UTOPIE DU THÉÂTRE ITALIEN
Probablement un des jeunes gens de vingt-six ans qui lisent ce chapitre, sera ministre de la maison du roi, ou administrateur des opéras, d’ici à quinze ans.
Un ministre songe au cours de la rente et à conserver sa place. 11 est donc fort inutile d’adresser des observations à Son E.xcellence ; mais un jeune homme, en rentrant le soir de sept à huit salons bien lourds , où il est allé préparer sa grandeur future, peut ouvrir une brochure par désœuvrement ; et heureuse entre toutes les autres, la brochure ouverte en cet instant,. îl faid: qu’elle soit bien vide pour ne pas gagner au contraste.
Supposons donc qu’un homme de sens soit ministre de la maison du roi; voici les faits et les raisonnements que Je voudrais que cet homme de sens eût Connus dans sa jeunesse.
L’administration actuelle de l’Opéra-Buffa fait un secret d’État du montant de ses recettes. On sait seulement qu’elle a droit à une subvention de 120,000 francs sur la liste civile. Que devient cette somme ? Dans la poche de qui va-t-elle se perdre? Questions indiscrètes. Je n’ai aucun rapport avec l’administration de rOpéra-Buffa ; je ne puis dpnc établir qu’à l’aide du raisonnement et des probabilités tous les chiffres que je vais citer. Si l’administration nie mes calculs, elle pensera sans doute que la seule manière irréfutable de les réfuter, c’est de publier la vérité des faits.
Les recettes ordinaires faites à la porte du théâtre varient de 1800 à 900 francs. Je les estime à 1200 fratncs par jour de représentation. Il y en, a trois par semaine; cela fait par an
122,800 fr.
4. Les notes relatives ï ce chapitre, qnf sont drsiitnées par des lettres capitales^ ont été fournies par un ancien administrateur des tliéütrês. L'auteur prévient, dans la première édition , qn'ii a cru ne pas devoir changer une seule expression h ces notes écrites au crajon en marge de son manuscrit.
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Report 122,800 fr.
I.a location des loges (tontes à l'année depuis deux ans) produit environ 2400 francs par jour de représentation , ce qui fait pour l’année ...... 345,600
Total de la recette présumée . 408,400 fr.
C4LCUL APPBOXIMATIF DES DÉPENSES DE l’oPÉBA -BUFFA '.
^ Appointements.
M“« Pasta 35,000 fr.
(etunbénéf. de 15,000 fr.)
M'**"’ Buonsignori 20,000
- Cinti 15,000
Mori 10,000
DeMeri 7,000
Rossi . . : 5,000
Goria 4,000
MM. Garcia . .• 30,000
Zuolielli 24,000
Pellegrini 21,000
Bordogni 20,000
Bonoldi ...'.. • • 18,000
Levasseur 12,000
Lodovico Bonoldi 6,000
Gra/.iani 8,000
Proffetti 6,000
Auletta 4,000
Barilli, régisseur 8 000
Appointements du chant , total . . . 253,000 fi;.
Clioeurs et orchestre 80,000
Vestiaire et décors 55,000
135,000 fr.
4; Jv me ri'gle d’apres le budget du TfacÂira du Roi ( Opéra-lialieii) à Londres. Ce budget est fort bon ii connaître. La dépense totale est de 4,t00,000 fr. tt Londres. J’ai consulté le câbler des charges du tbéaire de la Scala de Milan.
D’autre part . . . 388,000 fr.
Frais d’administration, chauffage (beaucoup d’abus ), éclairage, pompiers, garde, etc 60,000
Total approximatif des frais ; . . . . 4‘48,000 fr. La recette est de 468,000
Balance 20,000 fr.
En supposant ce calcul exact, et il doit approcher de la vérité, il existe un bénéfice de 20,000 francs. Que devient ce bénéfice'? Que devient la subvention de 120,000 francs que S. M. veut bien accorder pour leThékre-Italieu, qui fut avant la révolution le Thédtre de Monsieub ? Voilà deux questions auxquelles je défie de faire une réponse satisfaisante. “
Ce qu’il y a de plus urgent , c’est de tirer l'Opéra-Italien des griffes de ses plus mortels ennemis, une administration composée de musiciens français.
Il faut donner à l’enchère l’entrepise de l’Opéra-Italien.
Il faut faire un cahier des charges, arrangé d’après le cahier des charges du théâtre de la Scala à Milan, qui, sous Napoléon, de 1805 à 1814 est allé parfaitement bien.
