‹ Vie de Pierre CorneilleChapitre 11 sur 42 · LE CID · texte numérisé non relu

LE CID

ff ... Après llUusion comique, dît Fontenelle» Corneille se releva plus grand et plus fort que ja* mais , et fit le Cid. Jamais pièce de théâtre n'eut si grand succès. Je me souviens d'avoir vu en ma vie un homme de guerre et un mathématicien qui, de toutes les comédies du monde, ne connaissaient que le Cid. L^orrible Barbarie où ils vivaient n'avait pu empêcher le nom du Cid d'aller jusqu'à eux. Corneille avait dans son cabinet cette pièce traduite en toute les langues de FEu* rope, hors Tesclavone et la turque; elle était en allemand, en anglais, en flamand, et, par une

exactitude flamande , on lavait rendue vers pour vers. Elle était en italien, et ce qui est plus étonnant, en espagnol; les Espagnols avaient bien voulu copier eux-mêmes une pièce dont Toriginal leur appartenait... >

Scudéry lui-même, et Corneille le lui fait remarquer sans qu'il ose se dédire , convient que le Gid a eu t approbation des savans et de la cour.

L'hyperbole elle-même qui, dans ses comparaisons de beauté, allait chercher pour le moins le soleil et les astres , prit le Cid pour terme de comparaison, et cela est beau comme le Cid y fut une locution proverbiale ; il n'est pas jusqu'à ce pauvre la Rapinière qui, au chapitre dix-neuvième du Roman comique, ne devienne épris de mademoiselle de l'Étoile en lui voyant jouer le rôle de Chimène.

Ainsi donc, le peuple, la cour et les savans firent chorus d'admiration lorsque apparut cette tragi-comédie du Cid , et le bouffon le plus enjoué, quittant son ton moqueur et sa marotte, prit la peine de construire une phrase d'admiration, mais cette fois-ci une phrase sérieuse , et cela non seulement en parlant du Cid^ mais encore en parlant d'une représentation de I^icomède , comme nous le verrons en son lieu en examinant cette autre œuvre de notre grand poète.

Scarron admirant Corneille sans envie, et parlant de ses œuvres sans intention maligne , lui qui avait habillé Virgile d'un justaucorps d'arlequin !

Ne vous semble-'t-il pas voir un fou de conr oc« cupé à deviser joyeusement des morts et des vivans, quand passe tout à coup le roi son maître , drapé dans sa tristesse et dans sa majesté? Le bouffon 6te son bonnet, fait grimacer une pose sérieuse à son visage et à son maintien , et plus il n'ose calomnier et médire tant que le roi passe et qu^on peut apercevoir un pli de son man» teau royal.

Tottt Paris pour Chimène eut le» y eut de Rodrigue,

dit un vers trop célèbre pour n'être pas dans la mémoire de tous ; Paris s'émut au malheur de cette pauvre amante, et prit fait et cause pour une impudique, une prostituée et une parricide, comme parlait Scudéry, le bouc émissaire des vengeances du cardinal.

Richelieu fut-il de bonne foi, comme Ta prétendu Voltaire, quand il poursuivit le Cid de son impérieuse critique , ou des motifs de haine ou de vengeance guidèrent-ils son^bras et la plume de ses faiseurs?... Discussion oiseuse qui occupa deux siècles durant les esprits, et dont je ne parlerai que pour mention. Il me semble que cette persécution découle trop naturellement des faits pour qu'on ait besoin d'en rechercher les sources plus loin. Que Corneille eût ou non corrigé les vers du cardinal, peu importe : à ce prix, Richelieu eut conservé toute sa vie le grand poète à son service.

DE P. CORNEILLE. ISl

Les vers de Richelieu, corrigés par Corneille, eussent été pour quelques uns sans doute des vers de Corneille; mais pour la niasse et la postérité , qui ne voient que le masque et connaissent si peu le visage, le cardinal en eût eu tout Thonneur, et les siècles l'eussent nommé poète ; il savait tout cela. Attaquer Corneille dans sa gloire naissante , obscurcir ce soleil qui jetait tant d'éclat, faire douter aux autres de la pureté de leur goût, et Corneille lui-même de son génie, tuer cet homme et ses inspirations; puis dans son malheur lui tendre une main perfide, le ramener chez lui, en faire son serviteur littéraire, en un mot, lui offrir une place de domestique, comme le lord-maire à Chatterton; voilà, ce me semble, un plan assez infernal, une conduite assez machiavélique pour être digne du cardinal de Richelieu.

Quant à l'allégation de Voltaire, elle est fausse en tout point. D'abord, la bonne foi du cardinal! cela ne semble-t-il pas une alliance de mots et de pensées impossible ; puis ne suffirait-il pas pour la réfuter d'invoquer le souvenir de cette anecdote qui lui fait offrir à dR>rneille cent mille écus pour la cession de son manuscrit.

