‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 116 sur 204 · CHAPITRE V. a3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. a3l

sailles , le sceptre n’était plus , dans les mains du roi, que le sceau par lequel les dominateurs du jour légalisaient à leur gré les actes d’autorité publique , sans que la volonté libre du monarque y eût la moindre part.

Cet abaissement de la dignité royale était avantageux à toutes les factions, excepté aux royalistes purs, dont l’influence était faible, et le parti comparativement peu nombreux. A la vérité , Louis pouvait aussi compter sur l’attachement et l’appui de plusieurs députés amis de la liberté sans doute , mais qui , non moins partisans d’un gouvernement monarchique régulier, désiraient asseoir le trône sur une base ferme et déterminée. Malheureusement le nombre de ces hommes décroissait de jour en jour, aussibien cpie leur courage. L’excellent Mounier, l’éloquent Lally-Tollendal émigrèrent après le 9 octobre, craignant de voir se renouveler des scènes dont ils avaient déjà été témoins. Voici les adieux que ce dernier, dans son indignation, adressa à un membre de l’Assemblée Nationale : '•

« Ma santé 1 , je vous jure, me rendait mes fonctions impossibles. Mais en les mettant de côté, il a été au-dessus de mes forces de sup-

1 Écrivait le comte de Lally-Tollendal a- l’un de ses amis. {Édit.)

a3l2 VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, porter plus long-temps l’horreur que me causaient ce sang, ces têtes, cette reine presque égorgée , ce roi amené esclave , entrant à Paris au milieu de ses assassins.... M. Bailly appelant cela un beau jour; M. Barnave riant avec M. Mirabeau “ quand des flots de sang coulaient autour de nous; le vertueux Mounier échappant comme par inh*acle à vingt assassins qui avaient voulu faire de sa tête un trophée de plus : voilà ce qui me fît jurer de ne plus mettre le pied dans cette caverne d’antropopliages ..... On brave une seule mort; on la brave plusieurs fois quand elle peut être utile ; mais aucune puissance sous le ciel n’a le droit de me condamner à souffrir inutilement mille supplices par minute, et à périr de désespoir , de rage, au milieu des triomphes du crime que je n’ai pu arrêter. Ils me proscriront , ils confisqueront mes biens; je labourerai la terre, et je ne les verrai plus »

Les autres partis voyaient les événemens du 5 octobre d’un œil différent; et s’ils ne les favorisèrent pas, ils surent du moins en profiter.

Les constitutionnels , c’est-à-dire ceux qui

* Avec M. Mirabeau , n’est pas dans le texte , mais il se trouve dans la lettre. ( Édit. )

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