CHAPITRE XLIV
DU MATÉBIEL DES TIlÉATBES EN ITALIE.
Il y a en Italie deux grands théâtres : la Scala à Milan et San- Carlo à Naples. Ils sont à peu près de même taille, la Scala n’a que quelques pieds de moins que San-Carlo; l’un et l’autre sont en fer-à-cheval. Comme la première condition pour avoir du plaisir en entendant de la musique, est de ne pas songer au rôle que l’on joue et à la figure que l’on fait, comme la seconde condition est d’ètre parfaitement à son aise, c’est un trait de génie que d’avoir divisé les théâtres d'Italie eu loges séparées et absolument indépendantes. Les voyageurs hypocrites, tels que Eustace et consorts, n’ont pas manqué de dire qu’il y avait des motifs particuliers pour cet usage général d’être caché au spectacle. Ces âmes sèches n’étaient pas faites pour comprendre qu’il faut du recueillement pour sentir le charme de la musique. Une femme en Italie est toujours dans sa loge avec cinq ou six personnes ; c’est un salon dans lequel elle reçoit, et où ses amis se présentent dès qu’ils la. voient arriver avec son amant.
Le théâtre de lâ Scala peut contenir trois mille cinq cents spectateurs placés fort à leur aise ; il a, autant que je puis m’en souvenir, deux cent vingt loges', où l’on peut être trois sur le devant; mais, excepté les jours de première représentation, l’on
t . Si vous voulez luUir une salle de spcclactc 3 Parts, ee à i|uot il fandra Meii eu venir d’ici à Ircnle ans, vous trouverez les proportions exactes de ta Scala dans un onviage publié en tsto par M. I.andriani, à Milan. La façade est bien au-dessous de celle de San Carlo; tes corridors sont étroits et sans air, et le parterre trop tiorizonlat; au ilemeurant, c’est le premier tbéâtre du monde. Une salle de spectacle parfaite serait iS' lée comme le tliéélrc Favart-, et environnée des quatre côtés par des portiques comme ceux de la rue Castiftlione. Tel était, ce me semble, le tliéétre de Moskou, que nous ne vîmes que pendant vingt-quatre licures. Par cette disposition simple, cent voilures peuvent charger 3 la fois.
Je vois une place superbe pour une salle digne de la capitale de l’Europe et du
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n’y voit jamais que deux personnes, le cavalier servente et la dame qu’il conduit; le reste de la loge ou petit salon peut contenir neuf à dix personnes, qui se renouvellent toute la soirée. On fait silence aux premières représentations ; et aux suivantes, seulement quand on arrive aux beaux morceaux. Les gens qui veulent entendre tout l’opéra vont chercher place au parterre, qui est immense, garni d’excellentes banquettes à dossier et ou l'on est fort à son aise, et tellement à son aise, que les voyageurs anglais y comptent avec indignation vingt ou trente dormeurs penchés sur deux banquettes. L’usage est de s’abonner. 11 en coûte environ 50 centimes par soirée pour entrer dans la salle et se placer au parterre. Les loges sont des propriétés particulières et se louent à part. Aujourd’hui une loge commode à la Scala coûte 60 louis par an ; elles coûtaient 200 louis dans les temps prospères du royaume d’Italie. La propriété d’une loge se vend de 18 à 25,000 francs, suivant le rang où elle se trouve. Celles du second rang sont les plus commodes et les plus chères.
Le théâtre de Saint-Charles à Naples, a été renouvelé avec magnificence en 1817 par M. Barbaja. Les loges ont quatre places sur le devant et pas de rideaux ; elles passent pour moins commodes que celles de la Scala; l’absence des rideaux oblige les femmes à beaucoup de toilette. Sous le rapport de la société, San-Carlo, n’ouvrant que trois fois par semaine, ne peut pas servir de rendez-vous général de tous les soirs pour tous les gens
monde, \is-ï-vis da boulevard de la Madeleine, entre la rue da Faubourg -Saint- Honoré et ta rue de Surèiie.
S’il s’agit de faire une petite salle excellente pour la'mu.siquc, copiez la salle Careano ti Milan, en y joignant la façade du théâtre de Como *.
