DÉTAILS DE LA BÉVOLUTION OPÉRÉE PAR ROSSINX
Le beau chant commença en 1680 avec Pistocchi; Bernacchi , son élève, lui fit faire d’immenses progrès (1720). La perfection de cet art a été en 1778 sous Pacchiarotti. Depuis l’on n’a plus fait de soprani et il est tombé.
Millico, Aprile, Farinelli , Pacchiarotti , Ânsani, Babini , Marchesi , durent leur gloire à ce système des anciens compositeurs , qui dans certaines parties de l’opéra ne leur donnaient presque qu’un canevas ‘ ; et i| n’est pas un , peut-être, de ces grands chanteurs à qui ses contemporains n’aient été redevables du talent de deux ou trois cantatrices excellentes. L’hi.stoire des Gabrielli, de De’Amicis, des Banti, des Todi, nous donne les noms de soprani célèbres qui leur montrèrent le grand art de conduire la voix.
Plusieurs des premières cantatrices de l’époque actuelle, doivent leur talent à VeUuli (mademoiselle Colbrand, par exemple).
C’était surtout dans l’exécution du largo et du cantabüe spianato que brillaient les talents des soprani et de leurs élèves. Nous avons un bel exemple de ce genre de chant daus la prière de Romeo. Or voilà précisément l'espèce de cantilènes que Bossini a soigneusement bannie de ses opéras, depuis son arrivée à Naples, et depuis qu'il a adopté ce qu’on appelle en Italie, sa seco7ide manière. Iln chanteur travaillait jadis six ou huit ans pour parvenir à chanter le largo, et la patience de Bernacchi est célèbre dans l’histoire de l’art. Arrivé une fois à ce point de perfection, de pureté et de douceur de son nécessaire en 1750 pour
X. Los grands clianteiirs ne cliangeaient pas le molifdcs airs, ils le donnaient avec assez de siinplicilé, puis commençaient à broder. Us avaient ii la fin de rliaqne air vingt mesures pour les gorgheggi et antres agréments légers, et enfln l’air de bravoure comme pria che spiinli dans le Mariage secret. Rossiui eAt écrit les agréments de cet air. Il est du genre i|u'on appelle à Naples aria di narroiione.
bien chanter, il n’avait plus qu’à recueillir, sa réputation et sa fortune étaient faites. Depuis Rossini , personne ne songe à chanter bien ou mal un largo, et si l’on présentait un de ces morceaux au public, je vois d’ici certain mot relatif au diable et à son enterrement qui se trouverait sur toutes les lèvres; le public croirait mourir d’ennui : c’est tout simplement qu’on lui parle une langue étrangère qu’il croit savoir, mais que dans le fait il a besoin d’apprendre.
Le chant ancien touchait l’âme, mais quelquefois pouvait paraître languissant. Le chant de Rossini plaît à l’esprit et jamais n’ennuie. Il est cent fois moins difficile d'acquérir le talent de bien chanter un grand rondo de Rossini , celui de la Donna del Logo par exemple, que celui qu’il faut pour bien chanter un grand air de Sacchini.
Les nuances pour les tenues de voix, le chant de portnmento ', l’art de modérer la voix pour la faire tomber également sur toutes les notes dans le chant legato, l'art de reprendre la respiration d'une manière insensible et sans rompre le long période vocal des airs de l’ancienne école, composaient autrefois la par- ■ tie la plus difficile et la plus nécessaire de l’exécution. L’agilité plus ou moins brillante de l’organe ne servait que pour les gorgheggi, c'est-à-dire, n’était employée que pour le luxe, que pour l’apparat, en un mot que pour ce qui brillait , et jamais pour ce qui faisait les délices du cœur. Il y avait à la fin de chaque air, à la cadenza, vingt mesures destinées uniquement à faire briller le gosier du chanteur, à faire des gorgheggi.
Les amis les plus sincères de Rossini reprochent avec raison, à la révolution qu’il a opérée en musique, d'avoir re.sserré les limites du chant, d’avoir diminué les qualités touchantes de ce bel art; d’avoir rendu inutiles aux chanteurs certains exercices, desquels dérivaient ensuite ces transports de folie et de bonheur si fréquents dans l’histoire de Pacchiarotti et de la musique ancienne, et si rares aujourd’hui. Ces miracles provenaient du pouvoir de la voix.
