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Vies de Haydn, de ilozarl et de Httaslase

2. Un préfet , sons Napoléon , fait appeler un élève de M. le professeur Bronssonet ti Montpellier, ci lui dit gravement : Monsieur, la thèse que tous avez soiilemie hier n’esi pas ealholique. Cette thèse avait rapport il une maladie du has ventre qui rend triste; il fallait dire que c’était l’âme qui rend triste.

VIE DE llOSSINI.

de l’hypocrisie qui vient contribuer à chasser de France le naturel et la gaieté. Quant à l’Angleterre, je vais transcrire une phrase de son plus grand poète :

The cant which is tlie crying sin of his double-dealing and faisc-speakiug time o( selfish spoilers

L’hypocrisie française a déjà tué la peinture ; pourra-t-elle enlacer la musique dans ses replis tortueux.?

Il n’y a rien de volontaire dans l’hypocrisie de l’Italien. Le péril est si voisin , que l’hypocrisie n’étant plus que de la prudence, n’est presque pas avilissante.

Je demande au lecteur la permission de lui présenter ici comme excuse et correctif des exagérations dont je me suis rendu coupable dans cet ouvrage, une lettre de mademoi.selle de Lespinasse qui ne se trouve pas dans la correspondance de cette femme célèbre, imprimée il y a quelques années :

APOLOGIE DE CE QUE MES AMIS APPELLEST MES EXAGÉBATIONS , - MES ENTHOUSIASMES, MES CONTRADICTIONS, MES DISPARATES, MES ETC., ETC.

Mardi 31 janvier 1175.

« Hé bien ! voilà donc encore un piège que vous me tendez ! Vous me dites hier avec bonté : Vous allez demain à la Fausse- Magie ; j’exige de votre amitié de me mander ce que vous en aurez pensé. Mais vous savez bien, répondis-je, que je ne pense pas et que je ne juge jamais. N’importe, dites-vous ; j’aime vos impressions, d'abord parce qu’elles sont vraies, et puis parce qu’elles sont outrées, et que j’ai du plaisir à les combattre. Cette observation que vous croyez si bien fondée devrait donc m’arrêter ; je devrais après cela me faire un avis bien modéré, bien raisonnable : il manquerait sans doute de goût et de la connaissance des choses dont je parlerais ; mais au moins , je ne révolterais pas les gens d’esprit, parce qu'ils sont indulgents, et 1® sots m’estimeraient parce qu’ils aiment les gobe-mouches. Cela

1. Préface aux derniers chants de Don Juan. Ces derniers rhants sont ce que j’ai lu de plus beau en poésie depuis vingt ans. L'assaut d’ismall m’a fait oublier tout l’ennui de Gain.

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les laisse à leur place , au lieu que les impressions vives , les mouvements de l’âme, les blessent, les inquiètent sans les éclairer ni les échauffer jamais. Je vais donc me laisser aller ; je n’aurai égard ni aux sots, ni aux gens d’esprit; je ne craindrai pas même votre jugement, je m’y livre. Je serai sotte ou absui'de, tout ce qu’il vous plaira; je serai moi.

■> J’ai eu du plaisir, oui, beaucoup de plaisir à cette répétition, et je défie tous les connaisseurs de me prouver que j'ai eu tort. J’ai admiré le talent de Grétry; j’ai dit vingt fois avec transport ; Jamais on n’a eu plus d’esprit, jamais on n’a mis tant de délicatesse, de finesse et de goût dans la musique ; elle a le piquant , la grâce de la conversation d’un homme d’esprit, qui attacherait toujours sans fatiguer jamais, qui ne mettrait que le degré de chaleur et de force convenable au sujet qu’il traite, et qui paraîtrait d’autant plus riche, qu’il ne sortirait jamais de la mesure que lui prescrirait le goût. Enfin , disais-je , si l’auteur de cette musique m’était inconnu, je ferais l’impossible pour faire connaissance avec lui dès aujourd’hui. J’ai été toujours animée , toujours soutenue par le plaisir ; l’orchestre me semblait parler, et je m’écriais sans cesse : Oh .' que cela est ravissant! Oui , je le répète, il est ravissant de passer deux heures avec des sensations douces, vraies et toujours variées. Le poème m’a paru charmant ; il me semble que le poète n’a été occupé , d’un bout à l’autre, qu’à faire valoir le musicien. Les airs sont distribués ave<‘. beaucoup d’intelligence et de goût ; il a trouvé le moyen de rendre les vieillards aussi comiques, aussi piquants que ceux de Alolière. Grétry a fait de cette scène un duo qui en rend le comique et la gaieté d’une manière aussi animée qu’originale. Enfin , que vous dirai-je? J’ai été ravie, charmée, et je ne sais qu’aimer et louer, et point critiquer ce qui m’a autant fait de plaisir.