Si vous voulez une salle plus grande, copiez le charmant théâtre de Brescia; rien n'est plus joli. (Le joft d’Italie est le magnifique en France; le beau d’Italie semble lugubre aux Français.) Si vous voulez une salle inlinimenl petite, prenez le théâtre de Volterra on celui de Como. Le plagiat est permis en architecture, a moins toutefois que nos architectes ne nous le défendent au nom de l’honneur national. M. Ilianchi de Lugano, architecte, a de beaux plans de salles de spectacle; M.'Bianehi a relevé le théâtre de S(in-Car/o en 1 8 17.
* M. Caaocicâ, arcbitecU renomme, qui a construit plusieurs théâtres en Lombardie, disait un jour en ma présence que les lois de racmisiique sont encore peu connues. Le théâtre Carcano à Milan s'est trouré excellent pour la nrasiquo, on l’y entend t^aucoup mieux qu'au théâtre Re; tous les deux cependantont éWi construits aroc les mêmes soins et par le même architecte , M« Canonica. La salle de la rue Lcpellotier est fort sonore ; elle est construite eu ixds.
d’affnires , comme la Scala mais en revanche, on y écoute mieux la musique.
Ces deux théâtres passent pour être éminemment di cartello (mot à mot , d'aJJ'tche) , c’est-à-dire qu’y avoir paru donne rang à un chanteur.
Le public de Rome a une grande opinion de ses lumièivs et beaucoup de fatuité , ce qui n’empêche pas les théâtres d’être petits, vilains, incommodes et la plupart bâtis en bois : un seul est passable ; c’est qu’il a été construit du temps des Français *. Depuis la restauration du pape, les chanteurs à Rome sont presque toujours très-faibles. Le cardinal Consaivi, homme d’esprit, et l’un des premiers dilettanti d’Italie*, a eu besoin d’une adresse infinie pour faire consentir le feu pape à l’ouverture des théâtres. Pie VII disait avec larmes : C’est le seul objet sur lequel le cardinal soit dans l'erreur. Les théâtres à'Argentina , d'^lberti et de Tordinona ne sont plus considérés comme de cartello que pendant la saison du carnaval ; mais ces noms d'Àlberti et à'Argenlina sont célèbres parce que, dans le siècle de la gaieté (1760), 'quand les princes n’ayant pas peur de perdre leurs places ne .songeaient qu’aux plaisirs, c’est pour ces théâtres qu’ont été faits les chefs-d’œuvre des Pergolèse, des Cimarosa^ et des Paisiello.
1. Un élablissemcnt de ce genre manque aux agréments de la cWilisalion de Paris. Il raudrail an foyer trois fois plus grand que celui de la salle de la rue Lepellelicr, rt louer tout l’étage correspondant de la maison voisine pour y établir un cabinet littéraire, un café, des billards. L'essentid serait qu’on étabitl des abonnements. Dans l’Intérét de la société et non des pr:rilégiès, je propose un privilé/e. Cet abonnement devrait être fort cher, et se réduirait au quart pour les gens pavant mille francs d’impdt, pour les membres de l’insiliut, pour les avocats de Paris, etc., etc., et autres notabilités sociales. La rlmse essentielle dans un salon public est d’éloigner les jeunes gens sans fortune, qui fluissent par y établir un ton grossier.
' 3. Rome doit la plupart de scs embellissements, sons Napoléon , il M. Martial Paru, intendant de la couronne, amateur fort éclaire et ami intime de Canova;et entre autres les travaux de la colonne Trajane.
3. Il venait au théâtre, en t806, indiquer aux chanteurs le vrai mouremenl de certains morceaux de Cimarosa. C’est un homme d’esprit , mais qui, de 18<8 â 1823, a eu peur du parti ullrà, et a voulu , avant tout, rester ministre.
4. M. le cardinal Consaivi .a fait faire le buste de Cimarosa parCaiiova; ce buste était placé, en t8i6, au Panthéon, â rOté du buste et du tonibean de Raphaél. Mais le cardinal Consaivi, cédant de plus en plus an parti «Urù, et, mallieiireusement pour sa réputation, cedant eu des choses de plus d’importance, a consenti que le buste de son ami fût exilé an Capitole, parmi des centaines de bustes antiques. <11 était monument au Panthéon, et touchait les cœurs nés pour les arts; au Ca|dtolc, il n’cst plus qn’objel de curiosité.