Quoi qu'il en soit , tout le monde sait les plaiisantes réflexions de Scudéry, la réponse admirable de notre auteur, la réplique chevaleresque du même Scudéry, puis enfin le jugement de TAcadémie qui s'était nommée maréchal du camp , et qui, comme le chœur antique, parut là, sage,

froide, convenable et réservée pour faire refleurir la paix et remettre la morale en honneur.

Le cartel de Scudéry est vantard, diffus, souvent absurde et sottisier; comme les poltrons qui se battent les flancs en disant : j^ai du courage, ou comme ces discoureurs éternels qui , avant un sermon interminable , croient rassurer leurs auditeurs en s'écriant : je serai bref, Scudéry s'écrie qu'il est modéré , impartial , que jamais une impertinence ne sortira de sa bouche; que , de plus , lui, Scudéry, est de bonne maison, qu il a fréquenté les plus nobles de la cour, et qu'il est prêt à recevoir les explications de M. Corneille. Je ne sache pas qu'il lui ait offert le choix des armes ; mais si Scudéry voulait prouver sa supériorité sur Corneille, qu'il se vantait dans sa lettre à l'Académie d'avoir étendu par terre, il fallait quittera l'instant la plume pour l'épée.

Quoi qu'il en soit, en déclarant qu'il veut baiser le fleuret (i) dont il prétend porter à son ennemi une botte franche , Scudéry trouve qu'il est à propos de faire lire à Comeiltt l'inscription gravée jadis sur la porte d'un temple grec : Connais-toi toi-même; et afin qu'il puisse plus facilement la lire, il la met entre deux alinéas, occupant tout une ligne majestueusement formée de majuscules écartées. Cela fait , il prétend prouver contre cette pièce du Cid :

(i) Pour on évangétiste de la vérité, oomme s'apptUit ltti»iiiém« i^cadéry, ce baUer-là sent un peu son Judas.

Qae le sujet n'en vaut rien du tout;

Qu'il choque les principales règles du poème dramatique;

Qu'il manque de jugement en sa conduite; . Qu'il a beaucoup de méchans yers ;

Que presque tout ce qu'il a de beautés sont dérobées ;

Et qu'ainsi l'estime qu'on en fait est injuste. £t pour prouver les trois premiers points de son discours, le voilà qui jure par Aristote et Heinsius, et qui prouve victorieusement que l'action est gênée dans les vingt-quatre heures, que l'unité de lieu n'existe pas, choses dont Corneille luimême avait déjà fait bon marché dans son examen; Aristote étant un juge inflexible en cette matière, le Gid ne vaut rien du tout.

Il est bien heureux pour la postérité qu'Aristophane se soit aperçu de l'absurdité d'Eschyle dans son Hécube , que le docte Heinsius ait fait bonne justice de la Jephté de Georges Buchanan, et que Scudéry ait lu Aristote , Aristophane et Heinsius; autrement ^gfesonne ne se fût aperçu que la mort du comte, Ta prise des Maures et le mariage de Chimène sont un peu à l'étroit dans l'espace de vingt-quatre heures; si quelque ami bienveillant veut objecter à Scudéry que Gbimène ne se marie point avec dom Hodrigue, les canons et la loi à la main, Scudéry vous répond que consentement vaut noces , car, pour critiquer le Gid ,

Il a lu le Digeste avec les Authentiques.

Mais , content de ces preuves irréfutables , il abandonne bientôt Aristote pour Platon, et la république du disciple de Socrate n'admettant pas la poésie dans son sein, il prétend bannir Corneille de la république des lettres. Toutefois il se souvient que si Platon bannissait Homère, c'était après l'avoir couronné. Peu s'en faut qu'il ne fasse comme les jésuites de la Flèche , à qui l'élève Dabo avait donné la corde dans un fort beau distique latin ; les bons Pères donnèrent le fouet au satirique , et le prix de poésie à Fépigratnme. Le bannissement de Platon n'a jamais fait de tort k l'Iliade ou à l'Odyssée; le mépris de Scudéry n'a jamais empêché le Cid d'être une œuvre de génie; et le fouet des Pères jésuites ne saurait porter atteinte à l'esprit de ce pauvre Dabo, qui, au prix d*un dos stigmatisé, acquit le droit de passer à la postérité. Ainsi , en présence de ces faits , me suisje toujours étonné de Thonnour qu^a fait le comte de Maistre à Voltaire , en lui faisant élever une statue par la main du bourreau.

Une statue est toujo^ une statue; peu importe qui l'élève ou la renverse. L'histoire se souviendra toujours d'Harmodius et d'Aristogiton, de Démétrius Poliorcète et da Napoléon Bonaparte. Peu importent la démence d'un Alcibiade, finconstance d'une cité, ou la fureur d'un sauvage.

Le crime fait h honte et non pas IVcbafaud ,

disait le frère de notre grand poète : aussi pren«

DE P. COKNKILLE. 135

dra-t-on acte contre Scudéry de ce qu'il lui échappe de comparer Corneille à Homère, et laissera-t-on de côté ses ridicules accusations ; voilà pourquoi Voltaire , chez M. de Maistre , ne mérite pas Thonneur d'une statue , même par la main du bourreau. On se se souviendrait trop de la statue et pas assez du bourreau.

