VIR DE ROSSINI
gères occupations qui ne s’étendent jamais au delà de l'avantdîner, an dur et barbare labeur qui , grâce à l'aristocratie et 5 ]\I. Pitt, pèse sur les pauvres Anglais pendant douze heures de la journée'. Itlais l’Anglais est souverainement timide ;-c’ est de cette tr-sfe qualité, fille de l’aristocratie et du puritanisme, que je vois naître en grande partie son amour pour la musique. La crainte de s’exposer au ridicule {to expose oneself) fait qu’un . jeune Anglais ne parle jamais de ses émotions. Cette discrétion, commandée par un amour-propre bien entendu, tourne au pro* fit de la musique; il la prend pour confidente et souvent pour expression de ses sentiments les plus intimes.
Il suffit de voir le Ileggars opéra ou d’entendre chanter miss Stephens ou le célèbre Thomas ÎMoore, pour reconnaître que l’Anglais a en soi une veine très-considérable de sensibilité et d’amour pour la musique. Celte disposition est, ce me semble, plus marquée en Écosse; c’est que l’Écossais a bien plus d’imagination; c’est qu’il y a dans ce pays la longue inaction des soirées d’hiver.
Nous voici de retour au loisir forcé de la pauvre Italie; toujours pour la musique il faut loisir forcé, occupé par l' imagination. ¥,a arrivant en Écosse pour la première fois , je débarquai à Inverness ; le hasard mit à l’instant sous mes yeux les cérémonies funèbres du peuple des llighlands, et les gémissements des vieilles femmes réunies alentour
« De ce peu (le terre que le souffle céleste B Vieiii de cesser d’animer o
Je me dis : ce peuple-ci doit être musicien. Le lendemain, en parcourant les villages , j’entendis la musique sourdre de toutes parts ; ce n’était pas, certes, de la musique italienne, c’était bien . mieux eu Écosse; c’était une musique née dans le pays et originale. Je ne doute pas que si l’Écosse, au lieu d’être pauvre, se
1 . On m’a nionlré îi Liverpoo! des enfants de quatorze ans qui travaillaient de seize à dix-huit heures par jour. Je me promeuais par hasard ce jour-ià avec des damlies de dix-huit ans qui ont cent mille fr.incs de renie et pas une idée, pas même celle de jeter un schelling à ces pauvres petits malheureux. L’ilalien est tyrannisé, mais il a loiit .son temps ii lui; le lazzaroni de Naples suit lihrement scs passions roinme un sanglier au fond des fnnHs; je le liens pour nmins malheureux et surtout pour moins ahrull que l’ouvrier de Birmingliam. El l’alirulissemepl moral est un mal contagieux; la grossicrelc de l’ouvrier est bien loin d’étre sans influence sur le lord.
2. Traduction de leurs cris, que mou cicérone me lit impromptu.
ŒUVRES DE STENDHAL
fût trouvée un pays riche ; que si le hasard eût fait d’Édimbourg, comme de Pétersbourg, la résidence d’un roi puissant et le lieu de réunion d’une noblesse désœuvrée et opulente, la source naturelle de musique qui se serait fait jour entre les rochers mousseux de la vieil le Calédonie, n’eût été recueillie, puriflée, portée jusqu’à l’idéal, et que l’on n’eût dit un jour la musique écossaise comme l’on dit aujourd’hui la musique allemande. Le pays qui a produit les sombres et attachantes images d’Ossian, et des Taies of mÿ. Landlonl, le pays qui s’enorgueillit de Robert Duras, peut incontestablement donner à l’Europe un Haydn ou un Mozart. Burns était plus d’à moitié musicien. Mais suivez un instant l’histoire de la jeunesse de Haydn, et voyez Burns mourir de misère et de l’eau-de-vie qu’il prenait pour oublier sa misère. Si Haydn n’eût pas rencontré dès son enfance trois ou quatre protecteurs riches et une institution puissante ( la pension des enfants de chœur de la cathédrale de Saint-Étienne), le plus grand harmoniste de l’Allemagne eût été un médiocre charron à Ilohran eu Hongrie. Le prince Esterhazy entend Haydn et le prend dans son Orchestre; c’est qu’un prince hongrois est un bien autre homme qu’un gros pair raisonnable des environs de I.ondres. Suivez les rapports du prince Esterhazy avec Haydn ', et rien ne vous étonnera plus dans la différence des destinées de Haydn et de Burns, pas même la fastueuse statue que l’on vient d’élever à Burns.
Voici déjà vingt ans qu’un vernis de la plus sale hypocrisie s’étend comme une sorte de lèpre sur les mœurs des deux peuples les plus civilisés du monde. Parmi nous, depuis le souspréfet jusqu’au ministre, chacun, tout en se croyant obligé à jouer la comédie pour les subalternes , se moque des jongleries de ses supérieurs*. Un homme qui aune pension de mille écus, n’admire la lithographie du coin qu’autant que l’auteur pense bien. Ainsi , s’il ne donne pas un faux vote dans le plus futile, des beaux-arts, à la première épuration, l’ami de la maison, qui fait de petits rapports sans orthographe sur l’esprit public, lui fera supprimer sa pension. Voilà une convenance de plus, celle