ASSUÉRUS
On loue un prince à table et valeureux à boire.
us COURTISAN.
Une éponge aura donc autant que lui de gloire?
Quant à la Clyteii^nestre, elle n'a rien non plus de CQinmunavec celle de Crébillon. Son langage parfois sent beaucoup la poissarde, et ses reproches sont ceux d'une femme de la halle en carnaval.
DE P. CORîfLILLE. ^7
Au même temps, fut irapritnée à la suite des œuvres de Ronsard, une églogue sur sa mort de Claude Binet.
En i586, a été imprimée la Comédie Française de Benott Vazan , maître ès-arts, intitulée l'Enfer poétique.
C'est une double pléiade en façon d'opposition du bien au mal, d'Ormuz à Arimane : sept persojmages antiques sont chargés de personnifier les sept péchés capitaux, et sept héros anciens jouent le rôle des sept vertus; ces personnifications sont assez bien choisies, sauf une qu'on aura de la peine à croire. Diogène est chargé d'être le mythe de rhumilité.
Au même temps , Jacques Duhamel fit imprimer et dédiera Philippe Desportes, abbé de Tiroii, sa tragédie d'^cotièrtr. Je crois que c'est le premier héros indien mis en scène. Comme je l'ai dit, certaines pièces antiques ont beaucoup d'air de famille avec les mélodrames modernes. Combats, tournois^ duels, déguisemens, tout cela rappelle TAmazampd, joué il y a dix ans à l'Ambigu, bien plus que le Montézunla de Ferrier ou le Fernand- Cortez de Piron.
Diihamel mit aussi en vers la Lucelle de Louis Lejars.
Avec Philippe Bosquier, notis retombons, en i588, dans la tragédie mystique, et le titl^e sfeiît furieusement les sermons de Petit père André ; sa
trag<^die est intitulée le Petit Rasoir des ormmens ynondains*
Même chose à diçe du Colloque Chrétien de Simon Poncet, en 1 589.
Dans le même temps Antoine Faure fit imprimer une tragédie intitulée les Gordiens et les Maximins.
C'était là un beau sujet dont Tauteur n'a pas su tirer paçti. L'époque prêtait par ses guerres civiles au tragique le plus éminent. Faure n a fait que versifier faiblement un chapitre d'histoire , et n a nullement su trouver les belles inspirations qui ont fait faire à M. Guiraud son Flavien au Désert, et à M. Soumet, aidé de sa fille, la tragédie du Gladiateur,
Il faut encore signaler à la même époque Sichem^ tragédie biblique de François Perrin^ chanoine d'Autun, et les Ecoliers ^ tragédie du même auteur.
Malgré le caractère de l'auteur, les deux pièces sopt écrites en style fort libre.
Simon Béliard, qui fit imprimer eh iSgs la tragédie du Guysien, n'était point né pour la tragédie, ainsi que le démontre la faiblesse désespérante de cet ouvrage, mais, en revanche, il excellait dans la pastorale , comme le prouve celle que nous avons du même auteur.
Encore une pastorale en i594t de Claude de Bassecourt, La pastorale de Simon Béliard et celle de notre auteur sont pleines de beautés de style
DE P. COIlNflLLE. 49
et de vers gracieux : mais les charmes de la volupté y sont dépeints avec trop de détails et de complaisance.
^ La Franciade et les Déguisés de Jean Godard
furent aussi imprimés dans le même temps. Ce dernier sujet est imité de FArioste.
En I SgS, fut imprimée Charité de Pierrard- Poulet et du même auteur en 1 698 Clorinde, pastorale en cinq actes, pièces médiocres. La pastorale est fort libre et ressemble à un contç de Perrault 5 le rôle du Deus est joué par la fée Mélisse.
Pierre de Hays, né au Pont-de-F Arche , composa une pastorale funèbre , intitulée ^marylle / et une tragédie intitulée Cammale ; ne pouvant renfermer son sujet en cinq actes , il le fit en sept actes. C'est ainsi que nos faiseurs de drames déguisent souvent leur fécondité sous le nom de tableaux et que d'autres plus pudiques encore disent cinq actes avec fln prologue et un épilogue. Cette Câmmate est la Camma célébrée par le P. Le Moine dans sa Galerie des femmes fortes , et par Thomas Corneille, dans sa tragédie de Camma. Il y a encore du même temps deux farces et uoe pastorale, plaisantes, mais grivoises et populaires. *
Nous pouvons enlin arrêter nos y eux sur d'assez Lons ouvrages en 1696, avec Antoine de Montchrétien, sieur de Vasteville, né a Falaise, zélé
V huguenot, fils d'un apothicaii^e et à qui son humeur
l>ataiUeuse fit trouver la mort et un supplice
ignoiniriieux après son trépas. Ce n'est pas que le Style de Montchrétion , excepté dans sa pastorale, soit remarquable. Mais le choix de ses sujets est fort bon; ses tragédies sont :
Sophonisbe, sujet ancien au théâtre qu'il cor* rigea depuis en l'intitulant : La Carthagbioise.
L'Ecossaise, sujet de Mari e-Stuart, traité depuis par M. Lebrun.