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Avant Rome, les chanteurs placent pour la réputation et pour le cartello le théâtre délia Fenice (du Phénix) à Venise. Ce théâtre, qui est à peu près de la grandeur de l’Odéon, a uue façade tout à fait originale et qui donne sur un grand canal ; on y arrive et l’on en sort en gondole, et toutes les gondoles étant de la même couleur, c’est un lieu fatal pour les jaloux. Ce théâtre a été magnifique du temps du gouvernement Saint-Marc, comme disent les Vénitiens. Napoléon Itii donna encore quelques beaux jours; maintenant il tombe et se dégrade comme le reste de Venise. Cette ville singulière et la plus gaie de l’Europe, ne sera plus qu'un village malsain dans trente ans d’ici , à moins que l’Italie ne se réveille et ne se donne un seul roi , auquel cas je donne ma voix à Venise, ville imprenable, pour être capitale.
Les Vénitiens , les plus insouciants et les plus gais des hommes , et , à ce qu’il me semble , les plus pliilosophes , se vengent de leurs maîtres et de leurs malheurs par d’excellentes épigrammes. J’ai connu des moralistes qui s’indignent de leur gaieté; je répondrais à ces gens moroses comme le valet bouffon de la CamiUcC : Slgnor, la vila è corta ! Depuis que l'Italie a tout perdu par la chute de l'homme qui en aurait fait un seul État despotique y les Vénitiens soutiennent la gloire de leur théâtre délia Fenice à force d’esprit et de gaieté. C’est là, ce me semble, qu’est née en 1819 la réputation de madame Fodor, qui chantait dans V ElisabeHa de M. Giraffa. Les Vénitiens lui firent une médaille. En 1821, ils ont ressuscité la réputation de Crivelli dans YJrminio de Pavesi*. Il me semble que dans tous ces enthousiasmes, il y a d’abord le désir de prouver que l’on vit encore. A Paris, c’est la politique qui fait la nouvelle du jour; à Veni.se , c’est la dernière satire de M. Buratti , le seul grand poète satirique que l’Italie ait eu depuis des années. Je vous conseille de lire VOmo , la Slref/'eide , VEleJanteide ; le triomphe du poète est la peinture du physique grotesque de ses héros. Dans un pays ou l’on ne voit que deux ou trois mauvais journaux censurés , où les lire avec trop d’attention pasçe pour signe de carbonarisme *, et où l’on se meurt de langueur, cela fait nouveauté. Vous sentez qu’une bien plus grande nouveauté encore c’est l’arrivée de la première chanteuse qui doit paraître alla
t. Beau librctli) remiili de silualions forlcs; musique qui est bien loin d’èlrc sans génie. J
3. La prison des carbonari est tout près, dans mie lie voisine de Venise.
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Fenice, et du maestro qui vient pour écrire l’opéra. Voilà pourquoi le suffrage de Venise vaut mieux en musique que celui de Paris. A Paris, nous avons tous les plaisirs; il n’y en a qu’un en Italie, l’amour d’abord et les Beaux-Arts qui sont une autre maniéré de parler d’amour. Après la Fenice de Venise, vient le théâtre de la cour à Turin. Il tient au palais du roi et donne sur la superbe place Cnslello, l’uue des plus singulières de l’Europe. On arrive au théâtre par des portiques; mais comme il est dans le palais du roi , il est contre le respect d’y paraître l'iiiver eu manteau, il est contre le re.spect d’y rire, il est contre le respect d’y applaudir avant que la reine ait applaudi. La présence de madame Pasta obligea, en 1821, le chambellan de service à faire afiicher trois ou quatre fois ce beau règlement. Ce théâtre, a.ssez grand, mais où les solcïats vous vexent continuellement par leurs avertissements pour le manque de respect, passe pour le quatrième d’Italie et est toujours de cartello. On y joue le carnaval et quelquefois pendant le carême '.
Florence, Bologne, Gênes, Sienne, ont aussi d’assez vilains petits théâtres, qui sont de cartello dans certaines saisons. Tantôt c’est la saison du carnaval qui est la bonne, tantôt c’est celle de rautomne- Le magnifique théâtre de Bergame est de cartello durant la foire. Il en est de même du théâtre de Reggio pendant la foire du pays, et du beau théâtre neuf de Livourne pendant l’été. Tout cela était très-vrai il y a dix ans, mais change peu à peu. La plupart de ces théâtres étaient protégés et soutenus par les souverains, quand ceux-ci avaient le loisir de s’amuser. Aujourd’hui qu’à la tête des prêtres et de quelques nobles ils entreprennent de faire marcher la majorité de leurs sujets dans un sens qui n’est pas à la mode, au lieu d’être aimés ils ont peur®', et il n’y a plus d’argent pour la musique; au lieu de beaux opéras, l’on donne des pendaisons. A Milan, à Turin , une grande partie de la noblesse, prévoyant de mauvais jours , économise beaucoup. En 170G, à Crémone, petite ville de Lombardie connue par un vers de Regnard,
Savez-vous bien , monsieur, qnp j’étais dans Crcinone 1
|. quand ia piélé le permet. Réponse contfiie d’un grand pcr.snnuagc : A'oh roglit abliracciür te mie chiappe lier ivi.
