VIE DR ROSSINI
membres de l’Institut et d’un avocat désignés par le ministre. Toute la commission serait renouvelée chaque année avec faculté au ministre de désigner les mêmes personnes que l’année précédente. I.es personnes louant les loges pourraient aussi nommer les mêmes délégués (B).
Il y aurait une assemblée le 20 décembre de chaque année (au commencement de la saison), dans laquelle les délégués rendraient compte à toutes les personnes louant les loges, de l’état de l’administration.
L’entrepreneur pourrait employer des chanteurs français ; mais il lui serait défendu d'en faire chanter plus d’un dans chaque opéra. Il ne faut pas nous exposer à des représentations comme celle des A'osse de Figaro^ du 13 septembre 1823, et dans laquelle nous avons eu lè plaisir d’entendre chanter à la fois quatre chanteuses françaises, mesdemoiselles Demeri, Cinti, Buffardin,
et , et un chanteur français, M. Levasseur, qui a une fort belle
voix , mais trop de timidité pour le rôle du comte Almaviva. Autre condition : l’entrepreneur pourrait les payer plus de six mille francs par an (C).
B. Comme l’esprit français cal on peu moolonnier en affaires de speclarles, il fandrait appuyer de divers exemples l’organisatian de cette commission, et dire que de temps immemoriat le grand llicdlrc de Turiu, Ttin des premiers de l'Italie, est sons la direction d’une société de noldcs ( dei eatalieri ) qui ont il peu prés les fonctions que l’anlcur attribuerait aux propriétaires de loges il l’année du tlieiltre de Louvois. Je crois qu’il en est de même il Bologne pour le Ibéatre Communal ( le grand tliéaire). La Perÿo/a de Florence est parêillemeiit sous l’inspection des nolables;et j’ai oui dire qu’il en est de même dans plusieurs autres villes d’Italie. Le théâtre du Roi h Londres est dirigé par la haute noblesse, qui le donne à entreprise. L’auteur ne propose rien qui ne soit raisonnable, et dont on n’alt éprouvé ailleurs les bons résultats depuis nombre d’années. Voici les noms des personnes chargées de l’adminislratiou du Tbéitrc-ltalien i Londres pour 1824:
Les lords Hertford ,
, Lovvtlier, r
Aylesford ,
Mouuicdgecumb ,
Et M. le comte Santautouio, noble sicilien.
Le tliéilire de la Scala eut pour entrepreneur, de tTi8 i 1788, M. le csniie de Castelbarco, les marquis Fagiiani et Calderara, et le prince di Rocca-Sinibalda. Actuellement , l’usage a prévalu de mettre l’entreprise sous le nom d’un commis. ( Testa lU Ferra.)
C. St l’on veut que le goût de la musique italienne se perfeciiotine en France, il faut ajouter deux processeurs et uiie classe de chant italien au Gmservatoire, et y adjoindre un maître de langue et de declamalioii italienne. Peltegrini ou Zucdielli seraient des bonmies très-précieux pour donner des leçons ; mais bieiildt nous verrions «U Français remplir la place de professeur de chaut italien. Nul doute qu'avec
3îd ŒUVRES DE STENDHAL.
Le 24 de chaque mois, la commission de censure se réunirait et ne donnerait un bon à payer à l'entrepreneur qu’autant qu’il justifierait avoir rempli ses engagements de bonne foi et avec zèle pendant le mois écoulé. L’état des recettes de chaque représentation serait mis sous les yeux de la commission de censure , qui aurait droit en outre à un rapport particulier sur la voix et le zèle de chaque chanteur. L’entrepreneur serait tenu de fournir à la commission de censure tous les renseignements demandés par elle.
La perfection de l’établissement serait que deux fois par mois il y eût une représentation italienne à la salle du grand Opéra. I.CS acteurs qui chanteraient dans ces représentations auraient sous le nom de feux une gratification particulière (D).
Le grand inconvénient de l’arrangement dont je viens de donner une esquisse légère, c’est que vingt ans après qu’il régirait le Théâtre Italien, on en viendrait à laisser tomber l’Opéra- Français, et à donner à la salle de la rue I^epelletier deux actes d'opéra italien séparés par un ballet, comme à Naples.
Quand un ministre fait des règlements, c’est ordinairement dans un accès d’amour-propre : on voudrait les faire bons et justes; et si ce n’était l’extrême ignorance, on y parviendrait. Le mal des administrations despotiques est dans les détails. Toutes
des matircs ilalieus, le Conservatoire de Paris ne tonmll des sujets distingués; on les enverrait passer deux ou trois ans dans les théâtres d’Iialic pour se pcrfocUouner, comme a fait noire madame Mainvieille-Fodor. Il laudrait mettre trois ou quatre pairs de France, amateurs riches, il la tête du Conservatoire.
Il faudrait recruter dans nos provinces méridionales, particuliérement vers les Pyrénées, des enfants de'douze h quinze ans, ayant de belles voix. Il n’y a pas de raison pour que la nature ait placé de plus belles voix an délit des Alpes que dans le midi de la France. * La différence qu’il y a, c’est 1» que l’enfant italien de douze ans entend bien chanter h l’église et dans la rue; S<> il entend mettre au-dessus de tout le talent du chant.
n. Sans doute il serait h désirer que l’on donnit denx représentations par mois au grand Opéra; mais l’administration supérieure n’y consentira jamais. Au bout d’un an et non de vingt, l’Opéra-Français serait perdu de ridicule et abandonné**. Cependant ompourrait présenter ceci comme moyen de recette, et dans le cas où l’entreprise de Louvois aurait i se couvrir de dépenses extraordinaires. ,
* On doit la mention la plus honorable k M. Choron , qui, par son aéle pour la musique, a fait d’immenses sacriAces. €n ministre de rtetérieur, jaloux de faire son métier, protégerait efUcacement ce bon citoyen.