Les Lacènes, sujet tiré de l'histoire de Sparte.
David, sujet peii fécond de la façon dont l'auteur l'a envisagé : c'est l'histoire de Bethsabée.
Aman y sujet traité depuis par Racine, dans 'Esther.
Hector; on ne peut pas révoquer en doute le dramatique du sujet.
Nous teloiubons dans le mystère et dans la tragédie sainte avec le Saint-Jacques deB. Bardon. C'est encore un sermon dans le goût du temps qu'on divisait en trois pomts en Thonnet^r de la Sainte-Trinité ^ en doù^e en l'honneur des douze â|)ôtres, etc. On y recherche les vertus les plus bizarres de snombres, et Saint-Jacques y tient par^ fois un langage de crocheteur.
Pierre de Loudun, sieur d'Aigaliers, a aussi fait une tragédie sacrée. N'était le style de l'auteur qui fait appeler sérieusement les Chrétiens mignons de JésuS-^CMsi , l'idée de là pièce serait fort bonne.
Il a été aussi heureux dans le choix du sujet des Horaces et aussi malbeUretix dans l'exécution,
DE P. COKNEILLE. 51
si bien que clu teinps de Corneille personne ne songea que le sujet avait été traité avant lui et qu^ lui-mêm^ devait l'ignorer. A côté de cela, nous trouvons des farces intitulées Prologue fait par un messager Savoyard , Farce joyeuse et profitable à chacun^ Farce des Quiolards, tirée du proverbe normand, y ressemble à la Quiole^ yfa^^ des gestes ^ expression équivalente à celle-ci du jargon parisien, il fait sa tête. La dernière est fort bonne, tes proverbes populaires servant de titre à une pièce ont toujours fait un fort bon effet : Shakspeare et le titre de quelques pièces modernes sont là pour le prouver.
En iSgy, J. Ouyn, deLouviers, fit représenter Thobie , tragédie en cinq actes et envers , tragédie intervention divine, comme le sujet l'exigeai^.
Jean Behourt ne pouvait aussi, à ce qu'il paraît, se passer de vœux , d'histoire sainte , et à leur défaut des divinités du paganisme \ nous ayons de cet auteur Polixène^ où l'action roule sur un pèlerinage à Rome ; E&aû et Hypsicratée, où Jqnoi:f, Jupiter, Mars et Alecto se contrecarrent comme ààm qp chant de Tlliade.
En iSqS, Jean Heudon, Parisien, fit imprimer Pyrrhe, tragédie en cinq actes, et Saint-Clouaud, en 1599. Les sujets étaient bien choisis et le second surtout était dramatique ; aussi la pièce est-elle assez bien ordonnée, mais mélodramatique et mal écrite.
En 1699, Mourut INJarc Papillon, seigneur d^
Lasphrise, qui composa une nouvelle tragi-co* mique qui eûl pu fournir un excellent conte à La Fontaine , mais qui ne pouvait faire qu^une pièce immorale.
'^ymard de Pleins est auteur de deux tragédies tirées du Tasse, Clorinde et la Sophronie,
Louvan Geliot fit une Psyché qui ne ressemble en rien à la fameuse pièce due à la collaboration de Corneille et de Molière. p5jc/ie veut dire Tàme comme dans les livres de .poésie moderne, et Jésus-Christ y est désigné sous le nom du Dauphin qui veut épouser Psyché : cette sainte allégorie est traduite en scène par les détails les plus grossiers et les personnages les plus obscènes.
Un anonyme dont Fanagramme est, comme il le dit lui-même, ting à lui mellut a gré, composa, vers le même temps, la tragédie d'Octavie.
Nous voici en pnësence d'une des victimes que Despréaux, qui n'épargnait pas plus les morts que les vivans, alla réveiller dans sa tombe, du Souhait qu'au vers 36 du quatrième chant de son art poétique il mit en compagnie de Corbin et de La Morlière, et contre quî Sarrazin fit leô strophes qui finissent par ce vers :
La lune et le soleil , la rose ci le rosier.^
Il est auteur de Radcgondcy tragédie en cinq actes, et de Beauté et Amour, pastorale en cinq actes également, pièces assez plates qui justifient parfaitement le mépris du satirique.
Jean de Virey, sieur du Gravier, gentilhomme Normand, fit deux tragédies sur les Machabées^ sans distinctfon d'actes ni de scènes. On dirait que ce Jean de Virey a jadis été tourraenteur ou bourreau, à voir avec quelle complaisance il décrit le supplice des Machabées dans la première des tragédies. •
De la Roque , natif de Clermont-en-Beauvoisis, fit une pastorale en cinq actes, intitulée la Chaste Bergèrcy où il n'y a rien de chaste que le titre.