‘i. Cassel, à la lin de tS23, comparé à Darmstadt, où l'opéra nouveau est le grand intérêt.
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la famille qui se croyait la plus noble envoyait deux cents louis à la prima donna le soir de son bénéfice.
Les princes donnent bien encore quelque argent aux tliéâtres, parce que c'est l’usage, et qu’il faut faire tout ce qu’on faisait autrefois; mais ils le donnent en rechignant et de mauvaise grâce. L’empereur d’Autriche accorde deux cent mille francs à la Scala; le roi de Naples, trois cent cinquante mille francs environ à San-Carlo; le roi de Sardaigne fait administrer économiquement son théâtre par l’un de ses chambellans. Le seul souverain, je crois, qui donne volontiers de l’argent à son théâtre italien, c’est S. M. le roi de Bavière. Si le respect le permettait, je dirais que c’est un homme gai et heureux. Aussi, quoiqu’il puisse faire bien peu de dépenses, a-t-il toujours d’excellents chanteurs; c’est qu’il est poli et aimable avec eux. On trouvait l’année dernière à Munich la charmante Schiassetti, Ziichelli dont la voix de basse va à, l’âme, et le délicieux Ronconi, unique et précieux reste du beau siècle de la musique vocale, et, je ne crains pas de le dire, homme de génie parmi les chanteurs.
Les jeujr publics ont fait la splendeur des théâtres de la Scala et de San-Carlo. Dans des salles immenses attenant au tliéâtre, il y avait des tables de pharaon ou de trente et quarante. L’Italien étant naturellement joueur, les banquiers faisaient fort bien leurs affaires, et versaient de grandes sommés à la caisse du théâtre*. Les jeux étaient surtout nécessaires à la .Scala, qui, dans un climat humide l’hiver, est devenu le rendez-vous général de la société. Un lieu bien échauffé et bien éclairé, où l’on est sûr de trouver tout le monde tous les soirs, est un établissement fort commode. Le gouvernement autrichien a supprimé les jeux à la Scala; la révolution éphémère de Naples a fermé les jeux, et le roi Ferdinand ne les a pas rouverts. Ces deux théâtres vont tomber, et avec eux l’art musical. Ce fut à cause des jeux que Vigancr put donner.,! Milan (1805 — I821)ses ballets admirables ; c’était (in art nouveau qui est mort avec ce grand homme
1. A Paris, les jenx, entre antres choses, fonrnissenl des pensions anx écrivains > dévots qni écrivent snr ia morale. I.e drôle de siècle que le nôtre I
2. Saivatore Viganô a donné, en ISfi*, Coriolan; ISOS, Tiimiri, la Vanarella; tSia, les Slretilz, Richard Cœur-de-Lion, Clolilde, il Noce di Benevenlo, VAluano délia Giiimenla; 1813, Prométhèe, Êamandria liberata; ii\h, les Hmsiles, Niwia Pompilius, Myrrka ou la Veuffeaiice de Vénus, Psammi roi d’Égypte, les Trois Oranges; <818, Dedak. Othello et ta Yeslale, Il uc reste de ces che[s-d'ocnvre que
Tous les théâtre d’Italie font leur ouverture solennelle le 26 décembre de bhaque année. C’est le commencement de la saison du carnaval, d’ordinaire la plus brillante. Depuis que la religion est rentrée dans tous ses droits, on ne cliante plus durant l’Avent (temps saint avant Noël, qui commence vers le l'f décembre), de sorte que la privation du premier besoin de la vie se joignant à l'attente de la nouveauté, le 26 décembre, la iiouvelle de la résurrection de Napoléon n’empêcherait pas. Je crois, de s’occuper uniquement de musique. Les femmes vont ce jourlà au spectacle en grandissime toilette ; et si le spectacle réussit, le lendemain les loges qui n’ont pas encore été louées à l’année doublent de prix. C’est en vain que j’entreprendrais de donner une idée de la folie de cette première soirée.