«Je vous vois, je vous entends, et vous espérez que je vais mettre Grs'try au-dessus de Gluck , parce que l’impression du moment, fût-elle plus faible , doit effacer celle qui est éloignée, lié bien ! il ii'en sci a rien , et je vous ferai remarquer que si je suis exagérée, je. ne suis point exclusive; et savez-vous pourquoi? c’est que c’est mon âme qui Joue, c’est que je hais le dénigrement, et que d’ailleurs je suis assez heureuse pour aimer à. la folie les choses qui paraissent le plus opposées; si bien donc que j’aime, que je chéris le talent de M. Grétry, et j’estime et admire

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VIE DE RÜSSINI.

celui de M. Gluck. Mais comme je n’ai ni les lumières, ni les connaissances, ni la sottise nécessaires pour assigner des places et des rangs aux talents , je ne m’avise pas de prononcer lequel vaut le mieux, ni même de comparer ce qui ne paraît pas devoir se rapprocher. Je ne sais à quelle distance la nature lésa mis l’un de l'autre ; mais je sais qu’à talent égal , ils auront dd en faire un emploi différent, puisque le genre de l’opéra-comique n’est pas celui de la tragédie. L’impression que j’ai reçue de la musique A’ Orphée, ne ressemble en rien à ce que j’ai éprouvé ce matin. Elle a été si profonde, si déchirante, qu’il m’était absolument impossible de parler de ce que je sentais : j’éprouvais le trouble d’une passion, j’avais besoin de me recueillir ; et ceux qui n’auraient pas partagé ce que je sentais auraient pu croire que j’étais stupide. Cette musique était tellement analogue à mon àme, à ma disposition, que vingt fois je suis venue me renfermer chez moi pour jouir encore de l'impression que j’avais reçue; en un mot , cette musique , ces accents attachaient du charme à la douleur, et je me sentais poursuivie par ces sous déchirants et sensibles , ^"oi mon Eurydice. Et comment voudriez-

vous après cela que je pusse y comparer la Fausse Magie? Comment pouvoir comparer ce qui ne fait que plaire et attacher, à ce qui remplit l'ànie, à ce qui la pénètre, à ce qui la bouleverse ? comment comparer l’esprit à la passion ? comment comparer un plaisir vif et animé à cette mélancolie douce, qui fait presque de la douleur une jouissance ? Oh ! non , je ne compare rien , et je , jouis de tout. Et vous appelez cela des contradictions dans mes goûts, des disparates dans mes opinions. Eh bien! soit; je ne serai pas conséquente comme la raison ; mais j’aurai tout le plaisir de la sensibilité, et de tous les genres de sensibilité. Analysons moins et jouissons davantage; ne portons pas l’esprit de critique aux choses d’agrément et de pur amusement; soyons au moins indulgents pour ce qui vient de nous faire plaisir, et notre goût n’en sera ni moins bon ni moins juste.

K .raimerni donc ce qui me paraît le plus distant, le plus contraire même ; j’aimerai le paisible, le doux Gessner, il portera le calme dans mon àme; et j’aimerai , j’admirerai, je serai à genoux (levant Clarisse, que je regarde comme une des plus belles, des plus grandes et des plus fortes productions de l’esprit bumain ; je serai ravie, exaltée par tous les genres de beauté dont cet ouvrage est plein. La vérité, la simplicité de ce roman me

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font assez d’illusion pour me persuader que j’ai vécu avec tous les Harlowes. Ils animeront toutes les passions dont mon âme «St susceptible ; et , eu admirant Clarisse , je ne dédaignerai point Marianne; j’y trouverai, sinon la vérité des passions, du moins celle de l'amour-propre, celle des différents états de la société. J’aimerai à voir toutes les nuances de la vanité rendues et mises en action avec finesse et esprit J’admirerai dans Clarisse la noble simplicité de Richardson ; et dans Marivaux j’irai jusqu’à aimer sa manière et même son affectation, qui est souvent originale et piquante, et qui est toujours spirituelle. Oui, dans tous les genres, j’aimerai ce qui parait opposé, mais qui n’est peut-être opposé que pour les geus qui veulent toujours juger, et qui ont le malheur de ne point sentir.