Il paraît que dans ce temps on n avait point encore proscrit ce mot de chaste du langage quand il s'appliquait à des personnes, comme Ménage témoigne qu'on le fit depuis quand il se défend d'avoir employé cet adjectif dans ses remarques sur les stances de Malherbe : Laisse-moi, raison importune, a Si le mot de chaste , dit Ménage , se dit encore des choses comme chastes désirs, chastes pensées : mais il ne se dit presque plus des personnes, si ce n'est en parlant de Oiane , d'Hippolyte ou de Joseph ? j'ai pourtant dit dans mon Idylle de l'Oiseleur :
Tu pourras, déloyal , recevoir dans ce cœur Pour la chaste Sylvie une amoureuse ardeur. «
Si j'ai rapporté cette version de Ménage, c'est pour prouver combien la langue change, et combien nous devons peu nous scandaliser de certaines expressions crues des anciens auteurs , nous
à qui certains autres termes seipblent si naturels, puisqu'il s'est trouvé un $iècle qui proscrivait le mot chaste , si usuel parmi nous, et que ce même siècle, formé par Tbôtel de Rambouillet, pensa adopter la locution de : porke,feuiUe d'artichaut, pour remplacer celle qui nous est familière.
La vie d'Alexandre Hardy, cet auteur si fécond et dont nous parlerons quand il s'agira de Mélite, n'est point connue. On ne sait guère de lui que sa ridicule fécondité et sa mort dans un état voisin de rindigence. JQomme Hardy touchq à Corneille, et qu'on lui prête même au sujet de Mélite un mot qui caractérise le goût de ce producteur d'ouvrages dramatiques, nous en parlerons quand nous en viendrons à cet ouvrage de Pierre Corneille. On prétend que le nombre des pièces qu'il composa est presque égal à celui des ouvrages de Lopez de Vega ; le catalogue de celles qui sont imprimées n'a rien de bien intéressant. Disons seulement quHl est auteur d^une Mariamne qui a bien pu fournira Tristan l'idép de la tragédie si fameuse qui coûta la vi<3 à Mondori , et que la Lucrèce y dont il fit le titre d'une tragédie, n'est point la Lucrèce romaine qu'avait mise au théâtre Nicolas Filleul , et que prirent plus tard pour sujets Cbevrau et du Ryer.
On %dit , pour marquer l'immoralité qui régnait sur la scène avant Corneille , que le viol réussissait dans les pièces de Hardy. En effet, cet auteur, quoique respectant plus la décence
que ses copteinporains , et étant souvent beaucoup moins libre de langage que quelques uns À^ entre eux, fait dans Scedase oq V Hospitalité violée p commettre ce crime dans les coulisses » tandis qu^ les spectateurs entendent les cris des malheureuses en proie à la fureur de leurs hàte^.
Sous Tannée 1600, nous avons à parler de ilfar- ^ari^ Pa^eaii, auteur de deux tragédies ^ Bisçithie et Monime.
Dans la dernière de ces pièces , le dénouement est un suicide général; les quatre femmes de la pièce se poignard'ent Tune après Tautre. Cette pièce ne ressemble par aucun point au'Mithridate de Racine.
Roland de Marcé est auteur d*un Achab , en cinq actes , en vers et sans distinction de scènes, et Jean Gauche de X Amour divin y tragi-comédie en cinq actes et en vers.
Sous Tannée 1602, nous placerons Nicolas Bo' main^ auteur de la Sahnée, pastorale comique, et de Alaurice, tragédie.
Cette dernière pièce, par son sujet, est comm^ le prologue d'HéracIius, et si Ton pouvait faire une histoire avec les drames et les tragédies , ce seraient deux chapitres consécutifs : mais quelle différence! voici un vers de Maurice; Romain parle du soleil et dit :
Que ce dieu |ierruquier commence sa carrière.
La Vattetryc est autem d'une pastorale en cinq
actes et en vers, intitulée la Chasteté repentie , assez bien écrite , mais immorale au fond. La tirade finale ou le couplet final , comme nous dirions à présent, prêche aux femmes le libertinage.
Une pastorale en cinq actes, intitulée les In," fidèles fidèles y imprimée en i6o3, porte le nom du Pasteur CaliaMhe, et du même temps, nous avons une tragédie anonyme à,Q Jeanne d'Arqués, dite la pucelle d'Orléans, sujet que nous avons déjà vu traiter, et qui n'est ici autre chose qu un mélodrame.
Claude Garnier, auteur de mon Apologie et d'une Toule de sonnets assez médiocres, fit im« primer, en i6o4» une églogue et un chant pasto^ rai y froids ouvrages qui n'ont de théâtral que la forme du dialogue.
En i6o5, François Bertrand, d'Orléans, fit imprimer un Prwm, qui contient toute l'histoire du siège de Troie.
Charles Bauter, dit Méliglosse, est Fauteur de deux tragédies tirées de l'Arioste, la Rodomontade et la mort de Roger,
Dans sa Marion Delorme, M. Victor Hugo, acte III, scène x, fait dire au Taille-Bras quatre vers tirés de la Bradamante de Garnier, vers qui sont la traduction du Sic vos nonvobis de Virgile. Dans la Rodomontade de Charles Bauter, cette épigramme latine est aussi traduite de cette manière :
Ainsi, luoucbes, poar vous ne sont pas vos ruchées;
Ainsi , oiseaux , pour vous ne sont pas vos nichées ; Ainsi , moutons , pour tous la laine ne portez ; Ainsi, taureaux , pour vous la terre n'écartez.
