CHAPITRE VIII
paroles et de coups, et les chassèrent violem- * ment du lieu de leurs séances. Le maire de Paris Péthion était présent. Il consola les fugitifs par cette réponse : «La loi vous protège, mais le peuple s’est prononcé contre vous ; c’est la voix du peuple que je dois écouter. » Singulier baume pour les blessés.
Couvert d’humiliations , le parti constitutionnel avait perdu presque toute son influence dans lé ministère , et 11e pouvait plus communiqulr avec le Roi qu’en secret : comme si les Constitutionnels eussent jamais été les amis du monarque, comme s’ils n’avaient pas au contraire contribué les premiers ou consenti du moins à l’état de servitude et d’impuissance où » il se voyait réduit. Des six ministres qui avaient remplacé de Lessart et scs collègues , le mari de madame Roland et deux autres , Servan et Clavière, étaient zélés républicains. Duranton et Lacoste montraient de la modération dans leur politique, mais de la faiblesse dans leur caractère. Rival personnel de La Fayette , sous le rapport civil comme sous le rapport inilitaire , le ministre de la guerre Dumouriez était par conséquent ennemi du parti constitutionnel. Pour la première fois ici , nous signalons un de ces hommes célèbres dans l’histoire par leurs exploits guerriers , qui appelèrent la victoire
* sous les étendards de la France, auxquels elle demeura si long-temps fidèle. Dumouricz ne fit que paraître sur la scène, mais en laissant un nom immortel gravé dans les annales de son pays.
Dumouriez était petit de taille , mais plein de talent et de vivacité, Il avait combattu avec distinction dans les troubles civils de la Pologne. Son adresse et son habileté le rendaient également propre à figurer aux premiers rangs dans une révolution politique. Il ne paraît pas qu’il ait jamais déployé une grande fermeté de principes , soit dans ses relations publiques , soit dans sa conduite privée; mais soldat plein d’honneur et de franchise, habitué d’ailleurs au commerce de la bonne société, il n’éprouva que mépris et que haine pour la bassesse , la cruauté et le cynisme des Jacobins. Homme de sens et d’esprit , il se raillait de ces Girondins , les uns fanatiques, les autres pédans, qui s’amusaient à combiner des systèmes de république , également repoussés par la nature du pays et l’état général des mœurs à cette époque. Dumouriez faisait la cour à tous les partis ; se rendant aujourd’hui au club des Jacobins , coiffé du bonnet rouge, symbole de la liberté parmi les sans-culottes, et demain, avec plus de sincérité, proposant au Roi les mesures qui pouvaient