‹ Vie de monsieur OlierChapitre 10 sur 14 · FONDATIONS DE MM. DE SAINT-SULPICE DAN® L’ÎLE DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

FONDATIONS DE MM. DE SAINT-SULPICE DAN® L’ÎLE DE MONTRÉAL

En 1640 l’île de Montréal appartenait à la:, compagnie de la Nouvelle-France.

Par acte du 17 décembre 1640 (Edits et Ord. Noyaux, p. 20), la compagnie de la Nouvelle- France cède, en toute propriété, l’île de Montréal, aux “ associés de Montréal,” dont les principaux étaient MM. de Fancamp, de la Dauversière, Olier, du Plessis, de Maisonneuve.

Le but de ces derniers était de piété plutôt: que de gain ; ils avaient moins en vue la colonisation que la propagation de la foi. Cependantla compagnie, craignant de trouver chez les, “ associés de Montréal ” des rivaux pour la. traite des pelleteries, se réserva le haut de l’île,. comme terrain où ses agents pourraient rencontrer les sauvages descendant le Saint-Laurent et l’Ottawa pour traiter avec les Européens, et, en compensation, céda aux “ associés de Montréal ” une étendue de terrain sur la rive nord du Saint- Laurent : c’est ce qui forme aujourd’hui la seigneurie de Saint-Sulpice.

En avril 1659 (Edits et Ord., p. 29) la Compagnie de la Nouvelle-France céda le reste de l’îlede Montréal aux “ associés de Montréal ” aux mêmes conditions que celles portées au premier acte.

APPENDICE

Quatre années après, c’est-à-dire en 1663, les “ associés de Montréal,” dont le nombre était réduit à cinq, à part Monsieur de Maisonneuve et Saint-Sulpice, par contrat de donation cèdent tous leurs droits de propriété sur l’ile de Montréal et la seigneurie de Saint-Sulpice aux messieurs du séminaire de Saint-Sulpice représentés par Monsieur de Bretonvilliers, leur supérieur, le 9 mars 1663 (Edits et Ord. Royaux, p. 93). ■“ Ils leur cèdent cette île et la seigneurie qui lui

est annexée pour en disposer comme proprié- 4‘ taires incommuables.”

La donation est faite aux clauses et conditions suivantes :

lo. Que le domaine et la propriété de la dite 'île seront inséparablement unis au dit séminaire.

2o. Que les messieurs du séminaire se chargent, comme subrogés aux associés, de toutes leurs dettes, charges et autres dépenses ordinaires et extraordinaires pour la conservation de l’ile et le maintien de l’œuvre, selon les revenus.

3o. Que le revenant bon, s’il y en a, sera employé pour le bien de l’œuvre, selon le zèle et la prudence des dits messieurs du séminaire, sans que les terres qui ne sont point défrichées, et que les dits messieurs du séminaire pourront faire défricher ci-après, y soient comprises, ni pareillement les améliorations et acquisitions dont ils pourront disposer, ainsi que bon leur semblera.

A l’époque de cette donation le revenu de l’île de Montréal était de cent écus et la dette des associés assumée par Saint-Sulpice était de 130,- 000 livres.

Cette dette fut acquittée par les donataires, mais il fallut faire des dépenses bien plus grandes encore pour satisfaire aux besoins pressants de la colonie naissante.

APPENDICE

M. de Bretonvilliers laissa à Montréal 400,000 livres, de ses propres deniers ; pendant les cinquante premières années, la communauté n’envoya de Paris que ceux de ses membres dont la bourse permettait des sacrifices constants aux nécessités de l’œuvre.

Sans jamais retirer un sou des revenus de la seigneurie, ces messieurs grossirent à 9,000,000 livres la somme dépensée à Montréal par les membres de la société de Saint-Sulpice pour améliorer la condition de l’île et de ses habitants.

En 1677, Louis XIY accorda des lettres patentes permettant l’établissement du séminaire de Saint-Sulpice à Montréal, confirmant la donation de 1663 et accordant les franchises des redevances seigneuriales envers la Couronne, comme -elles étaient accordées aux biens destinés aux Œuvres Pies.

