X PRÉFACE
I courage de descendre aux plus petits détails. C'est là, ce / me semble, le moyen unique de répondre à la défiance du 1 lecteur. Loin de redouter cette défiance, je la désire et la < sollicite de tout mon cœur.
Par le mensonge qui court, la postérité ne pourra guère
se fier qu'aux historiens contemporains. On sent^chez un
homme letou de la vérité. D'ailleurs, dix ans après sa
mort, la camaraderie qui le protégeait est dissoute, et
celle qui lui succède met la vérité de cet écrivain au
I nombre de ces vérités indifférentes qu'il faut bien ad-
\ mettre, pour se donner du crédit, et pouvoir mentir avec
I quelque succès sur tout le reste.
Avant 1810, quand un écrivain mentait, c'était par l'effet d'une passion qui se trahissait d'elle-même et qu'il était facile d'apercevoir. Depuis 1812, et surtout depuis 1830, l'on ment de sang-froid pour arriver à une place; ou, si l'on a de quoi vivre, pour atteindre, dans les salons, \ à une considération agréable.
Que de choses fausses dites sur Napoléon ! N'est-ce pas
M. de Chateaubriand * qui a prétendu qu'il manquait de
bravoure personnelle, et que, d'ailleurs, il s'appelait Ni-
I colas? Comment s'y prendra l'historien de 1860 pour se
j défendre de tous les faux mémoires qui, chaque mois,
\ ornent les Revues de 1837 ? — L'écrivain qui a vu l'entrée
de Napoléon à Berlin le 27 octobre 1806, qui l'a vu à
1. Mort à Paris le 4 juillet 1848, M. de Chateaubriand était né le 4 septembre 1768.