En Italie, l’on joue de suite une trentaine de fois l’opéra qui a réussi; c’est à peu près le nombre de fois que l’on peut entendre avec plaisir un bon opéra On joue tous les jours excepté le vendredi, jour de la mort du Sauveur, et excepté aussi, dans les pays soumis à l'Autriche, dix-sept anniversaires de jours de mort et de naissance des trois derniers empereurs ou Impératrices II est de règle que le maestro qui a, écrit l’opéra dirige l'exécution de sa musique au piano, durant les trois premières représentations; jugez de la corvée lorsque l’opéra tombe! 11 faut qu’un opéra soit détestable pour qu’il ne se donne pas au moins trois fois; c’est le droit du maestro. Je voudrais que cet usage s’établît en France; il est raisonnable. J’ai vu plusieurs opéras ressusciter à la troisième représentation. La cabale, sachant que sesefforts sont inutiles, est beaucoup moins active à la première représentation.
Pour chaque saison, composée d'environ quatre-vingts à cent représentations, on donne communément trois opéras, dont deux nouveaux, et écrits a posfo (exprès) pour le théâtre; et quatre ballets, savoir : deux grands ballets tragiques, et deux ballets bouffes.
Chaque ville en Italie a un théâtre, et la plupart des théâtres des grandes villes telles que Turin, Gênes, Venise, Bologne, Milan, Naples, Rome, Florence, Livourne, etc., ont pour consti-
la masiqnc arrangée par Vjgana. Je conseille de prendre chez Iticordi, h Milan, la nmsiqae d'Othello, de la Vestale et de Myrrha.
I. Un opéra bien chaulé est différent tous les jours, h cause des nuances et agréments du chant.
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tution qu’à de certaines (ijjoques déterminées on y donne des opéras nouveaux et composés exprès pour ces théâtres. C’est uniquement à cause de cet usage que la musique est encore un art vivant en Italie. Si le hasard ne l’avait pas établi, les pédants, à force de louer les grands maîtres anciens, auraient empêché les nouveaux de paraître. Sans cet usage, la musique serait en Italie aussi morte que la peinture. Le peintre à taletit y est obligé de priera genoux pour qu’on l’emploie, tandis que pour le musicien les rôles sont changés; c’est le gros liiiancier payant qui prie l’artiste célèbre de travailler pour le théâtre dont il a l’entreprise. Avoir de la musique nouvelle est devenu un objet de vanité municipale en Italie, et des villes comme Saint-Cloud se font faire de la musique nouvelle deux ou trois fois par an. Si Colbert avait fait établir par Louis XIV que tous les ans,le2(! décembre, le 20 février et le 25 aodt on donnerait une tragédie nouvelle aux Fronfais , l’art de la tragédie vivrait’ encore en France. Forcés d'étre, les poètes auraient été forcés de voir qu’ils ne peuvent être avec succès qu’eu suivant les progrès des lumières dans la nation.
Si l’on veut en France, non pas former des compositeurs, ce n’est pas commencer par le commencement, comme disait Diderot', mais former d’abord un public, il faut établir que tous les ans, à époques fixes et immuable^, l’on donnera trois opéras nouveaux à Louvois, compo.sés exprès pour ce théâtre. I,e public aura le plaisir de juger. Rossiui, dit-on, va passer à Paris en décembre- 1823, pour aller écrire un opéra nouveau à Londres ; il serait beau de l’arrêter au passage*. i
Je donnerai un exemple des spectacles d’Italie. Je le prendrai dans un voyageur connu. Le février 1818, le spectacle de ta Scala commençait à sept heures, en été il commence à neuf heures moins un quart. Le ir'' février 1818, il était composé du preuiier acte de la Gazza ladra, qui dura de sept heures à huit heures un quart; du ballet de la Vestale, de \ igauo, où jouaient Mlle Pallerini et âlolinari, qui dura 'de huit heures et demie à
1. .le voii(lr.iis tien (|iic l’on imin iniill huit volimie^ in-8», formés par deux mille Iclircs dans le.s(|iiellcs Diderot rend eomplc à sa n.altresse de tout ce qui se passait , de son temps, ii Daris. U'est re que Diderot a fait de mieux.