Ce qui choque surtout Scudéry après Finvraisemblance choquante qui fait

Que d'an commun effort Les M^ares et la mer entrent dedans le port ,

vu qu'il était probable que le port était gardé par des chaînes, et l'ignorance de Corneille, qui fait ancrer lesMaures avant de descendre, manœuvre inusitée quand on veut se ménager la retraite(i) , ce qui le choque le plus après ces fautes grossières, c'est Fàmour dévergondé de Chiméne et le peu de soin qu'elle met à étouffer dans son cœur ses sentimens abominables pour le meurtrier de sou père. Assurément Coriieille n'avait point lu attentivement le Cyrus de la sœur de notre critique ; il n'avait point étudié la carte de Tenf re avec ses grandes routeS| ses défilés et ses chemins de traverse. La belle chose vraiment , ce serait si Chimène l'espagnole défendait pied à pied contre le valeureux Rodrigue le village de Billets-Doux et le hameau de Petits-Soins. La narration vraiment sublime, ce

(i) 11 parait que le prudent Scudëry, à la place d'Asathocle, n'aurait pas brûlé ses vaisseaux.

serait si Ton pouvait, en style de Tacite, décrire la prise et la reprise de Billets-Galans !

Assurément si Ton critiquait les drames de nos jours comme Scudéry a critiqué le Cid , le feuilleton envahirait le premier Paris et les nouvelles diverses , et à peine pourrait-on trouver la place du nom de l'imprimeur. Scudéry est allé jusqu'à compter combien de fois le mot laurier est entré dans son poème. Il cite neuf vers où ce mot est employé, et il conclut à la stérilité de Corneille. Qu'eut donc dit Scudéry, grand Dieu! s'il eût assisté à nos vaudevilles Chauvinistes, et qu'il eût entendu les couplets de nos soldats laboureurs !

Mais je ne m'étendrai pas plus long-temps sur cette critique étroite; je rappellerai seulement qu'après avoir critiqué analytiquement et traité de hapelourdes ces vers si admirés de leur temps , et dont le second au moins est admirable ,

Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau» La moitié de ma vie a mis l'autre au tombeau; Et m'oblige à venger, après ce coup funeste , Celle que je n'ai plus sur cf|le qui me reste.

il cite parmi les soixante-douze qui sont traduits de Guilhen de Castro (i), après avoir déclaré que

(l) Voici l'original espagnol :

Hay affligida Que la mitad de my vida Ha muerto la otra micad

Al vengar

presque toutes les beautés du Cid en étaient pillées , partant que Corneille était un voleur, puisque l'affiche ne faisait pas mention de la traduction, et que Mondory, en annonçant Fauteur, n'avait pas dit : < Mesdames et Messieurs , la pièce € que nous avons eu l'honneur de représenter « devant vous est de MM. Guillaume de Castre et € Pierre Corneille. »

Pour les fautes de langage et de vers que Scudéry reproche à Corneille, je n'en veux citer que deux exemples en examinant ces vers :

Et je vous vois pensive er triste chaque jour. S'informer avec soin comme va sou amour.

Scùdéry blâme cette dernière locution et propose celle-ci pour la remplacer : Comme quoi va son amour. Que fut devenue la langue française avec de pareils interprètes et de pareils écrij

vains?...

Plus bas en citant ce vers :

De niy vida la unn.paric Sin las dos he de quedar.

Ces trois magnifiques vers :

O Dieu ! l'étrange peine , En cet affront mon père est l'offensé , Et TofFeriseur le père de Cliimèue.

Sont ansst traduits de ceux-ci :

Mi padre el ofFcndido (estragna pena) Yeiofîensor, il padre di Ximena.

Le reste des vers traduits ou imités, porte sur les endroUs les ploi ampoulés et les plus à antithèses du poème.

1 58 nisToiRis

Le prince pour essai de générosité,

il l'accuse d'être léonin ou quasi-léonin. Quelle délicatesse d'oreille !

Ce fut alors un déluge de pamphlets^ conune Corneille appelait lui-méœe ces sortes de choses: Lettre d'Ariste sur le Cid; réponse en ^ers de Pierre Corneille intitulée : Excuses à Aristey dans laquelle, en fait d'excuses, on lit ces vers à peu de distance :

Mou travail, sans appui, monte sur le théâtre...

... Pour me faire admirer, je ne fais point de brigue. .

Puis enfin le fameux vers que tous les écrivains de ce temps-là reprochent tant à Corneille :

Je ne dois qua moi seul toute ma renommée.