L’entrepreneur devrait se soumettre au cahier des charges. M. le chevalier Petrachi, ancien chef de bureau au ministère des finances du royaume d’Italie, et sous le nom duquel a été pendant plusieurs années l’entreprise du théâtre de la Scala à Milan, a été en 1822 l’un des chefs du Théâtre-Italien de Londres. Il entend fort bien ce genre d’administration et pourrait être consulté pour donner les bonnes traditions. Il accepterait probablement un emploi au théâtre Louvois. M. Benelli pourrait être fort utile.
Le premier article du cahier des charges devrait être la condition de donner dix opéras nouveaux pour Paris, chaque année, dont huit d’auteurs vivants, et, parmi |es huit, deux composés expressément pour le théâtre de Paris.
Remarquez que nous n’avons pas eu .encore à Louvois un opéra écrit expressément pour la voix de madame Pasta.
t. J’insiste sur celle scmmc de vingt mille fiancs. J’ai toi.l lien de croire que te qui dèstêfire radministration «nbaltcrne, c’est qu’il y a UcuéBce sur le théâtre de Louvois.
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ŒUVRES DE STENDHAL
La seconde conditioji sérail de donner quarante décorations nouvelles chaque année, lesquelles de\Taieut être faites par un peintre ayant travaillé au moins deux ans pour les théâtres de la Scata, de San-Carlo, de Turin ou de la Fenice à Venise. Dix-huit mois au plus après le jour où l'on s'en serait servi pour la première fois, une décoration serait nécessairement vendue ou détruite ( à la .S’ea/a , une décoration peinte par Snnquirico ou Tranquillo coûte 400 francs. La niêine faite à Paris coûte 3000 francs) (A).
La somme que Sa Majesté daigne accorder aux plaisirs des dilettnnti de sa capitale et de l’Europe ', serait payée de mois en mois et par douzièmes à l’entrepreneur du Théâtre-Italien. Mais voici comment elle lui serait payée; ce serait sur le bon à payer d’une commission formée d’abord de neuf amateurs nommés parles personnes ayant actuellement des loges louées au ThéiUre- Italien *.
Cette commission serait portée à douze , au moyen de deux
A. Kiigager tout simplement Sanquirico et un de scs élèves, ti tant par an ou tant par décoration ; il y aura encore économie. Ici je crois qu’il faudrait dire un mot de l’immense sujièriorité des décorations italiennes sur tes ndtres, et ajouter quelques détails exacts sur la différence des prix. Si , par exemple , ou pouvait établir comme fait que les décorations de la himpe merveitleuxe Ont coûté cent mille francs, cl que le même nombre de toiles, en somme les mêmes décorations, n’auraient coiUe que douze mille francs à Milan; que, sous le rapport de l’art , les décorations italiennes auraient été bien supérieures *, il me semble que ce simple exposé frapperait tous les lecteurs non intéressés. Mais que de gens sont intéressés .û déguiser l’abus que je signale! Interro-'cr M. Aumer, l’auteur du ballet i' Alfred le Grand, sur le prix des décorations de Milan.
Si l’on ne veut pas de Sanquirico par esprit national, que l'on engage Daguerre ; il a beaucoup de talent, et qu’on le fasse peindre à détrempe et non à l’Iiuilc; (jue toute décoration soit mise de cété après avoir .«ervi cent fois, f.’csloncore traiter le public de Paris avec, bien de la mesquinerie. En Italie, les décorations sont barbouillées après quarante représentations au plus, souvent après trois jours.
Le ventilateur du ibéûlrc l.ouvoi.S vient de coûter tfcnle-liuit mille francs, cl l’on y prend mal û la tête au bout d’une lieurc. Je serais curieux de voir le compte de cette dé|)onse de trente-liuit mille francs. Les abus sur l’achat du bois sont peut-être encore plus comiques. Il faudrait acbeter vingt thermomètres, et que le commissaire de police les fit maintenir au degré indiqué d’après la température extérieure. Pourquoi allumer du feu quand l’air extérieur est h dix degrés? Le gaz échaulfc beaucoup.
1. Cette somme devrait donc èlr£ portée au budget de la ville de Paris, dont les babitauts ont le idaisir de la musique, et dont Voclroi fait des bénéfices par la présence de dix mille étraugers riciies.
2 L’élection peut se faire de la manière la plus simple, an moyen d’un registre déposé à l'administration du tbéûtrc.
* voir Uimf, Faptft (I Fk>mf p*e« i»*