Blambousault est auteur d'une pastorale , intitulée C Instabilité des félicités amoureuses^ sans distinction de scènes et en cinq pauses.
41 a aussi &it un ouvrage intitulé la Goutte. Ce sont trois scènes qui tiennent plus de Tallégorie que du drame , et que lautelir a décorées du nom de tragédie.
En 1606, Albin Gauthier, apothicaire d*Avranches , fit imprimer une pastorale en cinq actes et en vers, intitulée FUîtion d amour et de chasteté, assez hien écrite et renfermant trois échos selon la mode du temps, sorte de tour de force, dont Aristophane nous a donné un exemple dans les fêtes de Gérés, et que Molière emploie encore assez heureusement dans une scène de la princesse d'LIide.
Voici un exemple de celui d'Albin 'Gaultier :
SARDASIAMT.
Cejourd'hui tu feras une heureuse conquête. Echo. Quélc.
PHILINDE.
Qu'enlends-je dans ce bois si promptemcnt parler ? L'air. —L'air! Peut-être d'Echo la douce voix d'icelle. Icelle*
' — 'Vanierai-je l'écho de ma nymphe savante ? Vante.
— Puis-je point le vantant offenser son renom ? Non.
Pierre Troterel , sieur d'Aves, près Falaise i
58 I^ISTÛIAE
est auteur de la Diyacle amoureuse^ de Théocris ^ pagtoralçs; des Qorrivaux^ comédie; de Sainte Âgnès,\xdiQéà\e\ de t Amour triomphant^ pastorale; de Gillette, cQinédie; de Pa^îfA^'e, tragi-cointidie; à^Aristène, de Phili^tée^ pastorales; de \^ ^i^ «t conversion du duc d^ Aquitaine , tragédie ; àx\ Ravissiement de Flqrise, tragi-comédip. ^ ^
Toutes ces tragédies, comédies ex pastorales semblent rœtivre d'un Aristophane, revenu S(^ monde après deux mille ans, m^js un Aristophane apssi licencieux que le bovirreau de Socrate. II faut renoncer à donner tout^ idée de ces pièces : il suffit de dire qn^l faut admirer Texiréme délicatesse de Corneille dans I^ préface dç Théodore. Dans m sainte Agnès , Trptçrel ne i^cule pasi devant les plus petits détails dç ]a vie àe cette sainte, et il la suit dans tons les li^ux ou elle eut le bnnheur de glorifier Pieq.
î^icolas Soret est auteur d'une ÇéciHade ou Martyre de'sainte Cécile, et d'une Election d^ saint Nicolas.
L'idée de la première de ces deux pièces est an moins fort cl^rétienne, La seconde est une espèce de mystère à grand spectacle.
Sous le titre de : les Amoureux brandons de Franciarque et Calixène , un anonyme, sous les
initiales A B , a fait une pièce qu'il appelle
histoire morale. C'est encore un style et une conception à la Troterel : c'est le pendant de Fhis^ toire de Gampaspe et d'Apelle mise sur la scène.
Pierre de Nahcël est auteur d'une Dîna, d'ufci Josùéj et d'une Débora^ pièces assez bien conçues : mais quel style !
Dans Dina, Dieu est représenté comme un Toleur qui a besoin d'un rossignol pour ouvrir le cœur des bommes , et tâche de dérober le secret de ce qui s'y passe : Jacob adresse sa prière à
Qui crochète nos cœurs, et d'un ceil élancé Qui lit dans l'ayenir comme dans le passé.
£t toutes ces choses s'imprimaient de 1606 à 1627^ depuis la naissance de Gorheille jusqu'à Mn apparition sur la scène ^dramatique. Il était bien temps qu'un astre parût, car les ténèbres étaient fort épaisses.
De 1607 à 1610, Claude Billard, seigneur de Gourgenay, Ht représenter huit tragédies : Polixène , Gaston de Foix^ Mérouéep Panthée, Saiii, Aiboin , Genèvre et Henn-te-Grand,
Dans Mérouée, paraissent en scène Frédégonde . et Brunehaut , et le poète a cru devoir faire réciter un prologue par Tisiphone 5 pour préparer le lecteur au* horreurs dont il doit être le témoin;
Panthée est encore une des femmes fortes dé Tantiquité , à qui le P. Le Moine a consacré un article de sa Galerie des femmes fortes.
Aiboin est ùh sUjët qùiii été âUssi tiiaité en latin sous le nom de Rosemiinda^ par Jacobus Zenecotius. Cette pièce n'a aijlicun rapport avec celle
de Billard : mais on prétend que Corneille a pris dans la dernière scène de la Rosemunda Tidée du dénouement de Kodogune, assertion que nous nous réservons d'examiner en son lieu.
Le sujet de Henri-le-Graiid est assez bien conduit, et n'était la personnification de Satan qui conseilTe Ravaillac, ce serait un bon gros mélodrame, bien serré, bien charpenté, dans le genre de la Chambre ardente,
J. Nérée est auteur du Triomphe de la Ligue , un des ouvrages sans contredit les mieu% conduits et les mieux pensés de ce temps. On peut reprocher au sujet la trop grande actualité et le souvenir trop récent de p^tis pour lesquels les passions fermentent. Cette œuvre est ce que serait maintenant nn drame de Napoléon, vraiment sérieux. Le poète a sacrifié au vieux goût aristophanesque de Tanagramme. Ainsi les héros s^appelaientGiesu (Guise), Jeusoye (Joyeuse), etc.