C'était renier à la fois le protectorat du cardinal et dénoncer la ligue qui se formait contre lui, ligue dont le chef était évident. Mais après avoir nié Tappui , montré au doigt la ligue et attribué sa renommée à son seul génie^ Corneille fut presque effrayé de sa superbe audace. Ces épithètes de Gapitan, de Matamore que l'on prodiguait à son héros, le comte de Gormas, lui firent peut-être craindre cette ridicule accusation contre luimême; et puis quel homme n!a ses défauts? Notre héros avait les siens, il aimait l'argent. Il accepta l4)s dons que lui olfrait le cardinal de Richelieu ,

moins hautain que Gurius devant les Samnîtes; et depuis il dédia à Son Excellence la tragédie d'Horace , ainsi qu'il a toujours appelé les Horaces ; et Monseigneur^ sonmaitre^ en revanche prit le plus vif intérêt à la réussite du Menteur. Pour en finir tout d'un coup avec Faccusation d avarice qui s'est perfidement glissée dans la gloire du grand Corneille, et que Despréaux, avec sa liberté d'attaque et sa sûreté de langage, n'a pas manqué de lui reprocher aux vers 129 et suivants du quatrième chant de son Art Poétique :

Mais je ne puis souffrir ces auieurs renommés Qui , dégoûtes de gloire et d'argent affames ,. Mettent leur Apollon aux gftges d'un libraire , Et fcwt d'un art divin un métier mercenaire.

Admettons que la considération d'argent Ta seule fait plier devant le pouvoir terrible qu'on appelait le cardinal de Richelieu ; admettons qu il estimait le succès de ses pièces à Targent qu'il en retirait (i); admettons même l'anecdote qui a fourni à Boilêau le vers 1 3o du quatrième chant de son Art poétique (2), il faudra toujours nous

(i) Un sociétaire du théâtre Français, à qoi est échu le secrétaire authentique du grand Corneille , respectable meuble bien simple et bien irermonltt , et qui doit sa position théâtrale k Tinterprétation des tieillards de notre héros , montre encore dans son cabinet ce meuble jjrt'écieuz, sur an des tiroirs dnquel on peut lire cet autographe de fautenr du Cid : Aident de Cinna.

(2) Notre auteur félicitait fe grand Corneille du succès de ses tragédies et et la gloire qni lui en reyenait : Oui , répondit Corneille , je

souvenir que ce même homme ne partagea point les biens patrimoniaux, que sa vie intime avec son frère Thomas fut le modèle du plus touchant accord, et qu enfin il ne mourut point riche. Et puis n'oublions point que Corneille vivait dans un siècle où Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims , ne pouvait concevoir qu^on vécût à moins d'avoir cent mille écus de rente ; où Gha* pelain , que l'on avait proclamé le prince des poètes , entassait au prix des privations les plus pénibles cinquante mille écus dans son coffre ; où le président Tardieu, neveu de Gillot, l'un des autedrs de la Menippée, fournissait à Despréaux une de ses plus poignantes satires, et où Malherbe enfin, le prince des poètes et le poète des princes, estimait à prix d'or le sang de son fils bienaimé.

En ce temps-là vivait un certain Claveret (i)#

,ui8 fou de gloire et af&më d'argent. {OEiwres de Boileau Despréaux, ëdit. de Saint-Marc. Amsterdam , Changuion , M DCC LXXV, t.n^ p. 426.)

(1) Ce Claveret que nous avons déjà va composer une Place Royale^ fit en outre trois pièces de théâtre : la première l'année même de la représentation duCid, en l636, comédie intitulée : V Esprit Fort; la seconde intitulée : l'Ecuyer ou les faux Nobles mis au biilon, comédie, du temps , dédiée aux vrais nobles de Franee par le sieur de Claveret t Paris, 1666. — La troisième est une tragi-comédie intituléet Enlèvement de Proserpine, sujet qui avait déjà été traité par Hardy. On peut juger du mérite dramatique de Claveret par l'admirable in-* vention qu'il fit afin de conserver l'unité de lieu dans cette dernière» Comme la scène se passe à la fois au ciel, en Sicile et aux enfers , le spectateur doit se figurer que le lieu de la scène est une ligne per*

ami de Corneille ou du moins qu'il avait toujours cru compter au nombre de ses amis. Pendant que la littérature se scindait en deux camps, le camp de Fauteur du Gid et celui du cardinal, et que la 1 amitié de Corneille devenait un vrai courage, ce Claveret se sépara tout d'un coup de Corneille, et voulant donner des gages au parti le plus fort qu'il embrassait en grande hâte, il publia un pitoyable libelle en vers, intitulé : L auteur du vrai Cid Espagnol à son traducteur français, dans lequel on trouve ces vers :

Donc , Her de mon plumage , en Corneille d'Horace , Ne prétends plus voler plus haut que le Parnasse : Ingrat , rends-moi mon Cid, jnsques au dernier mot; Ainsi tu connaîtras, corneille déplumée , Que l'esprit le plus vain est aussi le plus sot , Et qu'enfin tu me dois toute ta renommée.

Tout cela n'était pas de l'esprit de fort bon aloi, et le pitoyable jeu de mots sur le nom de famille de notre béros, faisait à peu près tous les frais de l'invention; mais le gant de Corneille était relevé et le fameux vers :

Je ne dois qu'à moi seul tonte ma renommée,

parodié misérablement. Ces aboiements réitérés excitèrent la bile de Corneille, et cette fois*ci il

)>cndicalairc , espèce de balançoire dont un bout est dans les cieux, l'autre dans les enfers, b Sicile étant le point d'appui par oik cette barre touche à la terre.

