‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 122 sur 204 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l’office de bourreau. Jusqu’alors on avait vu dans ce. droit l’uri des privilèges sacrés de la révolution : déterminé à en arrêter les progrès , La Fayette résolut de replacer la populace sous l’empire de la loi.

«Par suite de l’approbation, ou du moins de l’indulgence qu’011 accordait à ses accès de colère , un rassemblement a voit saisi et pendu un malheureux boulanger , déclaré tout à coup ennemi du peuple , parce qu’il vendait le pain cher au moment 0[ji il ne pouvait se procurer la farine qu’à un prix exorbitant. En cette occasion , le peuple varia la scène par quelques nouveaux détails , en forçant plusieurs autres boulangers à saluer la tête sanglante portée en triomphe selon la coutume , et en la faisant baiser à l’infortunée veuve évanouie aux pieds des meurtriers. Après quoi comptant sur l’impunité , les brigands se mirent en route pour la chambre des représentans , dans le dessein de procurer à ces derniers la vue du même spectacle. Le boulanger 11’étant ni aristocrate ni gentilhomme, l’autorité crut pouvoir punir, sans s’exposer à être accusée d 'incivisme. La Fayette, à la tète d’un détachement de garde nationale , attaqua les assassins , les dispersa ; et le citoyen- zélé qui s’était chargé de porter la tête, fut jugé, condamné et pendu, comme

Vig r>B Nap. Buok-. Tome 1. 16

- ta •

242 VIE DE «NAPOLEON BUON APARTE, s’il n’y eût point de révolution dans le royaume. Grande surprise de la part du peuple, qui n’avait vu pareil exemple de sévérité depuis la prisé de la Bastille. Ce 11e fut pas tout.

La Fayette , qui pouvait être alors considéré comme le chef suprême de l’État, avait eu*le crédit et l’adresse de faire rendre à l’Assemblée un décret qui autorisait le pouvoir civil à proclamer la loi martiale , eu déployant un drapeau rouge , en cas d’émeute ; et après ce signal , ceux qui refuseraient de se séparer seraient traités comme rebelles. Cet édit. , qui réssemblait beaucoup au riot act d’Angleterre ne passa cependant point sans opposition ; et, en effet , il tendait évidemment à donner aux bayonnettes de la garde nationale la supériorité sur les piques et les bâtons des faubourgs. Les jacobins , nous voulons dire les partisans de Marat, de Robespierre et de Danton, et

1 On appelle en Angleterre riot act (acte d’émeute), la loi qui défend les altroupemens. La loi dit que si douze personnes ou plus sont illégalement assemblées pour troubler la paix publique, et qu’un juge de paix; shériff , ou sous-shériff , ou maire , croit de son devoir de leur commander de se disperser par une proclamation , lesdites personnes doivent se séparer sons peine du crime de félonie , etc. ; et le magistrat peut employer la force pour les dissiper. (Edit )

Page 1