3. A l'cxecplion de 11- Diagunctti et de deux ou trois autres symplionistcs, le tbcélrc de iamiires n’a pas de grands tilen'ts ; la nation est plus insensible ; et cependant tout va beaucoup mieux pour la musique b Londres qu’à l’aris: c’est qu’il u’jra pas de parti contraire ni ü honneur.
dix heures; du second acte de la Gazza ladra, de dix heures un quart à onze heures et un quart; et enfin, de la Calzo- ’’’ laja (la cordonnière), petit ballet bouffe de Viganô, que le pu-
blic avait sifllé le premier jour par dignité, niais qu’il revoyait cependant avec délices, parce qu’il y avait du nouveau. (Le neuf, dans le genre comique, est toujours sifflé le premier jour par un public qui se respecte.) Ce petit ballet terminait le spectacle, qui finit entre minuit et une heure. Tous les huit jours on plaçait un pas nouveau dans le petit ballet.
Pour chaque scène de l’opéra, pour chaque scène du balleL^I y a à /a Scuta une décoration nouvelle, et fe nombre des scènes est toujours fort considérable; car l'auteur compte pour le suècès sur le plaisir que les spectateurs auront à voir des décorations nouvelles et brillantes. Jamais une décoration (.sce«o jne sert pour deux pièces : si l’opéra ou le ballet tombe, la décoration, qui souvent est admirable et que l’on n’a vue qu’une seule fois, n’en est pas moins impitoyablement barbouillée le lendemain; car l’on se sert longtemps des mêmes toiles. Ces décora- ^ lions sont peintes à la colle. Elles sont faites dans un système
absolument différent des décorations que l’un exécute à Parus en 1823. A Paris, tout papillote, tout est plein de petits détails spirituels et soigneusement travaillés. A Milan, an contraire, tout est sacrifié à la masse et à l’effet. C’est le génie de D.wid appliqué aux décorations. Il arrive de là que même les aspects les plus gais prennent quelque chose d’imposant qui frappe et produit la sensation du beau. Qu’on se figure la magnificence des palais, des intérieurs d’églises, des scènes de montagnes, etc. INIais rien de semblable n’existant hors d’Italie, il est impossible de décrire ces décorations (scene) par des paroles. Tout au plus poiirrais-je dire que les vues des cathédrales de Cantorbéry et de Chartres au Diorama, ou, à Londres, les panoramas sublimes de Berne et de Lausanne, par M. Baker, ni’oht rappelé la perfection des décorations de ta Scala par MM. Perego, Sanquirico et Tranquillo, avec cette différence toutefois que les panoramas et dioramas ne prétendent qu’au mérite de portraits fidèles, tandis que les décorations sont des portraits de lieux célèbres, cn- .. noblis par les traits les plus hardis du beau idéal. T,es voja-
geurs qui ont admiré ces cbefs-d’ccuvrc de Part, je pourrais dire qui en ont senti te pouvoir, car ces scene doublent l’efficacité de la musique et des ballets, ces voyageurs, dis-je, auront peine
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ŒUVRES DE STENDHAL
à croire qu’on ne les paie que quatre cents francs pièce aux grands peintres Perego, Sauquirico et Tranquillo Il est vrai • que l’administration de la Scala fait faire cent vingt ou cent quarante décorations nouvelles chaque année. Que dire de ces clwfs-d'œuvre à qui les a vus ? et, ce qui est bien autrement difficile, comment en parler à qui ne les a pas vus, sans^ s’exposer au reproche d’exagération? Ces décorations sont, comme les ballets de Viganè, l’étemel écueil de qui raconte des voyages en Italie. 11 y a cette différence que, pour les décorations de la Scala, Perego étant mort, Sanquirick l’a dignement' remplacé, et Tranquillo, élève de Sanquirick*, égale son maître, tandis que Viganô a emporté son secret dans la tombe.
t I. Les minialnros maniérces, sans elTci et sans grandiose, que l’on nous donne ü Louvois et a l’U|iéra , coûtent cinq ou six fois davantage. Se rappeler la tve île Rome i la reprise des Horaces, le M août I82S. On voit bien que David est absent ; la peinture, tombe, et revient au galop an genre nalional de Boutber. Voir l’exposition de l’industrie en 4823.
3. Sanquirick est la prononciation milanaise du mot italien Sanquifico.