‹ Vie de Napoleon Buonaparte, Empereur des FrancaisChapitre 29 sur 204 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

de la naissance ou des ordres ecclésiastiques. Il devenait également impossible qu’elle continuât de se soumettre paisiblement à des dogmes féotiaux qui accordaient à la noblesse l’immunité des taxes , parce qu’elle servait la nation sur le champ de bataille; et au clergé, parce qu’il adressait des vœux au Tout-Puissant. Quelque fondés qu’ils pussent être sous la féodalité qui les avait fait naître , ces privilèges étaient devenus une fiction légale^extravagante au dix-huitième siècle où tout lq^nonde savait que la noblesse militaire et le clergé recevaient des émolumens pour des services qu’ils ne rendaient plus exclusivement à l’Etat, puisque le roturier possédait alors et la valeur pour se battre et les connaissances nécessaires pour prier; au dixhuitième siècle, où c’était réellement plutôt la roture que les ordres privilégiés, qui fournissait des bras et des talcns à l’Etat.

Voici donc une classe riche, considérable , soutenue , dans scs prétentions , de toute la faveur populaire, qui vient, comme une armée formidable , heurter les privilèges de la noblesse et du clergé ; excitée d’ailleurs à solliciter les prochaines réformes, par les plus puissans de tous les ressorts humains , l’ambition et l’intérêt personnel.

La question fut posée et résolue avec une

Vie de Naf. Buon. Tome I. 4

5o VIE DE NAPOLÉON BUON APARTE, grande franchise par Emmery, membre distingué de l’Assemblée nationale, homme d’honneur et de talent. Dans le cours d’une conversation particulière avec le célèbre marquis de Bouillé, celui-ci avait avoué ses principes de royalisme, et la haine que lui inspirait la nouvelle constitution, à laquelle il ne se soumettait, ajouta-t-il, que parce que le roi avait juré de la faire exécuter. « Vous avez raison, en votre qualité de noble » , répliqua Émmery avec une égale franchise ; « à votre place je penserais de jqjj|me; mais moi, avocat plébéien , j’approuve cette constitution qui m’a retiré moi et ceux de ma classe , de l’état de nullité et d’abjection où la révolution nous avait trouvés. »

Enfin , si nous considérons la position respective des trois corps constitutifs du royaume , au moment où la révolution allait éclater, il était évident , en supposant un choc des partis , que la noblesse et le clergé, vu les divisions qui existaient dans ces deux classes , devaient s’estimer heureux s’ils parvenaient à conserver une partie de leurs privilèges; tandis que le tiersétat, puissant par le nombre et l’unanimité, n’attendait que le moment d’assaillir et de renverser violemment tout le système politique à la moindre brèche qui pourrait être pratiquée dans l’ancienne constitution. Lally-Tollendal a

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