(Edits et Ord. Eoyaux, p. 91.)

En juillet 1714, de nouvelles lettres patentes furent accordées par Louis XIY aux messieurs du séminaire de Montréal, accordant les franchises seigneuriales, non à titre gracieux comme précédemment, mais à titre onéreux — c’est-àdire, comme indemnité due aux messieurs du séminaire pour les charges qu’ils s’étaient imposées et certains avantages qu’ils avaient procurés à la colonie.

(Edits et Ord. Eoyaux, p. 342 et seg.)

Après la conquête ces messieurs songèrent à continuer l’œuvre entreprise depuis déjà près d’un siècle.

Ce fut là une époque critique dans l’histoire de Saint-Sulpice à Montréal. L’impression d’une campagne désastreuse était encore bien vive dans l’esprit des vaincus. Il faut se reporter à ce lointain passé. Le Traité de Paix permettait

APPENDICE

à ceux qui voulaient rester Français de vendreleurs biens et de rentrer dans leur patrie.

On ignorait de quel œil les nouveaux maîtres verraient les établissements religieux du pays que le sort des armes venait de leur livrer.

A ce doute devaient bien s’ajouter et le désir de revoir la France et la répugnance qu’on ressentait naturellement à jurer fidélité au nouveau, roi.

On avait dix-huit mois pour délibérer d’après les termes du traité et le roi d’Angleterre prolongea même ce délai en faveur de Saint-Sulpice pour lui permettre de disposer de tous ses biens à Montréal.

(Voir la réponse de lord Halifax au séminaire de Saint-Sulpice de Paris en 1764.)

A ce moment difficile, on se rappela les espérances qu’avait formées sur la colonie le pieux fondateur de la société et les sacrifices qu’avaient encourus les premiers membres.

On ne voulut pas abandonner une œuvre qu’un siècle de dévouement avait rendue sacrée on préféra s’exposer aux risques du nouveau régime.

Par acte devant Mathon, notaire, à Pans, le 29 avril 1764, le séminaire de Saint-Sulpice de Paris fit un abandon de tous ses biens du Canada à ceux des messieurs de Montréal qui voulurent prêter serment de fidélité au roi d’Angleterre. Depuis ce moment ces derniers restèrent séparés quant au temporel de la communauté de Paris.

Plus tard, des officiers de la Couronne contestèrent sans motif la légitimité de la possession ; ils eurent à essuyer bien des déboires et nous les retrouvons en 1840 demandant au Conseil Spécial de Québec, par une requête, delégaliser leur existence ici et de leur donner une-

APPENDICE

incorporation régulière, pour ces mêmes fins qu’en 1663 ils s’étaient proposées en acceptant les lieu et place des “ Associés de Montréal.”

Ces fins sont :

lo. La desserte de la Paroisse de Montréal.

2o. La mission du Lac des Deux Montagnes,, pour l’instruction morale et religieuse des Algonquins et Iroquois.

3o. Le soutien du collège de Montréal.

4o. Le soutien des écoles pour les enfants de' la paroisse de Montréal.

5o. Le soutien des pauvres invalides et les orphelins.

60. Le soutien et le maintien des membres de la Corporation, de ses officiers et serviteurs.

7. Le soutien de telles autres institutions religieuses, de bienfaisance et d’éducation qui pourront être approuvées par le gouvernement,, et pour mille autres fins ou intentions quelconques.

Assurément qu’en se proposant des objets, aussi étendus, ni le Séminaire de Montréal, ni le Conseil spécial ne pouvaient entendre les remplir tous, sans aucune restriction.

Tous les revenus dont ces messieurs peuvent: disposer ne sauraient suffire au soutien des pauvres de Montréal, ni aux frais de l’éducation de nos enfants.

Cette énumération que fait la Loi, comme celle que contient toute charte, désigne le but de leur incorporation et restreint à certains objets les dépenses qu’ils peuvent faire de leurs, revenus, mais dans les limites que leur fixe la loi, limites qu’ils se sont, du reste, toujours fixées eux-mêmes, ils sont libres de faire telles dépenses qu’ils jugeront convenables.

appendice.

Page 1