SUITE DE L’ELISABETH
Le second acte s’ouvre par une scène superbe. IjA terrible Élisabeth fait amener devant elle, par ses gardes, la tremblante Mathilde. C’est pour lui adresser ces paroles fatales :
T inollra , in me tn vedi U ino giudice, o donna.
« La politique condamne à une mort ignominieuse une femme « ennemie qui a osé s’introduire dans ma cour sous un déguisea meut perQde. Un reste de pitié parle encore dans mon âme. O Écris, renonce aux prétendus droits que tu peux te croire sur n le cœur de l’ambitieux Leicester. Reviens de ton erreur. »
Ce récitatif obligé est magnifique.- A la première représentation, il serra tous les cœurs.
Il faut avoir vu mademoiselle Colbrand dans cette scène, pour comprendre le succès d’enthousiasme qu’elle eut à INaples, et toutes les folies qu’elle faisait faire à cette époque.
Un Anglais, l’un des rivaux de Barbaja, avait fait venir d’An^ gleterre des dessins fort soignés, au moyen desquels on pût reproduire, avec la dernière exactitude, le costume de la sévère Élisabeth. Ces habits du seizième siècle se trouvèrent convenir admirablement à la taille et aux traits de la belle Colbrand. Tous les spectateurs connaissaient l’aueedote de 1a vérité du costume; cette idée consacrant, par le prestige des souvenirs, l’aspect imposant de mademoiselle Colbrand, augmentait encore l’effet de son étonnante beauté. Jamais l’imagination la plus exaltée par le roman de Kenilworth n’a pu se figurer une Élisabeth plus belle, et surtout plus majestueuse. Dans l’immense salle de San-Carlo, il n’y avait peut-être pas un seul hom'me qui ne sentit qu’on devait voler à la mort avec plaisir pour obtenir un regard de cette belle reine.
ŒUVRES DE STENDHAL
Mademoiselle Colbrand, dans Élisabetb, n’avait point de ges tes, rien de thédtral, rien de ce que le vulgaire appelle des poses ou des nwnveineiits tra(jlques. Son pouvoir immense, les événements importants qu’un mot de sa bouche pouvait faire naître, tout se peignait dans ses yeux espagnols si beaux, et dans certains moments si terribles, t'.’élait le regard d’une reine dont la fureur n’est retenue que par un reste d’orgueil; c'était la manière d’être d’une femme belle encore, qui dès longtemps est accoutumée à voir la moindre apparence de volonté suivie de la plus prompte obéissance'. En voyant mademoiselle Colbrand parlera Mathilde, il était impossible de ne pas sentir que, depuis vingt ans, cette femme superbe était reine absolue. C’est cette ancienneté des habitudes que le pouvoir suprême fait contracter, c’est l’évidence de l’absence de toute espèce de doute sur le dévouement que ses moindres fautaisies vont rencontrer, qui formait le trait principal du jeu de cette grande actrice : toutes