142 UlâTOUll:;

confia à la prose le soin de le yenger. C^est alors que parut la lettre apologétique du sieur P. Cor-* neille, en réponse aux observations du sieur Scudéry sur le Cid. Il y prend fort spirituellement et fort convenablement le parti de cette pauTre Chimène, si méchamment traitée de prostituée et d'infâme; il raille plaisamment Scudéry sur sa tragi-comédie de FAmant libéral ^ et quant aux accusations de vantardise et d'air de matamore adressées au noble comte de Gormas, il le renvoie à son Lygdamon et à \Aqui /zY, prologue chevaleresque et rodomont rais par Scudéry au-devant de sa comédie. Quant au duel que lui propose Scudéry^ Corneille, toujours courtois, lui propose sérieusement une réconciliation, ce qui sent sa courte noblesse, comme dit Bricbanteau dans Marion Delorme, en parlant de notre auteur. Mais il trouve moyen de se venger en passant de Pinsolent Glaveret, et ce seul coup de la griffe du lion suffit pour Tanéantir.

Scudéry ne se tint pas pour battu et répondit par une lettre où il prétendait prouver ses prémisses toujours par Heinsius, Aristote et Joseph Scaliger, puis par une autre lettre à TAcadémie, où le vers parodié par Glaveret se trouve répété, et Où le prestige de la représentation et le jeu de Mondory et de la Villiers sont désignés comme seuls comptables du succès de la pièce du Gid.

Enfin , vint le jugement de l'Académie : si ce

DE F. COBNËILLE. 145

jugement ne mérite pas entièrement l'éloge qu^en faisait la Brujère, qui disait : < Le Cid est un des plus beaux poèmes qu'on puisse faire; et lune des meilleures critiques qui aient été faites sur aucun sujet est celle du Cid; > cette critique est sage, modérée, minutieuse, comme la critique de Scudéry, mais donnant la plupart du temps tort à ce dernier.

Scudéry était allé jusqu a compter les répétitions et les manques de repos en Fhémistiche : Chapelain le suivit dans ce dédale de détails, et puisque nous sommes sur ce sujet, il ne sera pas . hors de propos de parler d'une petite discussion, futile à la vérité , mais à laquelle les savans tout grammaticaux de cette époque attachaient quel* que importance.

On lit dans les sentimens de l'Académie sur les vers du Cid, cette remarque sur cet hémistiche d'un vers de la fin du second acte.

Qu'un meurtrier périsse.

Cette réflexion : « Ce mot de meurtrier que Tauteur répète souvent , le faisant de trois syllabes , n'est que de deux, i

En effet, Tusage de prononcer certains ié comme une diphthongue, et de ne la compter que pour une seule syllabe , était alors générai. La Fontaine lui-même a fait sanglier de deux syllabes.

Mi HISTOIRE

Voici à cet égard la dissertation de Ménage , dans son commentaire sur les poésies de Malherbe (i).

Après avoir cité dans ce poète plusieurs exem^ pies de diphthongues de cette nature, conune voudriez, de deux syllabes, quatrième^ de trois, etc.^ il ajoute :

c En cela , il (Malherbe) a été suivi par tous les plus grands poètes qui lui ont succédé; je veux dire par les Gombaud, les Racan, les Chape** lain , les Desmarets , les Scudéry et les Le Moine. Mais aujourd'hui , cet i précédé d'une mute et d'une liquide et suivi de la voyelle e \ est constamment de deux syllabes. Notre poésie a cette obligation, avec plusieurs autres , à M. Corneille, que sa tragi-comédie du Cid a osé le premier faire meurtrier de trois syllabes :

Jamais un iiieVirtrier eu fit-il son refuge?

Jamais un meurtrier s^offrit-il à son ju{;e ?

Je sais bien qu'il en a été repris par Messieurs de TAcadémie dans leurs sentimens sur cette tragi-comédie. Mais le temps a fait voir que c'a été injustement et qu'on devait le louer de cette nouveauté, au lieu de l'en blâmer...; car, comme je viens de dire, son opinion a prévalu ; et tous les nouveaux poètes généralement en usent de la sorte* > .

(i) Les poésies de Malherbe avec les observations <Ie Ménagfe. Pa« ris, Claude Barbin , M DC LXXXIX, p. ^l^^ et smv.

DE P. CORNEILLR. 145

Suit une grande discussion avec Desmarets, qui prétend (\i\e bouclier , de deux syllabes, n'est pas plus difficile à prononcer que guerrier ou laurier. Cette belle assertion est imprimée dans la préface de son Clovis. Ménage cite en sa faveur ropinion de M. de Segrais, qui, au témoignage de l'auteur, avait Foreille fort délicate. Et il finit par faire sentir la justesse d'oreille de Corneille novateur, en proposant de remplacer ces deux vers en question , par ceux-ci :

Qnoi ! Jamais un meurtrier en fît-il son refuge? Quoi ! jamais un meurtrier s'offrit-il à son juge?

et d*e$sayer de les lire d'une façon satisfaisante pour Toreille.