« La nature, il est vrai, les a bien dédommagés; ils sont toujours contents de leur raison, de leur modération, et de la conséquence qu’il y a dans tous leurs goûts; leur esprit est roide, ils le croient juste; leur âme est de plomb, ils la croient calme; enfin, ils ont la satisfaction de la suffisance, et moi j'ai l’égarement de la passion. Il est vrai que ces gens si raisonnables se sentent à peine exister, et moi, je souffre ou je jouis sans cesse ; ils sont ennuyés, je suis enivrée ; mais pour rendre justice à eux et à moi je dois avouer que s’ils sont quelquefois ennuyeux, je suis souvent fatigante. Les gens froids peuvent être exagérés ; mais les gens animés ne sont et ne peuvent être que hors de mesure et outrés : tous les deux vont par-delà le but ; mais les uns s’y sont montés, tandis que les autres y ont été jetés, entraînés Les uns ont fait le chemin pas à pas, les autres ont sauté les bornes sans les apercevoir. Enfin, je trouve qu'il y a cette différence entre les gens exagérés et ceux qui sont outrés, qu’on évite les premiers et qu’on quitte les derniers, mais c’est à condition d’y revenir le lendemain ; car, ce qu’on aime par-dessus tout, c’est à être aimé, et voilà l’avantage qu’on éprouve avec les gens passionnés : ils révoltent sans doute, souvent ils choquent, ils fatiguent: mais en les critiquant, en les condamnant, même en les haïssant, ils attirent, et on les recherche. Vous me direz que je n’y vais pas de main morte, et que je me loue de manière à révolter le goût et la délicatesse de tous mes juges. Mais c’est à vous que je parle, et vous êtes mou ami avaut d’être mon juge; d’ailleurs, pour excuser cet orgueil de Lucifer, que je viens d’étaler, je dois vous faire observer que je me défends, et alors

il est permis de parler de soi comme on parlerait d'un antre : il n’est donc pas question d'être modeste, il s’agit d’être vrai.

« Je reviens encore à mes preuves, et j’ajoute que j’aime Racine avec passion, et qu’il y a dans Sliakspeare des morceaux qui m'ont transportée ; et ces deux hoinmes-là sont absolument opposés. On est attiré, entraîné par le godt de Racine, par l’élégance, la sensibilité et le cliarme de sa diction; et Sliakspeare rebute par la barbarie de son gotU ; mais aussi, on est surpris, frappé de sa vigueur, de son originalité et de son élévation dans certains endroits. O permcltez-moi donc d’aimer l’un et l’autre! J’aime la naïveté, la simplicité de La Fontaine, et j’aime aussi le (in, l’ingénieux, le spirituel Lamotte. Enlin, je ne finirais pas, si je parcourais tous les genres ; car je dirais que je raffolle du bon Plutarque et que j’estime le sévère I.a Rochefoucauld ; que j’aime le décousu de Montaigne, et que j’aime aussi l’ordre et la rais n de Fénelon.

