CHAPITRE IV
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le veto absolu , relativement aux décrets de l’Assemblée ; les républicains n’accordèrent que le veto suspensif, trouvant encore que c’était remettre une arme trop dangereuse aux mains d’un souverain , qui tout à l’heure exerçait un pouvoir sans limites. Et assurément c’est une chose fort difficile que de former un gouvernement démocratique , avec un roi pour chef ostensible. Ou le monarque , satisfait de sa parade et de sa nourriture quotidienne, jouera le rôle d’un roi de théâtre ; mais alors il deviendra pour l’État une des charges inutiles qu’un gouvernement populaire est particulièrement tenu d’éviter, tant par des motifs d’une sage économie que par la sévérité de principes ordinaires aux républicains : ou bien le roi s’efforcera de donner quelque réalité à cette ombre de puissance; mais alors la démocratie sera inopinément attaquée par la lance qu’elle croyait n’avoir mise dans ses mains que comme un drapeau.
Beaucoup de députés, s’ils eussent été sincères , auraient peut - être fait observer que c’était proposer trop tôt l’établissement d’une république pure , et qu’il fallait rendre le pouvoir du roi tout-à-fait nul , avant de supprimer un titre auquel les oreilles françaises étaient accoutumées depuis si long-temps. Ils prirent
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soin , toutefois , de priver le roi de toute la protection que lui eût prêtée une seconde chambre placée entre lui et l’Assemblée Nationale. « Un seul Dieu, s’écria Rabaut Saint-Étienne, une seule nation, un seul roi, une seule chambre! » Ce partisan de l’unité et de l’unifonnité eût trouvé l’auditoire incrédule s’il eût ajouté : « Un seul nez , une seule langue , un seul bras , un seul œil! » Mais l’enchaînement de ces premières unités formait une phrase ; et une phrase imposante, sonore , qui peut être retenue et facilement répétée, produit un grand effet en temps de révolution. La proposition de créer une chambre haute, soit héréditaire comme en Angleterre, soit conservatrice comme en Amérique , fut rejetée comme entachée d’aristocratie. Le roi de France se trouva, par rapport au peuple , dans la position où s’était autrefois placé Canut en face de la marée montante 1 . On dit à Louis XVI de s’asseoir sur son trône , de commander aux vagues de le respecter, et de courir la chance ou de les faire reculer , ou de se voir englouti par elles. Si l’on voulait
1 Canut I", dit le Grand, roi d’Angleterre et de Danemarck , pour confondre la flatterie de ses courtisans , feignit d’ordonner aux flots de la mer de s’arrêter à ses pieds , etc. ( Édit. )