Qu'on me pardonne d'avoir rapporté cette puérile discussion , et d'avoir encouru^ le blâme de Despréaux, qui reprend Saint-Âmand d'avoir, dans son Moïse sauvé :

Peint le petit enfant qui va, saute, revient , Et joyeux à sa mère ofFre un caillou qu'il tient.

La langue s'épurait en ce temps-là et tous les auteurs étaient philologues. On discutait un verbe, un mot, une cédille, un accent : Malherbe mettait six ans à faire une ode^ et je ne suis pas do l'avis de Berthelot qui pense que cVst une chose facile (i). Certes, notre langue française a de

(i\ Être six ans à faire une ode

bons et loyaux soldats à pleurer. Bien des tours originaux, bien des mots précieux et non remplacés, ont yieilli et ont suivi la loi commune. D'autres ont été tués sous de maladroits auteurs. On peut préférer la langue de Ronsard à celle de Voltaire , toutes deux écloses sous la plume des auteurs, spontanément, sans réflexion ancérieuret sans discussion préalable. Mais la langue de MaU herbe, de Corneille, et surtout celle de Des-^ préaux, resteront toujours comme des monumens presque irréprochables et quasî*infaillibles, discutées qu'elles ont été et épiloguées jusque dans leurs dernières syllabes. Voilà l'un des secrets de la grandeur littéraire de ce siècle. G*est cet éveil continuel donné parles auteurs au moindre mot douteux employé par un confrère, cette alarme sonnée pour une syllabe incongrue, cette pruderie de phrase, en un mot, qui faisait que tout auteur regardait la langue française comme sa mère , et chaque barbarisme comme un viol. Qu'on rie tant qu'on voudra de ces susceptibilités et des niaiseries de Thôtel de Rambouillet | en voyant notre pauvre langue française tant gaspil-

Et faire des lois à sa mode> Cela se peut facilement.

Berlhelot rëpond à la cbansoQ : Qu'autre! que vous soknt déeénies, attribuée à Malherbe, et qui fut vraiment faite en collaborAtion par Malherbe , Racan et madame de Bellegarde , dans la chambre de celte dernière, chanson imitée d'une chanson espagnole , dont le re« frain est : bien puede ser , no puede scr. — Encore une imitation espagnole !

lée et tant violentée par ces éveilleurs de curiosité moderne, pour qui Lhomond même et 9on microscopique rudiment sont des dieux inconnus, je ne puis m'empêcher de regretter pour elle un temps où Corneille et son Ctd avaient besoin de Tappui de Ménage et de Segrais, pour dispenser nos pauvres bouches françaises de Thorrible contraction usitée en ce temps pour renfermer îneurtrier en deux syllabes, ce temps où Chapelain et Desmarets soutenaient éuergiquement sângl-ier et peupl-ier, et où le docteur Mathanasius traitait les vers de Pierre Corneille de patois normand , pour avoir fait rimer vrai avec obéirai^ et plus loin vrai ayec je sçai.

On a écrit et on a imprimé que si Pierre Corneille est et sera toujours le prince des poètes tragiques, comme on l'appelait de son temps , où chaque auteur pensionnaire de la liste civile de Louis XIV avait, ou à peu d'exceptions près, sa principauté, nous le devons à un M. de Challon , ancien secrétaire de Marie de Médicis, et retiré à Rouen dans sa vieillesse', qui initia Corneille aux beautés de la langue espagnole , et lui indiqua Guilhen de Castro comme une source féconde de beautés tragiques : M. de Challon l'aurait même aidé dans sa traduction.

Si M. de Challon valut à la France cette merveille naissante de la tragi-comédie du Cidy et à la postérité les admirables caractères de dona Chimène et de dom Gormas , ce fut aussi lui qui va-

148 HISTOHIE

lut à Pierre Corneille ces tracasseries de toute sorte dont il fut Tobjet/Si rAcadémie, dont la critique après tout est presque en tout point sage et modérée , ce qui dénote de la part de l'assemblée naissante un grand courage et une grande impartialité, protégée qu'elle était par le fameux cardinal , ne fût intervenue entre Corneille et ses détracteurs, de façon à lui accorder au moins quelque mérite, et à le défendre un peu contre l'accusation de plagiat et de vol à main armée qui couvait contre lui, Corneille ennuyé des cris barbares de Mairet, de Scudéry et de Claveret, se fût peut-être retiré du tbeâtre et consolé avec son ami Rotrou, de l'injustice des hommes, où tous deux ils eussent formé une ligue littéraire, mais toujours espagnole , et nous eussions vu passer sur notre tbeâtre tout le bagage d'outre- Pyrénées, de Lopez de Véga, de Caldéron, de Pedro de Roxas et de Juan d'Alarcon. M. de Cballon eût toujours encouragé les deux auteurs et les eût aidés de sa science et de ses conseils ; tandis que, fort de son génie naissant et de l'approbation au moins tacite de tout ce qu'il y avait alors de vrais savans, Pierre Corneille se recueillit trois ans en lui-même , et nourri de la moelle du lion de ses auteurs classiques, il produisit Horace ^ poème original, dans lequel ses contemporains mêmes si envieux de sa gloire et si disposés à crier : au voleur ! ne purent reconnaître un seul trait du drame de Y^rétWy production ignorée, ni une ré*

miniscence, même éloignée^ de la tragédie des

Horaces de Pierre de Laudun , sieur d'Aigaliers ,

en cinq actes et en vers, jouée en 1696.