** En tSSS, les chanteurs de l'Opéra sont hors d'état dé chanter un quarttUo de la Gazza ladra ou do la Camiffa; aussi ce théâtre ne produit-il pas le liera de ce qu’il coûte.
les décisions particulières relatives aux théâtres chantants sont signées par la légèreté, et obtenues par l’intrigue la plus adroite et la plus suivie. Si la maîtresse d’un administrateur chante faux, si elle est même sifflée quelquefois, il n’en faut pas davantage pour que cet administrateur cherche à faire tomber le théâtre rival où l’on chante mieux qu’il ne voudrait.
Dans le système de l’entreprise, l’administration, au lieu d’avoir intérêt à commettre des abus, a intérêt à empêcher les abus. I.a raison de ce beau changement, c’est que la douce récompense des abus serait tout entière pour l’entrepreneur; l’office sévère de l’administration sc rédnit alors à y mettre obstacle. Il est clair qu’un comité de censure choisi parmi les personnes qui louent des loges fera intervenir l’opinion publique dans l’admiuistration de l’Opéra-Hiiffa. Le choix d’un acteur, la mise en sceiie d’un opéra, auront-ils été approuvés par la commission; je VOIS dans ses membres douze avocats chargés de justifier aux yeux du public les mesures adoptées. On dira qu’il y a de la république au fond de ma proposition. .le réponds qu’il y a longtenijis que ce système est à peu près suivi dans un pays assurément bien assez despotique, mais où règne un goût passionné pour la musique ; Vienne en Autriche (E, F).
U ?•'' ‘ ‘«fiiiner le clia|riirc en indiquant un moyen de salul pour
îi...' : c’est d'engager Ilossini pendant oeux ans, en lui faisant écrire troU opéras par au. Nnl doute que tlo.'sini ne vint avec " IfnpBcmenl était avaniageux. Il composerait pour le grand Opéra, pour J- . •'«"'‘•f «'éillre un opéra par semaine; sa fortune serait
iinTo, A X *. *** Jusqu’à trente mille francs par an avec ses œuvres :
jugez (10 succès dè Hossini.
'J*’*®,'''* rial'lissement à Paris rehausserait à l’étranger le '•'“"•'“'■s feraient dpuÿni pour y être engages, et la troupe rompleie. M. CaralTa, qui est à Paris, et dont la Gabridle de Yergu a nnnr îV*“* ‘ ® '“"'"Tenee avec dc Rossini, travaillerait
pour Louvois; et, SI l’on commençait à vouloir de la musique nouvelle à Paris, les lorniations du Théâtre- Italien seraient inéhraulaliles. Les auteurs de lihretii italiens auraient des droits pécuniaires égaux à la moitié de ceux de Feydeau. A ce prix, vous auriez les écrivains les plus distingués d’Italie *.
des ouvrages de Rossini actuellement représentés gagnerait infino **i’ i*' maître verrait une infliiiié de taches, telles qu’alteratioiis des temps
par 1 orchestre, tapage hors de propos dudit orchestre, etc., etc. L’engouement des Badauds serait prodigieux, et 'les rerelies s’en ressentiraient. Vent-on payer Rossini sans Bourse l élier et trés-généreuseiueni? que les premières rcpréseiiiaiions de ses
le connais à M. Pcllico , maintenant en prieon au .Spielhcrg , et le premier poète trafique d'Italie, quatre ou cinq opéra» nerit et é«^<rq,rt me semblent des cliefs-d'œurre ; il J .a des fuiile» de situations fortes esquissées arec hardiesse.
ŒUVRAIS DE STENDHAL.
opéras soient données rue Lepelleticr et à son bénéfice. A trois opéras par an, il aura environ quarante-cinq mille francs. Ajoutez à ceci tes tuncerls, les pièces qu’il ferait pour Feydeau , la vente de sa musique, qui est au pillage en Italie, et qui est ici une propriété très-lucrative, li gagnerait près de soixante mille francs par an.
E. Sujets que l'on pourrait cnpager.
D’abord et avant tout antre, madame Mainvicllc; elle chante fort bien., et d’ailleurs elle est Française. Deancuup de gens disent du mal de Louvois par patriotisme.
Davide, tenore.
Donzelli, idem.
Lablache, buffo canlante.
Debégnis, buffo eomico.
Amlirosi, basso.
tlurioni, tenore, fort joli homme, ce qui ne gâte rien.
L. Mari , tenore, cbanta fort bien dans l'Aureliano in Palmiro, b Milan en 18U.
Mesd.smes
Pisaroni, contralto.
Schiassetli , prima donna ii Munich. '
Uardanelli , prima donna buffa.
Sciiiva.
Fabhrica.
Konzi Debegnis, prima donna buffa.
, Mariani, contralto excellent.
Mombelli, prima donna.
Et plusieurs antres qui ont débuté depuis deux ans, mais dont les succès n’ont pas encore passé les Alpes. M. Benelli , l’un des entrepreneurs du théâtre de Londres, est actueltemcnt en Italie (octobre 1823), occupé a recruter. U nous manque un agent de l'adresse de M.nenclli, et un surveillant comme M. le chevalier Petrachi. Le noble Venilien possesseur du théâtre de San-Luca pourrait nous donner de bons avis; l’on s’est bien trouvé à Londres des çonseits de M. le marciuis de Saniantonio.