CHAPITRE I
personne , la classe inférieure , ou , comme on l’appelait alors, le tiers-état, avait acquis par degrés une importance sans exemple aux temps de la féodalité , où remontait l’antique origine de la division des états du royaume.
Le tiers-état ne se composait plus, comme aux jours de Henri IY , de bourgeois et de petits marchands confinés dans les villes étroites d’un royaume féodal ; élevés pour ainsi dire comme vassaux de la noblesse et du clergé , dont le luxe leur fournissait des moyens d’existence. Le commerce et les colonies avaient introduit partout la richesse , par des sources où la noblesse et le clergé ne pouvaient aller puiser. Non seulement le tiers-état tenait en ses mains une grande pailie des capitaux disponibles, et formait ainsi l’aristocratie financière de France , mais il . possédait aussi de nombreuses et vastes propriétés territoriales.
Remarquons, de plus, l’influence exercée par beaucoup de plébéiens, en qualité de créan- * ciers , sur ces nobles malaisés qui avaient eu recours à leur bourse, pendant qu’une autre portion de la classe moyenne gagnait en richesse et en importance ce que perdaient, sous ces deux rapports , de riches patriciens qui couraient à leur ruine. Paris avait pris un développement incroyable; ses habitans étaient arrivés à ur de-
48 VIE DE NAPOLÉON BU ON APARTE, gré correspondant de considération. Habiles à profiter du luxe et des prodigalités de la cour et des courtisans , ils avaient acquis des trésors , à mesure que le gouvernement et les classes privilégiées étaient tombés dans la pauvreté. Ainsi enrichis , ces individus s’efforçaient , en donnant à leurs familles tous les avantages de l’éducation , de racheter l’infériorité de leur naissance, et de mettre leurs enfans en état de figurer sur le théâtre où leur fortune et l’opinion publique paraissaient les appeler. En un mot , on peut dire , sans être taxé d’exagération, que les classes moyennes acquéraient plus de richesses , d’influence et de pouvoir réel que n’en avait jamais possédé la noblesse. Semblable à un torrent débordé , le tiers-état menaçait à chaque instant de briser ces barrières , antiques et usées , de privilèges et d’immunités, derrière lesquelles cependant, la noblesse cherchait encore à se retrancher.
« Il n’était point dans la nature de l’homme que les membres les plus hardis , les plus intelligens et les plus ambitieux d’une classe qui savait déjà apprécier sa puissance et son crédit , demeuras- . sent bien long-temps encore dociles à un système politique qui les plaçait , dans le rang social, au-dessous d’individus leurs égaux sous tous les rapports , à part les supériorités factices