• Je vous entends vous récrier : Mais il ne fallait pas m’asommer de ce détail de vos goiUs ; que ne disiez-vous tout d’un coup, j’aime tout ce qui est bon ? Mais souvenez-"ous donc que je vous l’ai dit cent fois, et que sans doute je ne vous ai point persuadé ; car vous ne vous lassez point de me dire que je loue trop, que je suis exagérée, outrée, hors de mesure : il fallait donc vous prouver que j’étais fondée à aimer, à admirer ; et ce n’est point avec de l’esprit qu’on jouit autant, c’est avec de l’tïme. Souffrez que je dise, que je répète que je ne juge rien, mais que je sens tout ; et c'est ce qui fait que vous ne m’entendez jamais dire : cela est bon, cela est mauvuis ; mais je dis mille fois par jour: J’aime. Oui, j’aime, et j’aimerai à aimer tant que je respirerai, et je dirai de tout ce que disait une femme d’esprit en parlant de ses neveux : J'aime mon neveu t'ainé parce qu'il a de l’esprit, faime mon neveu le cadet parce qu'il est béte. Oui, elle avait raison, et je dirai comme elle : j'aime la moutarde parce qu’elle est forte, et j’aime le blanc-manger parce qu’il est doux. Mais avec cette voracité d’affections et de goQts, vous croiriez qu’il n’y a rien ni dans les choses ni dans les hommes, qui puisse me déplaire, me repousser. Oli mon Dieu ! je ne finirais pas si j’entrais dans tous les détails; mais je me contenterai seulement de vous indiquer ce qui m’est antipathique : d’aboi d les vers qui n’ont que le mérite d’être bien faits, et qui sont vides de pensees et de sentiments, comme ceux de M. De ; les comédies qui

ŒUVRKS DE STENDHAL.

sont, vides d’intérêt et d’esprit, et qui sont écrites d’un ton trivial,

comme celles de M ; ou celles qui ont une espèce de jarpion

qui ne peut ctreiiilellif;ible que pour la coterie de l’auteur, comme

celles de M ; les tragédies dont le sujet est passionné, fort et

terrible, et dont le style est faible et plat, ou quelquefois barbare,

comme celles de Al Enfin, je vous dirai, car il faut finir, que

le w)ow/éré, et même le./?«, et surtout le/arfe, est pour moi comme la manne ou la tisane , d’un dégoût mortel , avec cette différence pourtant que la manne et la tisane pourraient cesser de m’être antipatbiques en me devenant nécessaires, et que le reste m’est et me sera également odieux dans tous les temps. A l’égard de mon attrait et de mon éloignement pour les personnes, il est absolument analogue à mes goûts ou à mon aversion pour les choses, .l’aime mieux une bête qu’un sot; j’aime mieux un homme sensible qu’un homme spirituel ; j’aime mieux une femme tendre qu’une femme raisonnable; je préfère la rusticité à l’affectation; j’aime mieux la dureté que la flatterie; je préfère, j’aime avant tout, par-dessus tout, la simplicité et la bonté, mais surtout la bonté. Voilà la vertu qui devrait animer tout ce qui a la puissance ou la richesse. C’est aussi la vertu qui convient aux faibles et aux malheureux; enfin, c’est la bonté qui supplée à tout; et dût-on en abuser, et dussé-je en souffrir, je n’hésiterais pas, si on me donnait le choix d’avoir ou la bonté de madame Geoffrin ou la beauté de madame .de Brionne: je dirais : Donnez-moi la bonté, et je serai aimée; voilà le premier, et si je me laissais aller, je dirais l’unique bien dont je veuille. Si je ne me trompe , il y en a un plus grand encore , c’est d’aimer ; mais la bonté est déjà une affection de Tâme, et avec cette vertu on aime tout ce qui souffre , tout ce qui est malheureux. Ah! l’on aime donc longtemps ! ah ! l’on doit aimer toujours 1 et avec ce degré de bonté que je loue, que j’envie, on pourrait se passer du plaisir des passions. L’âme serait sans cesse en activité, et n’est-ce pas là le plus grand charme de la vie ?

« Mais dites-moi si ce n’est pas à vous que je dois souhaiter cette passion jusqu’à l’excès. Que de bonté ne vous faudra-t-il pas pour lire cette longue , froide et fatigante apologie ! Ah ! vous voilà revenu à jamais de m’accuser; mon exagération est encore moins insupportable que ma justifieation ; mais aussi j’y ai été poussée; tous mes chers amis m’accablent; j'ai voulu leur prouver une fois par des raisons, que ce qu’ils appellent ma folie et mes dis-

VIE DF ROSSINl.

, parntes, n'est autre eliose que la raison ou le sentiment, ou la passion. Quelle est donc là conséquence de tout ceci? quel en est le résultat ? Voulez-vous que je vous le dise 5 l’oreille ?.... Mais non, vous ne me croiriez pas, et cependant je vous aurais découvert le secret de mon âme. Adieu ; condamnez-moi, critiquez-moi, mais aimez-moi; je me louerai de votre bouté, et je ne sentirai qu'elle. »

NOTE DES ÉDITEURS

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