XVIII PRÉFACE
La préface d'un livre historique en est une partie nécessaire; elle satisfait à cette question : Quel est cet homme qui vient me faire des récits? C'est pour y répondre que je me permets les détails suivants :
Je vis pour la première fois le général Bonaparte deux jours après son passage du mont Saint-Bernard '; c'était au fort de Bard (le 22 mai 4800; il y a trente-sept ans, ô mon lecteur)! Huit ou dix jours après la bataille de Marengo, je fus admis dans sa loge à la Scala ( grand théâtre de Milan), pour rendre compte de mesures relatives à l'occupation de la citadelle d'Arona. J'étais à l'entrée de Napoléon à Berlin en 1806, à Moscou, en 1842, en Silésie en 1813. J'ai eu occasion de voir Napoléon à toutes ces époques. Ce grand homme m'a adressé la parole, pour la première fois, à une revue au Kremlin. J'ai été honoré d'une longue conversation en Silésie, pendant la campagne de 4843. Enfin, il m'a donné de vive voix des instructions détaillées, en décembre 4813, lors de ma mission à Grenoble, avec le sénateur comte de Saint-Vailier. Ainsi, je puis me moquer, en sûreté de conscience, de bien des mensonges.
Comme aucun détail vrai ne me semblera puéril, je dirai que je ne sais pas trop si la postérité appellera ce grand homme Bonaparte ou Napoléon; dans le doute, j'emploie souvent ce dernier nom. La gloire qu'il a acquise
1. Le général Bonaparte passa en effet le mont Saint-Bernard le 30 floréal an VIII, correspondant au 20 mai 1800.