PRÉFACE. IX
point toutes les avenues contre la critique; les hypocrites • m'accuseront probablement de manquer de morale, ce I qui n'augmentera nullement la dose de mépris que j'ai [ pour ces gens-là.
Il n'y a pas d'opinion publique à Paris sur les choses contemporaines; il n'y a qu'une suite d'engouements, se j détruisant l'un l'autre, comme une onde de la mer effa- | çant l'onde qui la précédait.
Le peuple, que Napoléon a civilisé en le faisant propriétaire et en lui donnant la même croix qu'à un maréchal, le juge avec son cœur, et je croirais assez que la postérité confirmera l'arrêt du peuple. Quant aux jugements des ] salons, je suppose qu'ils changeront tous les dix ans, | comme j'ai vu arriver en Italie, pour le Dante, aussi mé- ( prisé en 1800 qu'il est adoré maintenant.
L'art de mentir a singuhèrement grandi depuis quel- < ques années. On n'exprime plus le mensonge en termes exprès, comme du temps de nos pères; mais on le pro- \ duit au moyen de formes de langage vagues et générales, | qu'il serait difficile de reprocher au menteur et surtout de réfuter en peu de mots. Pour moi, je prends dans quatre ou cinq auteurs différents, quatre ou cinq petits faits ; au lieu de les résumer par une phrase générale, dans laquelle je pourrais glisser des nuances mensongères, je reproduis ces petits faits, en employant, autant que possible, les paroles mêmes des auteurs originaux.
Tout le monde avoue que l'homme qui raconte doit dire la vérité clairement. Mais pour cela il faut avoir le