La révolution rossinienne a tué l’originalité des chanteurs. A
t. Je iroQve anc difiicnilé presque iosnnnoDtable il parler du chant en français. Voici ce petit passage et italien ; • Le ombreggiature per le messe di voce, il cantar • di portameulo, I’ artc di fermare la voce |icr farla lluire egnalc nel'canio legain,
> l'arte di prender Halo in modu iiiscnsibilu c seuza Iruncare il lungu [leriodo vocale I deUe artc anticbc. >
OEUVRES DE STENDHAL
quoi bou pour ceux-ci se donner des peines infinies pour parvenir à rendre sensibles au public, 1“ les qualités individuelles et natives de leurs voix ; 2® l’expression particulière que leur manière de sentir peut lui donner? Ils sont condamnés à ne jamais trouver dans les opéras de Rossini ou de ses imitateurs , une seule occasion de montrer au public, ces qualités dont l’acquisition leur coûtera des années entières de travaux assidus. D’ailleurs, l’habitude de trouver tout inventé, tout écrit, dans la musique qu’ils doivent chanter, leur ôte tout esprit d'invention et les rend paresseux. Les compositeurs ne leur demandent plus avec leurs partitions actuelles qu’une exécution pour ainsi dire matérielle et instrumentale. Le lasciatemi /are (Je me charge de tout) de Rossini avec ses chanteurs, en est venu à ce point, que ceux-ci n’ont plus même la faculté de composer \e point d'orgue; presque toujours ils trouvent que Rossini l’a brodé à sa manière.
Autrefois les liabini, les Marchesi^ les Pacchiarolli^ inventaient les ornements compliqués , surtout ils appliquaient, suivant l’inspiration de leur talent et de leur âme , les ornements les plus simples, tels que les appoggiature, le grupelthles mordenli, etc.; toute la parure du chant {i vezzi melodici del canto), comme disait Pacchiarotti (Padoue, 18fG), appartenait de droit au chanteur. Cresceutini donnait à sa voix et à ses inflexions une teinte vague et générale de contentement dans l’air : ombra adorata, aspetta; il lui semblait au moment où il chantait que tel devait être le sentiment d’un amant passionné qui va rejoindre ce qu’il aime. Velluti, qui comprend la situation d’une manière différente, y met de la mélancolie et une réflexion triste sur le sort commun des deux amants. Jamais un maestro quelque habile que vous veuillez le supposer, n’arriverait à noter exactement \' infiniment petit, qui forme la perfection du chant dans cet air de Crescentini , infiniment petit qui change d’ailleurs suivant l’état de la voix du chanteur, et le degré d’enthousiasme et d’illusion dont il est animé. Un Jour, il est disposé à exécuter des ornements remplis de mollesse et de morbidezza; un autre Jour, ce sont des gorgheggi pleins de force et d’énergie qui lui viennent en entrant en scène. Pour atteindre à la perfection du chant, il faut qu’il cède aux inspirations du moment. Un grand chanteur est un être essentiellement nerveux. C’est le tempérament contraire qu’il faut pour bien Jouer du violon ' ; enfin le maestro
4. Fagsnini, le premier violon d'IUlie et peui-eire du monde, est dans ce moment
ne doit pas écrire tous les agréments, car il faut une connaissance intime et parfaite de la voix à employer, qui ne se rencontre guère que chez l’artiste qui la possède et qui a passé vingt ans de sa vie à l’étudier et à l’assouplir Un agrément, je ne dirai pas mal exécuté, mais exécuté mollement, sans brio, détruit le charme en un clin d'œil. Vous étiez au ciel, vous retombez dans une loge d’opéra , et quelquefois dans une classe de chaut.
un jeune homn:e de Irente-cinq ans, aux yeux nuirs et perçants, et à la chevelure touffue. Cette âme ardente n'est pas arrivée i son talent sublime par huit ans de patienre et de conservatoire, mais par une erreur de l’amour qui , dil.^u , le Ut jeter en prison pour de loii|;ucs années Soiilarre et abandonne dans une pri’son qui pouvait Unir par l'échafaud, il ne loi resta dans les fers que son violon. (I apprit i traduire son àme par des soits; et les longues soirees de la captivité lui donnèrent le temps d'étre parfait dans ce langage. Il ne faut pas emcndre Paganini lorsqu’il cherche àlutfer avec des violons du Nord dans de grands concertos , niais lorsqu’il joue des caprices , une soiree qu’il est en verve. Je me hâie d’.ajonter que ces caprices sont plus difliciles qu’aucun concerto.
1 . Vclluti prépare trois espères d’agréments pour le même passage ; au inomcnt de l’exécution, il emploie celui pour lequel il se sent de la facilité ; au moyen de cette précaution , ses agréments ne sont jamais steniali ( forcés)