‹ Vie de Rossini par De StendhalChapitre 22 sur 84 · VIK DE ROSSI NI · texte numérisé non relu

VIK DE ROSSI NI

entrecoupes. Enfin le cliant commence, c’est le finale du premier acte. La reine, qui se voit traîne par tout ce qui l’entoure, parle en secret à un garde, qui bienlôt reparaît avec un coussin recouvert d’un voile. Elisabeth, après un dernier regard jeté sur IMathilde et sur Leicester, écarte ce voile d’un mouvement furieu». La couronne d’Angleterre paraît sur le coussin; elle l’offre à Leice.ster en même temps que sa main.

Ce moment est superbe. Ce moyen, déplacé peut-être dans la tragédie, est magnifique et du plus grand effet dans l’opéra, qui réclame les choses qui parlent aux yeux.

Élisabeth, qui se complaît dans sa fureur, se dit à elle-même :

At colpo

Cbe lor serbiva il fato,

It gelo dotla morte 1m|iatlidir li (è ’.

Leicester ne reçoit pas comme il le doit l’offre de la reine; celle-ci, furieuse, saisit le jeune page et l’entraîne sur le devant de la scène; elle dit à son amant : <• Voib't la perfide qui fait de toi un traître. » ISIathilde et son époux se voient découverts; dans leur trouble, ils ne répondent que par des mots entrecoupés. La reine appelle ses gardes, foute la cour suit les gardes, et se trouve assister ainsi à tous les détails de ce grand événement, et à l’éclatante disgrâce de Leicester, auquel les gardes demandent son épée.

Il était impossible d’offrir un plus beau finale à la musique; cet art divin ne peut pas peindre les fureurs de la politique; malgré lui, lorsqu’il exprime des fureurs, ce sont bientôt celles de l’amour. Ici la jalousie poussée jusqu’à la rage chez Élisabeth, le désespoir le plus profond chez Leicester, l'amour tendre et éploré dans sa jeune épouse, tout sert à souhait la musique. Il serait peu exact de dire que cette situation contribua beaucoup au succès de Rossini. A la première représentation, les Napolitains étaient ivres de bonheur. Je me souviendrai toujours de cette première soirée. C’était un jour de gala à la cour. Je remarquai que la loge de la princesse de Uelmonte, dans laquelle j’assistais à la première représentation d'Élisabeth, était d’aixird

t. A ce coup imprévu, que le desiiii réservaii !i ces perfliles, le frisson de la mort me lia pilear sur leurs frouta.

(g'UVUKS DR STKNDllAL.

fort disposée à la sévérité envers ce maestro, né loin de Naples, et qui avait acquis ailleurs sa ctilébrité.

Comme je l’ai dit, le premier duetto en mineur, entre l’ambitieux Leicester (Nozzari) et sa Jeune épouse déguisée en page (mademoiselle Dardanelli), désarma tous les cœurs. Le charmant style de Rossini acheva bien vile la séduction. On trouvait les grandes émotions de l’opéra séria, et elles n’étaient achetées par aucun moment de langueur et d’ennui.

La circonstance d’un Jour de gala sèrvit aussi le maestro. Rien ne dispose à goûter la splendeur, rien n’éloigne l’idée des chagrins solitaires et des peines de l’amour, comme les cérémonies brillantes d’un jour de fête à la cour. Or, il faut avouer que la musique d’ziV/.wfee/// est beaucoup plus magnifique que pathétique ; à chaque instant les voix exécutent des batteries de clarinette, et les plus beaux morceaux ne sont souvent que de la musique de concert.

Mais que nous étions loin de toutes ces froides critiques à la première représentation ! nous étions ravis : c’est le mot propre.

Arrivé à ce superbe finale du premier acte , Je m’aperçois que J’ai oublié l’ouverture. Elle commença le succès de la pièce. Je me souviens que M. M***, excellent connaisseur, vint nous dire dans la loge de la princesse de R*’* ; « Cette ouverture n’est que celle de i Àureliano in Palmira, renforcée d’harmonie. » 11 s’est trouvé dans la suite que rien n’était plus exact. Lorsqu'un an plus tard, Rossini alla à Rome pour écrire le Barbier de Séville, sa paresse reprit cette même ouverture pour la troisième fois. Elle se trouve ainsi avoir à exprimer les combats de l’amour et de l’orgueil dans une des âmes les plus hautes dont l'histoire ait gardé la mémoire, et les folies du barbier Figaro. Le plus petit changement de temps suffit souvent pour donner l’accent de la plus profonde mélancolie à l’air le plus gai. Essayez de chanter en ralentissant le mouvement, l’air de Mozart : Nonpiù andrai farfallone amoroso.

Les principaux motifs de cette ouverture, si souvent employée par Rossini, forment la péroraison du premier finale de VElisabel ta.

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