Racine n'a pas dédaigné de prendre quelques > pensées dans cette œuvre pour les transporter dans ses meilleurs ouvrages.
Nicomède interroge Constance pour savoir si > en parlant comme il parle , il ne craint point les ligueurs.
Constance répond :
Je.ne crains que mon Qieu, lai seul je redoute* *
Constance dit autre part :
Celui n'est délaisse qui a Dieu pour son père , 11 ouvre à tous la main ; il nourrit les corbeaux , 11 donne la viande aux petits passereaux , Aux bétes des forêts , des prés et des montagnes ; Tout vit de sa bonté , etc.
Dirait-on pas la matière sur laquelle Racine a fait ces vers charma n s :
Dieu laissa- t-il jamais ses enfans au besoin , etc.?
en ayant toutefois le bon goût de supprimer les corbeaux, dont la nourriture ne présente pas à Foeil une image bien gracieuse. Certes si les Scudéris se fussent acharnés contre FAthalie de Raciqe, comme ils le firent contre le Cid, ils n eussent pas manqué de crier au plagiat; mais le goût était déjà éclairé dans ce temps là, et Ton n'aurait pas su où lui faire ce reproche; Racine n'avait d'ailleurs pas de cardinal contre lui , et il avait pour lui Çoileau Despréaux.
Le sujet de Panthée inspira Guérin d'Aronière, qui fit imprimer en i6o8 une tragédie sur ce sujet. Le goût des concetti devait alors être à son comble ; car on peut se convaincre , en lisant quelques vers de cette pièce , qu elle est au moins du galimatias simple, et je la soupçonne violemment de galimatias double.
J. Estival est auteur du Bocage (ÏAmour^ faible pastorale où les bergères ne sauraient être accusées de jansénisme^ pour leurs mœurs , et Daniel d'Anchères, d'une tragédie en prose et en vers,
62 HtSTOiRÈ
intllulée Tyl» et Sidoii, espèce d'imbroglio informe et embrouillé que Ton a peine à démêler.
Nicolas chrétien, sieur des Croix , né à Argen- ' tan, est auteur de trois tragédies intitulées les Portugais infortunés , Ammon et Thamary et Alboin, sujet déjà traité, comme nous l'avons vu, par Clause Billart.
Toutes ces tragédies sont fort libres : dans Alboin , la princesse Rozemonde passe constamment soh temps à être adultèrie pout' se débarrasser de ses maris au moyen die Ses amans ; puis enfin elle iheiirt de la moitié d'Une coupe empoisonnée , dont Faûtre moitié a déjà mis la mort dans les veines de son dernier ëpoiix. On a reproché à Dùbartas d'avoir intitulé le sbleil le Grand duc des chandelles ; mais Nicolas Chrétien doit partaglôr te reproche , car il dit dans la pastorale de Géjphale , en s'adi^essant au soleil :
m Sôtivernih Iroi des célestes khàiidelles.
Jebati le Saulx d'Espanay partageait les goAts du dernier auteur d'Alboin pour le sang et les mbrt»^ car il a composé une tragédie intitulée VAdamû^'^ tine, dans laquelle tout le monde se tUê ^li est tué, excepté une reine que Taiiteur aura satt^ doute laissé vivi-e par mégardë.
Une fon mauvaise tragédie protestante et allégiarique du même temps, portç pour nomd'aUteUir les initiales J. D. C^G,
' DK P. CQRNKILLE. 65
Dumas ^s^ rameur d'une pastorale iptitulée Lydie, imprimée eu 1609, et Chevalier, d'uqç autre intitulée phjliSy d^us laquelle il s'^giç d'un ipariage mixte, faibles productipns, dont la dernière cependant est remarquable par la longueur et la fréquence de ses monologues.
Adrien de HJontluc, prince deChabanUfiis, petit-fils du fameux maréchal de Moutluc, que l'ou a mis en scène dernièrement lui-même, est auteur de la comédie des Proverbes.
Cette piè<^ eut dans son temps un succès prodigieux qu'il faut attribuer à Tîidresse avec laquelle Fauteur a su placer différons proverbes et égayer la scène par un capitan , comme c'était ^]qx^ la inode.
Isaac du Ryer, père de Fauteur de Scé vole, est auteur de quatre pastorales, témoins irrécusables d^Ia liberté du langage de ce temps-là.
Jean Auvray, ayoca| au parlement de Rouen , 0St auteur de Maclmte et de JXorinde, tragédies , 0t de l'Innocence découverte y tragi-comédie. Auvray passe pour un des bons poètes de son temps. niais 1;qus les avocats de Rouen n étaient pas dèsfines ^ à ce qu'i] parait, à réformer la licence du théâtre. Le langage d*Auvray, dans Tlnnocence découverte , rappelle le cynisme de Rabelais , et il Y a une certaine scène ou un valet raconte à un médecin Fénigme du Mercure galant de^oursault , mise en action; dans Dorinde, la liberté de lan-
gage rappelle plutôt certaines descrijptions de Piron.
