‹ Vie de Pierre CorneilleChapitre 10 sur 42 · SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

SÉNÈQUE

NuTRix. Abiére Colchi; conjagis nuUâ estfides Nihilqoe superest opibuB è tantis tibi.

MflOEâ. Medea superest : hic mare et terras vides Fernimque et ignés et Deos et fulmina.

N'est-ce pas là, le MoiydiS'je , et cest assez délayé de la plus pitoyable façon dans une énumération inutile de pouvoirs?

Je ne sais pourquoi les commentateurs , à lar-

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tîcle de la Médée de Longepierre i s'empressent de déclarer que cette plate tragédie, toute défectueuse qu'elle est , est encore fort supérieure à celle de Corneille. Longepierre, tout en imitant les anciens, a copié assez maladroitement ses devanciers. ]N'est-ce pas ce même Longepierre qui refit si mal la jolie antithèse de Racine :

Pour réparer des am l'irréparable outrage»

et qui, pour rajeunir le vers de Britannicus où Burrhus vante sa liberté de langage digne d'un soldat , attribue sa franchise à ces mêmes Grecs dont Virgile avait dit avec bien plus de sens :

Quiflquid id est, timeo Danaos et dona ferentes.

Quant à la Médée de Quinault, bien que d'un style aussi lâche et aussi diffus que la plupart des pièces de son auteur, elle n en a pas moins été louée outre mesure par Voltaire qui s^était constitué le défenseur de Tennemi de Despréaux, et qui ne craint pas de dire en parlant d'un cou« plet chanté par Médée : c Ce seul couplet vaut mieux peut-être que toute la Médée de Sénèque, de Corneille et de Longepierre ; parce qu'il est fort et naturel, harmonieux et sublime. Observons que c'est ce Quinault que Boiieau affectait de mépriser, et apprenons à être justes. >

Voici , du reste , le jugement que portait Cor-

neille sur sa propre Médée : € Quant au style, il est fort inégal en ce poème, et ce que j'y ai mêlé du mien approche si peu de ce que j'ai traduit de Sénèque , qu'il n'est point besoin d'en mettre le texte en marge pour faire discerner au lecteur ce qui est de lui ou de moi. Le temps m'a donné le moyen d'amasser assez de forces pour ne lais* ser pas cette différence si visible dans le Pompée où j'ai beaucoup pris de Lucain , et ne crois pas être demeuré fort au-dessous de lui quand il a fallu me passer de son secours. »

Cette fois , comme nous l'avons vu , Corneille est trop modeste et Sénèque n'a fait que gagner toutes les fois qu'il l'a changé : quant aux endroits oii il s'en est écarté , Voltaire lui-même convient qu'il a trouvé de belles pensées , comme dans ce vers :

Je t'aime encor, Jaton , maigre ta lâchetë.

Précurseur de ceux-ci de Racine dans Bajazet :

Écoutez, Bajaset, je sens que je vous aime.

Cette même année i636, où apparut le Cid,

Corneille fit sa dernière comédie de jeunesse,

intitulée ï Illusion comique. Plus forte d'invention

que la Suivante ou la Galerie du palais, l'Illusion

comique est aussi d'un style beaucoup plus élevé.

Là n'est point encore la comédie de caractère

que Corneille eut Thonneur de mettre le premier au théâtre français en faisant le Menteur. C'est une espèce d'imbroglio renfermant de la comédie, de la tragédie et du drame. Une sorte de changement à vne donne aussi lieu à une décoration agréable ; la magie y a sa place , et c'est au moyen d'un miroir magique que se passe l'intrigue des premiers actes. Le canevas en somme en est fort amusant, et je ne puis comprendre la colère de ceux qui s'indignent de ce que cette pièce parut immédiatement avant le Cid. On peut en certains endroits retrouver le grand Corneille, et même le Corneille de Médée; je n'en veux citer qu'une preuve. Voici quatre vers que dit Isabelle à Clindor à la scène sixième de l'acte second ;

Qui regarde les biens ou la condition N'a qa'iin amour avare ou plein d'ambition , .Et souille lâchement, par ce mélange infâme , Les plus nobles désirs qu enfante une belle âme.

Nous -avons déjà parlé de la prétention mal fondée qu avait eue Corneille en introduisant un Matamore dans cette pièce , de surpasser en rodomontades tous les capitans passés et présens, et nous avons dit que le Matamore de Corneille le cède en forfanterie au Chasteaufort du Pédant joué de Cyrano-Bergerac. Qu'est-ce en effet que d'avoir empêché le soleil de se lever et d'avoir vu l'aurore à ses pieds auprès du combat de la nature et de l'art, au bout duquel Chasteaufort dit avoir

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été contraint de se créer lui-même , et autres vanteries gigantesques inventées par le voyageur dans la lune? Bien plus, le Matamore de Corneille est souvent raisonnable. Quel est le soldat galant , le héros à bonnes fortunes qui ne pourrait dire ces quatre vers de Tacte II, scène II :

Je te le dis encor, ne sois plus en alarme ,

Quand je yeux j'e'pouvante , et quand je veux je charme ;

Et selon qu'il me plaît , je remplis tour à loor

Les hommes de terreur, et les femmes d'amour.

Qui même irait chercher dans cette scène deux vers du raisonnable Boileau récités par le même Matamore, dont tout le rôle doit être rempli d absurdes folies? Matamore dit :

Le seul hruit de mon nom renverse les murailles , Défait les escadrons et gagne les bauilles.

Despréaux dit au sérieux , dans son passage du Bhin :

Un bruit s'épand qu'Enghien et Condé sont passés : Condé, dont le seul nom fait tomber les murailles, Force les escadroni et gagne les batailles.

Pour tout autre que le grand Condé , ces quatre vers du satirique pourraient sembler une épigramme. Mais quelle apparence que Boileau , bon courtisan d'ordinaire , et dans cette occasion flatteur adroit, se soit oublié jusqu'à commettre une pareille irrévérence envers le plus fameux capitaine de son temps, en lui adressant une hyperbole que ses exploits justifiaient presque?

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