est dans une de ces guerres si fréquentes alors entre les petits états d'Italie, que nous voyons paraître le plus ancien représentant de celte maison, le chevalier Reynaud de Simony. En 4231, les villes de Florence, de Sienne, de Lucques et de Pistoja, quoique en guerre entre elles, étaient toutes réunies contre la ville de Pise, leur rivale. Le combat fut sanglant, et Reynaud de Simony y fut tué le premier jour d'août 1234. Son corps fut enterré dans la chapelle de Saint-Pierre, qu'il avait fondée l'année précédente dans la vieille cathédrale de Sienne. On
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voit encore sa ton^ibe ^ans cette église avec o^tte inscription :
me iàcet retnàldus b« simont eques
QUI HAMG CàPELLàM FUIfDAVIT AKKO 4230 OCaSUS
est bello anko sàlutis 4234 prima augusti eequiescat in page*.
IL U ne sera pas sans intérêt de remarquer que le monument le plus ancien que nous voyons érigé par la maison de Simony est une chapelle consacrée au Prince des apôtres, dans la cathédrale de Sienne ; et le premier titre connu de cette famille, un acte de donation, par lequel Melitius de Simony, fils de Reynaud, donne à la même église une ferme ou métairie. Héritier de la pieuse magnificence de ses père^ qu'il devait même surpasser, Ms' de Simony pouvait dire en toute vérité, comme le grand Apôtre : « Dieu que ma famille a toujours servi et à qui je suis dédié par mes ancêtres. » Deus cui servio a progenitori- Sw5*, — IITlM.,Ç. I, v. 3.
^ Clr^ I^eynaud de SUnony, chevaUer, qui fonda cette chapeUe Tan IS^, et fut tué à la guerre , Tan de aalut 12ai, le premier jour d'août. Qu'il repose en paix.
s Cet acte de donatioa est un parchemin écrit en latin revêtu d'un scel et contre^ecel en cire rouge. Sur le scel est un chevalier, la lance en arrêt, armé de toutes pièces et monté sur un palficoi bardé; le scel e^ pendant à un cordon de soie bleue et rouge, couleur de Vécu de la famille de Simony, qui était primitivement^ en terme de blason, partie de gueules et d'azur. Ces armes se voient encore çur la tombe de Reynaud, sur le .grand scel et contre^scel de l'acte de donation, et dans quatre endroits différents du vitrail de la chapelle de Saint-Pierre.
I,e chirçgraphum est d'autant plus authentique qu'il est tiré d'un dépôt public et revêtu de toutes les formes requises. Le voici textuellement :
GHIROGRAPHUlf.
Noium sit omnibus tam prœsentibus qiiam futuris, quod ego Melitius de Simony, eques, et uxor mea Eugenia Pefrucio, filii
4 VIE DE MONSEIGNEUR DE SIttOMY.
III. Hugues de Simony, fils de Melitius, épousa en 4312 Clara Polili, d'une noble famille de la ville de Sienne, d'où est sorti Âmbroise Politi, qui, après avoir enseigné le droit pendant trente ans sous le nom de Lancelot Politi, prit celui de Catarin en devenant prêtre, parut avec éclat au Concile de Trente et mourut archevêque de Conza.
ly. Thiebaud de Simony jeta un nouveau lustre sur la maison de Simony par son alliance, en 1347, avec Dona-Magdalena Picolomini, de cette illustre famille qui donna aux armées d'Italie de célèbres généraux, aux sciences et aux lettres d'habiles philosophes, à l'Eglise deux évêques aussi savants que pieux et deux papes : le célèbre iEneas Silvius, pape sous le nom de Pie II, et son neveu Pie III, tous deux petits-neveux , de Magdeleine Picolomini.