Une chose étrange , c'est le rapprochement de deux vers de la fin de celte pièce et d'un mot de la plus joyeuse farce moderne. Dans la parade des saltimbanques, Sosthène dit : Mon père ne veut rien entendre ; à quoi Bilboquet répond : Il entendra peut-être le tambour. Le roi, à la fin delà pièce d'Auvray, ordonne que Ton donne une fête, et cela lui fait naître cette réflexion :
Que si les dieux au ciel ne sont devenus sourds , Ils apprendront la paix parle bruit des tambours.
René Bouchet, sieur d'Ambillon, est auteur d'une pastorale en cinq actes , prose et vers , et P. Dupeschier, d'une autre pastorale allégorique, intitulée t Amphithéâtre pastoral, poème bocager dans lequel Hispania et Flores , Lys-de-Feur et Francia se permettent certaines privautés qui ne donnent point une bonne opinion de la pudeur des personnages allégoriques.
Paul Ferri est l'auteur d'Isabelle, pastorale imprimée en t6io. Cette pastorale ressemble à toutes celles du temps, elle est de plus compli* quée d'un déguisement et d'une reconnaissance.
Dans le même temps fut imprimée la tragédie de Plialanle ^ sans nom d'auteur. Jehan le Saulx, dans son Adamantine , avait fait suicider tous ses
personnages, hors une reine qu'il avait vraisemblablement oubliée : Tauteur de Phalante n'est pas si étourdi; Phalante échappe seul à la mort générale , et, ne tfouvant4)lus personne à qui parler, n'abuse pas indéfiniment de la faculté du monologue, et il s'empresse de se poignarder.
Etienne Pasquier est auteur du Vieillard amou* veux , farce assez libre et assez plaisante , faite en rfaonneur de Tamôur des barbons.
Vital Betene, de Pézénas, est auteur d'une farce intitulée le Secret de ne payer jamais. Cette pièce est fort gaie , et Fauteur, peu>étre, était assis avant Molière dans le fauteuil du Barbier.
Sous le titre anacréontique de t Amour déplumé, Jean Mouqué fit imprimer, en 1612, une pastorale chrétienne où, après beaucoup de satyres; de bergers et de bergères, Famour divin finit par se battre en duel avec lamour mondain , et l'amour mondain est vaincu.
Dans la même année fut imprimée une tragédie mahométiste , chose de grande cruauté, en cinq actes et en vers. Le théâtre anglais, à qui Ton a tant reproché ses horreurs, n'a rien qui approche des horreurs de ce drame. L'histoire de Pelops et cell^ de Fay el , mises en action , peuvent seules en donner une idée.
Une pastorale imprimée en 1 6 1 3 , et dont l'auteur est François Ménard, renferme quelques heureux vers : en voici un qui peut passer pour
cornélien; la bergère dit au satyre:
Maintenant ma raison Marche d'un pied vainqueur sur ton or0ueil superbe.
Sou6 le titre de tragi-comédie de l'Heureux désespéré; un auteur caché%ous les initiales de C. A., seigneur de C. , est Fauteur d'un inibroglio qui fait retomber lart en enfance.
D'autres initiales J. P. A. , cachent Fauteur d'un Dialogue en rithmé française et^savoisienne , dialogue dont tout le sel consiste dans des plaisanteries plus que grossières , que n'oseraient pas s'adresser des femmes de la halle de nos jours.
Plusieurs anonymes sont les auteurs à'Axiane , tragédie en cinq actes et en vers, d'une tragédie française d^unMore^ d'une tragi-comédie de la rébellion des grenouilles cofitre Jupiter^ fable faibleblenient dialoguée ; d'une comédie admirable^ intitulée la Merveille^ qui n'a rien de merveilleux que le titre.
Les drames imprimés en 1614, sont quatre tragédies de Jean Prévost, intitulées : OEdipe, Turne^ Hercule fClotilde. Le sujet d'OEdipe était bien choisi, et il a jeté quelques rayons sur la vieillesse de Corneille , comme on l'a vu fournir à Voltaire sa première tragédie : mais il suffit de lire quelques morceaux-de Clotilde pQur juger combien la nuit était encore profonde en ce temps où grandissait Corneille. Une princesse en mal d'enfant y jette les hauts cris, et la nourrice implore rassistanç% à la fois de Lucine et de Jésus- Christ ;
Puis la Descente d'Orphée aux çnferSy par Charles de TEspine ;
La Zoantropie, de François Auffray, gentilhomme Breton, tragédie morale où* les détails sont encore singulièrement grossiers., et où la description des joies du Paradis serait plus faite pou|^ tenter un libertin, que pour récompenser un saint ;
Puis encore la tragédie de la chaste et vertueuse Suzanne^ sans nom d^auteur; la tragédie de la Naissance ou création du Mondây par le sieur de Villetoustain ; la tragédie nouvelle de Samsmt'le' Forty aqonyme ; la Belle Hester^ tragédie française, tirée de la sainte Bible, de l'invention de Japien Marfîère ; une tragédie de Nabuchodonosor^ sans nom d'auteur; une tragédie du Bon et mauvais Riche.