Que dire maintenant de la critique de Voltaire sur le Cid? — ce qu'on peut dire de

toutes ses critiques sur Corneille. Cest le génie passé à Tétroite filière de l'esprit, mais cette foisci de Fesprit envieux. Voltaire croyait sans doute le cardinal un mauvais prêtre, car il prit chaudement son parti ; lui qui le premier avait signalé ce mot de Richelieu, qui disait que Corneille aurait bien dû avoir im esprit de suite , ne s'est pas aperçu ou n'a pas voulu s'apercevoir que la vieille rancune de la correction de la comédie des Thuileries avait ranci dans le cœur du cardinal, comme l'envie dans le cœur de poète de IVIairet, et dans l'âme aristotélicienne de Scudéry. Et pourtant la vérité que voulait cacher Voltaire , se fait jour malgré lui, et après avoir cité la lettre de Bois-Robert à Mairet , où le collaborateur de Richelieu prie le poète de Besançon de cesser, au nom du cardinal, d'injurier ce pauvre M. Corneille qui n'en peut mais, et que les critiques ont laissé pour mort sur le champ de bataille, il ne peut s'empêcher de citer la lettre de Balzac , où 1 élégant auteur- épistolaire défend l'auteur du Cid et le justifie si bien. Voici quelques passages de cette lettre qui , mieux que toutes les défenses modernes, montrent l'appréciation d'un homme de goût, et vengent Corneille de ses détracteurs :

c Gonsidërez néanmoins, Monsieur, i écrivait Balzac, c que toute la France est en cause avec lui, et que peut-être ilny a pas un des juges dont vous êtes convenus ensemble , qui n'ait loué ce que vous désirez quil condamne, de sorte que quand vos argumens seraient invincibles et que votre adversaire y acquiescerait , il aurait toujours ' de quoi se consoler glorieusement de la perte de son procès, et vous dire que c'est quelque chose de plus d'avoir satisfait tout un royaume que d*avoir fait une pièce régulière. Il n'y a point d'architecte d'Italie qui ne trouve des défauts à la structure de Fontainebleau , et qui ne l'appelle un monstre de pierre : ce monstre , néanmoins , est la belle demeure des rois , et la cour y loge

commodément i

« Aristote blâme la Fleur HAgathon, quoiqu'il dit qu'elle soit agréable, et V Œdipe peut-être n'agréait pas, quoique Aristote l'approuve. Or, s'il est vrai que la satisfaction des spectateurs soit la fin que se proposent les spectacles, et que les maîtres mêmes du métier aient quelquefois appelé de Gesar^u peuple, le Cid du poète français ayant plu aussi bien que la Fleur du poète grec , ne serait-il point vrai qu'il a obtenu la fin de la représentation et qu'il est arrivé à. son but, encore que ce ne soit pas par le chemin d'Aristote , ni par les adresses de sa poétiqire? Mais vous dites., monsieur, qu'il a ébloui les yeux du monde et vous Paccusez* de charme et d'enchantement ^

je connais beaucoup de gens qui feraient vanité d^une telle accusation, et vous me confesserez vous-même que si la magie était une chose permise ce serait une chose excellente. Ce serait, à Vrai dire , une belle chose , de pouvoir faire des prodiges innocemment, de faire voir le soleil quand il est nuit, d'apprêter des festins sans viandes ni officiers, de changer en pistoles les feuilles de chêne , et le verre en diamans. C'est

ce que vous reprochez à l'auteur du Cid

vous l'emportez dans le cabinet, et il a gagné au théâtre. Si le Cid est coupable, c'est d'un crime qui a eu récompense; s'il est puni , ce sera après

'avoir triomphé Ne vous attachez point avec

tant de scrupule à la souveraine raison ; qui voudrait la contenter et satisfaire à sa régularité serait obligé de lui bâtir un plus beau monde que celui-ci; il faudrait lui faire une pouvelle nature des choses, et lui aller chercher des idées audessus du ciel I

ff L'applaudissement et le blâme du Cid n'est qu'entre les doctes et les ignorans, » avait écrit le cardinal en marge du travail de Chapelain. Si le jugement du cardinal était de quelque poids dans la balance, ce serait bien le cas de dire : Maudits ceux qui oiit goûté aux fruits funestes de l'arbre de la science, et bienheureux les ignorans qui peuvent en paix admirer le Cid sans s'inquiéter des Aristotes et des géomètres littéraires !

L'année i636 fut fertile en pièces de théâtre.

