Il PodesU. — Ora è mia, son contento
Ah! sei gtnnto feliee roomeoto , Lo spavcBto piegar 1a tarh.
poulet le vendredi ! Le légat, ses secrétaires et sesagents secrets, dont j’ai ci-dessus traduit les titres en dénominations françaises, sont prêtres. Ils ont l’administration; mais ils sont contrecarrés en tout et haïs à la mort par l’autorité ecclésiastique, l’archevé* que, ses grands-vicaires, les chanoines, etc., ennemis jurés des autorités administratives, et les dénonçant sans cesse à Rome comme inclinant au relâchement. Ces dénonciations peuvent empêcher le légat de devenir cardinal à la première promotion. Or, tous ces grands intérêts, toutes ces rivalités, tous les conseils de la prudence, peuvent être satisfaits en dénonçant le pauvre diable de bourgeois de Ferrare qui a cédé à la tentation de manger un poulet le vendredi. Je pourrais ajouter vingt pages de détails, mon seul embarras serait d’affaiblir les couleurs, de diminuer la vérité; je ne veux pas tomber dans l’odieux, ce serait la pire des chutes pour un livre frivole *. Le résultat de toutes les anecdotes que je pourrais raconter sur la Romagqe serait toujours que Rossini , en donnant tant de gaieté et de légè» reté à son podestà iiberii»^ n’a nullement songé à faire Une épigramme abominable et à la Juvénal. jËn général , c*est peu la coutume en Italie que de s’indigner par écrit des fripon*' neries; cela rend triste, cela est de nifilivaia ton; d’ailleurs c’est un lieu commun. " ,
Le caractère tranquille du pitoyable amant de Ninetta. apparaît bien dans léchant': . .
Ta danqoe sei rea!
( Ed io la credea '
L’ istessa onesU.)
Toute la niaiserie que le cœur sensible des habitants de la rue Saint-Denis passe à leur cher mélodrame éclate lorsque Ninetta se laisse confondre,
Non , v’ è pld speme,
parce que le juif déclare qu’il y avait sur la pièce d’argenterie à lui vendue un F et un V, elle qui vient de dire que son père s’appelle Ferdinand Villabella,' d’où le Podestà a conclu natu-
4. Si l’on attaqae les bases de mon raisonnement, je pourrai publier quelques anecdotes dont je me borne maintenant à donner la morale ; et tout cela se passait sous le ministère modéré de M. le cardinal r.onsalyi. Voir Laoreus, Tableau de Home; Simoud, Gorani.
ŒUVRES DE STENDHAL
rellemeDt que ce père était l’homme qui se trouvait avec elle et pour lequel elle a lu un faux signalement. Ninetta se garde bien de jouer au poète le mauvais tour de dire tout simplement : Ce couvert m’a été remis par mon père , et les lettres F V forment son chiffre. La pauvre fille aime mieux mourir. Le malheur de ce libretto, c’est que tous les personnages y sont des êtres communs. Ce défaut ne se trouve jamais dans les opéras allemands ; il y a toujours quelque chose pour l’imagination.
Ce finale est plein de mouvement , d’entrées et de sorties auxquelles le spectateur prend un vif intérêt. 11 y a beaucoup d’a solo et de petits morceaux d’ensemble fort attachants. 11 est impossible de mieux disposer les groupes d’un grand tableau. Les paroles ne sont pas mal : je voudrais que ce fût le contraire, que la situation fût belle et naturelle, et les paroles fort ridicules, car qui fait attention aux paroles? A Naples, on trouvait des longueurs dans ce finale; je l’ai vu admiré par le caractère plus tranquille des Milanais. Pour mon compte, je me range à l’avis des bons Milanais. L’expression est vive, forte, naturelle, mais toujours rustique, à l’exception de quelques mesures délicieuses au commencement de l’interrogatoire. Ce premier acte me rappelle à chaque instant le genre de gaieté que Haydn a mis dans le morceau de l’automne de ses Quatre Saisons, lorsqu'il veut peindre la gaieté des vendanges.
Mozart eût rendu ce finale atroce et tout à fait insupportable, en prenant les paroles au tragique ; son âme tendre n’eût pas manqué de se ranger du parti de Ninetta et de l’humanité, au lieu de songer au Podestà et à ses projets plus libertins que sanguinaires, lesquels sont clairement indiqués par ses derniers mots en quittant la scène ;
Ah , U gioja mi brilla nel seno !
Più oon perdo si dolce tesor.
i. Le caractère du Podestà a èié peint avec esprit et énergie par Duclos, dans le roman de la Baronne de Luz. Le jnge libertin de Dnclos s’appelle Thuring ; celui de la Gtzza ladra doit être joné avec une teinte de bonltonnerie chargée, qu’aucun clian- Icur italien n’ose hasarder devant un public sévère et hautain, qni n’enicnd pas la plaisanterie. Il faut faire ressortir la qualité du goguenard.
• CHAPITRE XX ni