Toutes ces tragédies sont des tentations de retour aux anciens mystères , moins la naïveté et Fà-propos de celle-ci : on y voit N^bucbodonosor mangeant de Therbe et Tâme du mauvais riche fetsant des lazzis sur TEnfer où elle habite.
A côté de ces tragédies sacrées qui ramenaient Tart sérieux aux échafauds antiques , Tart bouffon s'exerçait dans des parades composées et jouées par des paillasses , en faveur auprès du peuple. Desptpéaux méprisait profondément le bouffon, et confondait dans le même anathème Tabarin et Scarron, Mais il fut injuste envers Molière , en lui reprochant d'avoir
Sans honte à Tërence allié Tabarin ,
le tout pour Texcelleute farce des Fourberies de Scapin ; il nous reste deux farces de ce Tabarin, dont la profession était d'être y^let de Mondor, charlatan et débitant d'orviétan et dont le théâtre ou plutôt la voiture stationnait mr la place Dauphine, quand il résidait momentanément à Paris. Elles sont intitulées , Tune la Farce de Piphagne , l'autre la Farce de Francisquine ; et de nos jours les baladins de quatrième ordre serai^t incontestablement m'is en prison, s'ils s'avisaient d'être de la moitié aussi orduriers que l'était ce Tabarin. Certes , dans cette suite de farceurs de tréteaux, race dont l'esprit et la verve sont morts avec Bobèche et Galimafré , le plus grossier de tous doit avoir été Tabarin.
Il inspira pourtant nombre de farceurs 4ont les noms sont restés proverbiaux , comme Bruscambille , Gratelard , Gringalet , Guillot-Gorju , «et enfin cette Tri-Unité installée à l'hôtel de Bourgogne, Turlupin, Gros-Guillaume et Gaulthier- Garguille. II reste sous le nom de ce dernier une farce intitulée la farce de Gaulthier^Garguille et de Perrine^ sa femme. On y sent parfaitement que cette femme, qu'il fait paraître sur le théâtre, est fille de Tabarin, et peut entendre sans 4pugir tous les coqs-à-l'âne de tnonsieur son époux. Aussi madame Garguille ou plutôt madame Guéret de Flechelles, s'empressa-t-elle de profiter du
bien que lui Jaissait son mari en mourant , pour se remarier à un gentilhomme Normand.
En 1 6 1 6 , Pierre Mainfray , de Rouen, fit imprimer sa première pièce intitulée les Forces incomparables et Amours du grand Hercule^ qui furent suivis de Cyrus triomphant, de la Rodienne et de la Chasse royale. Rien de remarquable dans ces pièces; si ce n'est la division en quatre actes de la première et de la dernière , et son ignorance en géographie toute shakspearienne qui lui fait faire le siège de Rhodes par terre.
En 1617, fut imprimée une tragédie d'Oman , sujet déjà fort exploité au théâtre , comme nous Tavons vu , suivie d'une farce entre Gros-Guillaume et Turlupin, terminée, comme toutes les farces de ces baladins , par un combat général , sans raison alors même que le mariage est fait et que tout le monde est d'accord.
En 16 17, fut représentée la fameuse tragédie de Pyrame et Thisbé^ de Théophile Viaud. Cette tragédie est surtout connue par deux vers mis en note en bas de toutes les satires de Boileau, quand on en vient à lire ces vers de la satire du repas :
Mais notre hôte sorio^t , pour la justesse et l'art , .Elevait jusqu'au ciel Théophile et Ronsard.
Et cependant cette tragédie qui ne renferme aucune action, dont Tiulrigue est également nulle , et dont le cinquième acte est tout entier
composé de deux interminables monologues, eut un si prodigieux succès que tout le monde voulait la savoir par cœur. On y trouve parfois des vers d'une grâce charmante. Quant aux métaphores de mauvais goût , il fallait être Corneille pour secouer le joug de son siècle, et encore, dans certaines pièces du grand homme , le goût s'est-il parfois trouvé compromis.
. On attribue encore à Théophile, outre une part assez grande dans la Sophonisbe de son ami Mairet, une tragédie de Pasiphaë.
Outre deux bergeries , François Dernier de la Brousse composa deux tragédies intitulées, Fqne lEmbryon Romain^ et l'autre, les Hew^iises in- /brtunes.
Les deux bergeries ne manquent pas de certaine beauté de style et sont même traitées avec assez de délicatesse. Mais les descriptions rappellent malheureusement trop souvent la manière de faire de Piron et ses sujets favoris, ipqinsla littérature blafarde de ce dernier.