1 52 lïlSTOIRE

Outre Y Esprit fort de Claveret, pièce mort-néç comme toutes celles de son auteur, la CéUmènç et les Ménechmes de Rotrou que Tristan et Regnard se chargèrent plus tard de rajeunir et de faille applaudir Y Voltaire cite de la même année la Mort de César de Scudéry , la Cléopâtre de Benserade, V Hercule mowra/i^ de Rotrou, le Cléomédon de Du Ryer, et la fameuse Mariamne de Tristan. Quand on compare toutes ces pièces au Cid de Corneille , on est étonné de la différence et de la supériorité de Corneille, et Ton comprend les clameurs qui s'élevèrent à cette révélation subite d'un génie si supérieur. On ne trouve dans FHercule qu'une seule scène où le style soit tolérable; la Cléopâtre n'est qu'une faible imitation de la pièce de Garnier; quant à la fameuse Mariamne, on ne saurait en vérité comprendre l'apoplexie de Mondory, et l'enthousiasme de l'abbé de Boisr Robert; seule, cette belle prière de Mariamne, au moment de périr, peut trouver grâce devant la critique : elle recommande ses enfans à Dieu et dit ces beaux vers :

Il rciilcut jiaiisap|)ui; mais, ô mon Dieu, j'espère Que tu leur serviras de support et de père, Et que pour les conduire en ces temps dangereux , Ta haute providence ouvrira l'œil sur eux.

Imprime dans leur cœul* ton amour et sa crainte ; Fuis qu'ils brûlent toujours d'une ardeur toute sainte» Qu'ils portent dans leurs cœurs le résolu penser pc mourir mille fois plut<)t que t'oi^enser ;

Que jamais nul etcès.de tritiesse ou de joie

^e délburne leurs pas de la cele|(e vole j

El s'ils sont opprimés en observant ta loi »

Que, vivant sans reproche , ils meurent comme moi.

Voltaire trouve mauvaise la Mort de C^sor^ probablement parce que, comme pour la Sopbonisbe et la Mariamue, il se trouve ici en rivalité avec les auteurs; le style de Scudéry est pourtant assez élevé dans cette tragédie, et vaut incomparablement mieux que celui de la Mariamne en général. Brute dit au commencement :

Ma main , résolvons-nous , l'honneur vous le commande , Montrons le même cœur qu'ont montré nos parens, Et que le nom de Brute est fatal aux tyrans.

Porcie s'exprime ainsi en la scène cinquième du quatrième acte :

On verra que je suis, quoi que l'on exécute , La fille de Caton et la femme de Brute ; Que l'univers entier s'assemble contre toi , Aussi bien que ton cœur subsistera ma foi«

Je trouverai la gloire au milieu des supplices. Et fouie leur puissance et toute leur ligueur N'ébranleront jamais son âme ni mon cœur.

Quant au Gléomé^on de Du Ryer, dont Voltaire ne daigne parler ni en bien ni en mal, il renferme des vers dignes de Corneille lui-même , et du CiV/, leur contemporain. Je parlerai plus tard de Du Ryer à l'occasion de son Scévole représenté en l'année 1646, mais qu'on me pardonne une ci« tation de Cléomédon : on ne verra pas, j'espère,

sans intérêt ces quelques vers arrachés à Foubli auquel Corneille condamna tous ses rivaux : voici d'abord un vers du premier acte :

Il me fil, il ni*aima; J4} I« vU| je laimau

Au second acte Timante, qui désapprouve son maître de promettre sa fille à un aventurier , s'exprime ainsi :

• Pour vivre sans révolte , un pcnple qui murmure , Veut des rois de naissance et non pas d'aveiltareé Tant que le char du jour fut conduit du soleil i 11 remplit l'univers d'un lustre sans pareil; De ce char luminenx , les chevaux sans audace, ^ Ne quittèrent jamais leur route ni leur trace ; Mais lorsqu'un Phaéton les tint dessous sa main , Devenus orgueilleux ils rompirent leur frein , Dans le monde troublé leurs flammes s'épandircnt , Et perdant le cocher, eux-mêmes se perdirent. Le peupla eo est de même : il s'émem aisément Lorsqu'un maître incoann prend son gouvernement. Mais sans peine et sans fbree il adore des matirtt Dont il a respecté les illustres ancêtres. »

Voilà certes de beaux et nobles vers : aussi, pauvre et honnête lomme Corneille » Du Ryer ne se mêla-t-il point aux intrigues mesquines de Glaveret et du cardinal , il continua bravement et tranquillement sa route à travers la misère et les ëcneils sans nombre , et quand une fois en sa vie il se trouva le rival et le rival heureux de Corneille aux portes de T Académie» il n est point dit qu^entre les futurs confrèreé se soient

échangées des injures, non plus que Tannée où le public préféra Scévole à Théodore.

La même année encore fut représentée la pièce de T Hôpital des Fous, par Charles de Beys , pièce d^une froideur glaciale et dont Fauteur, parfaitement ignoré maintenant, dut jouir d'une grande réputation, témoin la strophe de Scarron qui commence ainsi :

Oui : des Beys et desMalherbes , etc.

Page 1