‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 106 sur 204 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d’aller à Versailles s’emparer du service ordinaire du château, privilège qui leur appartenait, à les entendre, quoiqu’ils eussent abandonné ce poste contre la volonté du roi, et qu’ils voulussent le ressaisir malgré lui-même. Le régiment de Flandre fut envoyé à Versailles, pour prévenir un mouvement qui pouvait compromettre si gravement la famille royale. La présence de ce corps avait été réclamée par la municipalité, et autorisée par l’Assemblée Nationale, mais nonsans l’expression d’une jalouse défiance.

Le régiment de Flandre arrive. Conformément à l’usage établi dans les places de garnison , les gardes-du-corps invitent les officiers à un banquet, où furent également appelés les officiers des gardes-suisses , et ceux de la garde nationale. Ce fatal repas eut lieu dans la salle de l’opéra , au château , presque sous les yeux du souverain ’. La santé de la famille royale fut portée avec l’enthousiasme ordinaire en pareille circonstance ’. Le roi et la reine consentirent imprudemment à se rendre au milieu des convives, amenant avec eux le dauphin. Leur pré-

' Le ier octobre. ( Édit . )

1 La santé de la nation fut oubliée ou éludée : ce qui fit dire que la cocarde nationale avait été foulée aux pieds. Les écrivains les plus opposés à la cause royale n’assurent point ce dernier fait. {Édit.)

2X2 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, sence exalta eu dei'niei’ point les esprits , déjà échauffés par le vin et les fanfares militaires11 . La musique fit entench’e des airs royalistes ; les cocardes blanches distribuées par les dames qui accompagnaient la reine fui'ent arborées avec enthousiasme; on ajoute que la cocarde nationale fut foulée aux pieds.

En recherchant la cause de cette scène tumultueuse , il semble naturel de penser que la reine, alarmée pour les jours de son époux et de ses enfans , avait bien pu , afin de se concilier des hommes spécialement chargés de protéger la famille royale , recourir jusqu’à un cei’tain point , et faute de réflexion , à l’égard d’un seul régiment , aux moyens de séduction employés par les républicains, d’une manière si infâme, à l’égard de l’armée tout entière. Mais que le roi et ses ministres , grâce aux démonstrations d’un enthousiasme fugitif manifestées par quelques centaines d’hommes dans la chaleur d’un banquet , aient espéré commencer une contre-révolution qu’ils n’avaient point osé tenter à la tête de trente mille hommes, sous un général expérimenté, c’est ce qu’il est impossible d’imaginer.

1 Le repas (lu iw octobre fut, dit-on, renouvelé le 3. ( Édit. )

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