XII PRÉFACE
alliés. Par un sentiment de même nature, on ne peut plus aimer un autre général après avoir vu agir Napoléon. On trouve toujours dans les propos des autres quelque chose d'hypocrite, de cotonneux d'exagéré, qui tue l'inclination naissante. L'amour pour Napoléon est la seule passion qui me soit restée; ce qui ne m'empêche pas de voir les défauts de son esprit et les misérables faiblesses qu'on peut lui reprocher.
Maintenant que vous êtes prévenu, ô lecteur malévole, et que vous savez à quel rustre dépourvu de grâces, ou ,' plutôt à quelle dupe, sans ambition, vous avez affaire, si ;• vous n'avez point encore fermé le livre, je vais me permettre de discuter une question.
De bons juges m'ont assuré que ce n'est que dans vingt ou trente ans d'ici que l'on pourra publier une histoire raisoimable de Napoléon. Alors, les mémoires de M. de Talleyrand, de M. le duc de Bassano, et de bien d'autres, auront paru et auront été jugés. L'opinion définitive de la postérité sur ce grand homme aura commencé à se déclarer; Tenvie de la classe noble, si ce n'est que de l'envie, aura cessé. Maintenant beaucoup de gens recommandables se font encore une gloire d'appeler Napoléon, M. de Buonaparté.
L'écrivain de 1860 aura beaucoup d'avantages; toutes les sottises que le temps détruit ne seront pas arrivées jusqu'à lui ; mais il lui manquera le mérite inappréciable d'avoir connu son héros, d'en avoir entendu parler trois OU quatre heures de chaque journée. J'étais employé à sa
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cour, j'y ai vécu; j'ai suivi l'Empereur dans toutes ses guerres, J'ai participé à son administration des pays conquis, et je passais ma vie dans l'intimité d'un des ministres les plus influents. C'est à ces titres que j'ose élever la voix et présenter un petit abrégé provisoire, qui pourra être lu jusqu'à ce que paraisse la véritable histoire, vers 1860 ou 1880. Le métier du curieux est de lire des livres plats, qui parlent mal d'une chose qui nous intéresse.
J'ai cru devoir donner beaucoup de développements à la campagne d'Italie de 4796 et 1797. C'était le début de Napoléon. Suivant moi, elle fait mieux connaître qu'aucune autre et son génie militaire et son caractère. Si l'on ( veut considérer l'exiguïté des moyens, la magnifique dé- l fense de l'Autriche, et la défiance de soi-même qu'a tou- j jours l'homme qui débute, quelque grand qu'on veuille \ le supposer, on trouvera que c'est peut-être la plus \ belle campagne de Napoléon. Enfin, en 1797 on pouvait / l'aimer avec passion et sans restriction ; il n'avait point j j.
encore volé la liberté à son pays; rien d'aussi grand n'a- ] # /.; 4 vait paru depuis des siècles. », .
J'ai eu l'occasion d'étudier sur les lieux la campagne / d'Italie; le régiment dans lequel je servais en 1800, s'est /('«A^iit arrêté à Chera3co, Lodi, Crama, Castiglione,Goïto, Padoue, Vicence, etc. 3'ai visité avec tout l'enthousiasme d'un jeune homme, et seulement après la campagne de 1796, presque tous les champs de bataille de Napoléon; je les parcourais avec des soldats qui avaient combattu sous ses ordres