CHAPITRE VIII
guerre furent plus malheureux encore qu’on n’aurait pu s’y attendre, d’après l’état de désordre et d’insubordination où se trouvaient les troupes françaises à cette époque. Si l’Autriche, toujours lente à saisir l’occasion , avait eu des forces plus nombreuses sur la frontière de Flandre , ou qu’elle eut profité de ses avantages avec celles qui s’y trouvaient, il pouvait survenir des événemens qui eussent amélioré, sinon changé tout-à-fait le sort de la France et du Roi. Elle se tint inactive , et donna le temps à La Fayette, qui'commandait de ce côté, d’introduire quelque discipline dans l’année et de ranimer l’esprit du soldat. Toutefois, les faibles succès qu’il obtint ne répondirent point à la • réputation qu’il s’était acquise en Amérique; de sorte que l’armée autrichienne étant peu nombreuse et indécise dans ses mou vémens, la guerre semblait languir des deux côtés.
La Fayette était le principal appui des Constitutionnels : son absence les avait réduits à peu près à cet état de nullité où ils avaient euxmêmes réduit, dans la première Assemblée, d’abord les purs Royalistes, puis les Modérés, c’està-dire les amis d’une monarchie tempérée. La classe des propriétaires seule , conservait pour les Constitutionnels un attachement stérile , qui s’affaiblissait de jour en jour avec l’influence de
ceux qui en étaient l’objet. Cette influence devint même si précaire , que leurs ennemis ne craignirent pas de montrer, par une insulte éclatante , le mépris qu’ils faisaient de ces adversaires impuissans.
Entre autres mesures au moyen desquelles ils espéraient balancer l’omnipotence du club jacobin, les Constitutionnels avaient formé de leur côté le club des Feuillans, ainsi nommé du lieu choisi pour ses séances. Ce club comptait environ deux cents membres de l’Assemblée Législative , rivale éphémère de*ee grand arsenal du Jacobinisme où les révolutionnaires en foule venaient forger leurs carreaux. Mais avec plus d’éloquence , de raison et de connaissances qu’il n’en fallait , les Feuillans ne possédaient pas, comme les Jacobins, la science terrible de soulever à leur gre les passions populaires. On pourrait comparer ces deux partis à deux glaives : l’un ayant une poignée enrichie de dorures, mais avec une lame de verre ou d’autre substance fragile, tandis que la lame d’acier de l’autre égalait en force sa poignée de fer. Que deux armes de cette nature viennent à se croiser, le résultat est facile à prévoir. Il en fut ainsi entre les deux clubs : après beaucoup d’insultes préliminaires, les Jacobins assaillirent leurs adversaires à force ouverte , les maltraitèrent de