ISEmbiyon Romain est en effet un embryon de tragédie romaine, embryon informe et d'un style grossier. Mais rien de semblable aux Heureuses infortunes, n a jamais été roi^ sur le théâtre. Quon se figure, avec d^autres noms, Thistoire d'OEdipe, commettant sciemment son inceste, et qui , pour comble d'horreur, abuserait de sa fille Antigone : après cinq actes de forfaits semblables la pièce
finit , et Tautem', comme satisfait de ses premières armes, se met sur nouveaux frais à composer cinq autres actes où il fait passer une princesse par toutes les vicissitudes du monde , et il ne manque pas de la faire aller où Pierre Troterel avait dëjà conduit sa sainte Agnès. On ne saurait concevoir que de telles choses aient été écrites et tolérées dans un temps où Théophile passa dejux ans en prison et fut brillé en effigie , pour avoir fait de mauvais livres. . •
Sous le nom de tragédies et histoires saintes de Jean Boissin de Gallardon, se trouvent imprimées en 1618, la Perséenne, la Fatale, les Urties Vivantes, le Martyre de saint Vincent et le Martyre de sainte Catherine,
Les trois premières n'ont rien qui puisse justifierleur titre desaintes, et même les héros qu'elles mettent en scène n'ont aucun sentiment de leur dignité. Persée et Andromède, dans la première, se disputent un baiser, comme pourraient le faire une Marinetie et un Gros-Réné, et dans les Urnes Vivantes, VhéMàon et Polibelle se disent les adieux et les bonjours les plus libres. Quant aux deux denaières , ce sont des espèces de mystères. On y
voit des anges, des animaux savans, etc Le
roi , après avoir condamné saint Vincent à être grillé et avoir ordonné qu'on livrât son corps aux bétes après sa mort, fait d'agréables plaisanteries sur le rôti que ces animaux devront trouver cuit a point 9 et la pièce finit par un combat que se
livrent, sur le corps du saint, un corbeau, un lion et un loup.
C'est aussi la date de 1618 que porte la première pièce de Pierre du Ryer, qui se trouva plusieurs fois le rival ête Corneille, et dont la vie est si intéressante. Cette première pièce, assez mal faite, fut pourtant reçue avec un tel applaudissement, que M. le duc d'Orléans l'appelait sa pièce.
De là, ju^u'à Tapparition de laMélite de Corneille, peu de pièces remarquables parurent : c^est toujours la même médiocrité et la même indécence. Sous la date de 1619, Gilbert Giboin fit imprimer deux tragi-comédies en cinq actes:
Tune, sur les Amours de Philandre et de Marisée^ et l'autre , sur les Amours du seigneur Alexandre et dAnnette.
En 1620, toujours des amours avec Coignée de Bourron qui, outre la pastorale d'Iris ^ composa les Amours d'Angélique et de Médor^ tirée de TArioste, en cinq actes et en vers; avec de La Tour une espèce de bergerie héroïque, intitulée /50lite ou r Amante courageuse , et une tragédie pastorale, intitulée Lycoris ou V Heureux berger^ avec Basire d'Amblainville. Tout cela est empreint de la plus singulière morale et^ des réflexions les plus intempestives. •
Le théâtre ne fut pas beaucoup plus heureux avec la tragédie des Amours de Zerbin et d'Isabelle^ princesse fuitive, imprimée en 1621, sans nom
iz
d'auteur, et avec les Jmowrs de Dalcméon et de Flore ^ imprimes la même année , et dont Fauteur est Etienne Bellone. Cette dernière pièce est une rapsodie sanglante , qui finit par une ordonnance d'inhumation.
En 1622, fut imprimée une sorte de pièce politique , intitulée la tragédie des Rebelles y et en i6a3, une tragédie extraite de TArioste, intitulée Madonthe , et dont Fauteur est Pierre Cottignon.
Toutes ces pièces ne valent pas mieux que l'étrange composition imprimée en 1626, intitulée Jntioche, ou le Martyre des en fans machabéens, et dont l'auteur est Pierre-Jean- Baptiste Le Francq, religieux, et dans laquelle se trouvent mêlés, la prose et les vers, la fable et Thistoire, deschœurs, delà musique et des ballets, le tout parlant un langage peu digne du sujet.
Beaucoup de commentateurs placent la pren^ère représentation de Mélite en 162$ : Corneille alors n'avait pas encore vingt ans, et quand bien même Mélite n'eût été représentée qu'en ^628 , la différence de cette pièce avec les contemporaines est inouïe. Un seul auteur, digne de remarque, doit encore nous occuper avant le gi^nd Corneille : je veux parler du marquis de %can, dont les Bergeries furent imprimées en 1625. Bien que les Bergeries ne soient point , à pi'oprement parler, un ouvrage de théâtre, vu la
longueur des monologues, qui sont autant d'élé-*
74 HISTOIRE DE P. COBNBILLE.
gies , et la profusion des idylles qui entrent dam le cours du poème, néanmoins, l'élève de Malherbe avait tant de gr&ce et de naïveté dans ses vers, que la pièce eut un fort grand succès. Les critiques du temps admirèrent un style si pur , et une simplicité pastorale, rappelant souvent Daphnis et Çhloé ; Ton pardonna à Fauteur le pea d^intérét qu'il y avait dans sa pièce , et Boiledn^ d'ordinaire si sévère , disait encore dans &a neo^ vième satire :
Racan pourrait chanter à défaut d'un Homère.
Et au premier chant de son art poétique :
Malherbe d'an héros peut chanter le« ezploitt , Racan chanter PhyllU» les bergers et les bois.