‹ Vie de Rossini par De StendhalChapitre 44 sur 84 · SECOND ACTE · texte numérisé non relu

SECOND ACTE

Toutes les figures que vous rencontrez dws la rue présentent, à Paris; l’unage ainusante de quelque petite nuauoe^âe piffision ; ordinairement l’égoïsme affairé chez les hommes de quarante ans, l’affectation de l’aiV militaire chez les jeunes gens; diez les femmes , le désir de plaire, ou au moins de vous indiquiæ quelle classe de. la société elles appartiennent. Jamais i’expnéésion directe de l’ennui , ee serait un ridicule à Paris , l’ennui hé s’y voit que sur les figures d’étrangers ou de nouveaux débar- # qués, où il. alterne avec la mauvaise humeur; enfin Jamais , au ^ grand Jamais, les passions sombres. En Italie, souvent et trop souvent l’ennui par manque de sensations, quelquefois une joie tenant 'de la folie, assez fréquemment les. passions sombres et profondes. Le Fraujçais de Paris apporte au speetacle une âme déjà usée, durant la journée, par mille nuances de passion ; l’Italien de Parme ou de Ferràre, une âme vierge que rien n’a émue de toute la journée; et en outre une âme susceptible des sentiments les plus violents. L’Italien, dans la rue, méprise les passants ou ne les voit pas ; le Français veut leur estime. ’ ,

On ne peut pas dépenser son bien de deux manières. Le Parisien, dès l’instant qu’il sort le matin, trouve cent affaires et . . cent petites émotions. Depuis la chute de Napoléon, rien ne trouble la tranquillité de mort de )a pétite ville d’Italie ; tout au plus , tous les six mois , quelque arrestation de carbonaro. Voilà, ce me senible, la raison philosophique des succès fous que l’on voit si souvent au dèlà des Alpes, et jamais en France. Nonseulement il y a plus de feu dans les âmes, mais encore ce feu y est accumulé par l’économie. En France, nous avons dix plaisirs d’espèces différentes pour amuser nos soirées ; eu Italie, un seul; ' '

ŒUVRES DE STENDHAU.

la musique. Un succès fou au théâtre, c’est chez le public de Paris la curiosité de porter un jugement sur une pièce dont on va parler pondant un mois ; on y court pour la juger et non pour avoir des transports et des larmes

Ce sont, au contraire, des larmes et des transports qu’il y avait chez les bous jVlilanais après le finale du premier acte de la Gazza. Us pensaient beaucoup à leur plaisir et à leur émotion , et fort peu à la gloire qui en pourrait revenir à Rossini. Le commencement du second acte parut un peu pâle. Le rôle de Pippo était cependant joué par mademoiselle Gallianis, jeune actrice de la figure la plus noble et dont la jolie voix de contralto rendit fort bien le duetto

K ben, |)er mia meinoria,

Alraen la serberele, ' ■ - . '

que Pippo vient chanter dans la prison avec I\inetta.

Fin elle mi balte il cor

Vedo in quegli ocebi il pianlo,

sont des passages toudiaiits ; mais on remarque avec peine certaines hatlerics fort déplacées, vers la fin du duetto; elles font souvenir du métier dans un moment où le spectateur ne voudrait que jouir de sa douleur. Ce duetto me rappelle toujours les gens peu sensibles , qui tombent dans Pair pleureur, quand absolument ils veulent être tristes , et que l’occasion le requiert.

En entendant mademoiselle Stephens, à Londres, je pensais que Rossini aurait dü écrire ce morceau dans le genre de la musique vocale anglaise. Cette, musique abjure presque tout à fait l’empire de la mesure; elle ressemble à des .sons de cor entendus de fort loin pendant la nuit , et dont on perd souvent quelques notes nitermédiaires ; rien de plus touchant, et surtout rien de plus opposé à tout le reste de la musique de la Gazza ladra.

L’air du podestà et surtout le chœur qui le termine, auraient fait la réputation d’un compositeur moins riche que Rossini. Il u’èn est pas de même du duetto de Gianetto :

Forso un di conoscereic.

On dirait, à la, vulgarité qui paraît dans quelques cantilènes,

1 . Le plaisir dramatique ne se voit pins que chez le peuple, ii la ^oi te-Salnt-Martln, b la Gaieté, etc, - ■

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