‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 105 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et les députés se seraient ainsi trouvés sous l’influence directe de cette frénésie populaire que les agitateurs avaient tant de moyens d’exciter. Ces derniers auraient pu régner par la terreur sur le Corps Législatif, remplir la salle des séances d’une foule tumultueuse et désordonnée, faire assiéger les portes par une populace en furie , dominer les débats et dicter les décrets. Quel sort réservait-011 au roi lui-même? Les événemens qui vont suivre le diront assez. Les républicains réunirent donc tous leurs efforts pour l’accomplissement de ce grand projet , et réussirent à porter au dernier degré la fermentation populaire.

Les premiers essais furent malheureux. Une députation, formidable par le nombre de ceux qui la composaient et la violence de leurs démonstrations , s’apprêtait à partir de la capitale pour aller demander la translation de la famille royale et de l’Assemblée à Paris ; mais elle fut adroitement dispersée par La Fayette et Bailly. Il semblait arrêté , néanmoins , que les républicains viendraient à bout de leur entreprise, moins par leur propre force, quelque grande qu’elle fût, que par les fautes des royalistes. Une imprudence ( il ne parait pas que ce fût autre chose) une imprudence commise dans l’intérieur du château de V ersailles , fournit aux

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démagogues, probablement plus tôt qu’ils ne l’avaient espéré, l’occasion de réaliser leur projet, en renouvelant les scènes violentes qui avaient déjà eu lieu.

Encore bien qu’elle dût son éclat et son bienêtre au séjour du roi, la ville de Versailles comptait un grand nombre d’individus fort mal disposés pour le monarque et sa famille. La garde nationale, forte de plusieurs milliers d’hommes, était animée des mêmes sentimens. Il ne s’y trouvait que quatre cents gardes-ducorps à qui l’on pût confier la défense de la famille royale , dans le cas d’un tumulte populaire qui éclaterait à Versailles, ou y serait apporté de Paris. Ces troupes se composaient de gentilshommes dévoués, mais trop peu nombreux pour garder les dehors du vaste château, et que leur qualité même rendait odieux au peuple, qui nevoyaiLen eux que des aristocrates armés.

Pour éviter tout soupçon , et inspirer la confiance, la cour avait envoyé les deux tiers de ces troupes à Rambouillet. Sur ces entrefaites, les grenadiers des gardes-françaises, tout récemment en élat de révolte contre l’autorité royale , se mirent en tête, par une inconséquence assez naturelle aux hommes de leur profession , de reprendre leur poste auprès de la personne du monarque , menaçant hautement

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