Biographie des HusùieuS, I. VU. p
NOTE DES ÉDITEURS
annuel de vingt mille francs, et d’être pensionné si, par des circonstances imprévues, ses fonctions venaient à cesser. Ces arrangements, si favorables au compositeur, avaient pour but de l’obliger à écrire pour l’Opéra ', mais ils lui laissaient la propriété de ses ouvrages et ne diminuaient nullement le produit qu’il devait en tirer. Si les choses fussent demeurées en cet état, Rossini aurait fait succéder à Guillaume Tell cinq ou six opéras; mais la révolution, qui précipita du trône Charles X et sa dynastie, au mois de juillet 1830, rompit les liens qui attachaient l’artiste au monarque, et le rendit à sa paresse, en le privant de son traitement. Dès lors, une discussion s’éleva pour la pension de six mille francs réclamée par Rossini. La révolution de juillet , disait-il, était certainement le moins prévu des événements qui devaient faire cesser ses fonctions; il demandait donc le dédommagement stipulé pour ce cas. De leur côté, les commissaires de la liquidation de la liste civile prétendaient assimiler son sort à celui des autres serviteurs de l’ancien roi, qui, privés de leurs emplois, avaient aussi perdu tous leurs droits ; mais le malin artiste avait obtenu, comme un titre d’honneur, que l’acte de ses engagements avec la cour fût signé par le roi lui-même, et par là avait rendu personnelles les obligations de Charles X envers lui; cette habile manoeuvre lui valut le gain de son procès.
« Pendant les cinq ou six années que durèrent les contestations à ce sujet, Rossini avait continué à résider à Paris. Par son influence, deux de ses amis avaient obtenu le privilège de l’Opéra italien ; ils l’avaient admis au partage des bénéfices considérables de cette entreprise, sous la seule condition de donner quelques soins au choix des opéras et des chanteurs, et d’assister aux dernières répétitions des ouvrages nouveaux. Depuis cette association, où tout était profit pour lui, Rossini s’était retiré dans un misérable logement situé dans les combles du Théâtre- Italien C’était là qu’allaient le trouver les premiers personnages du pays, et qu’il les faisait souvent attendre longtemps dans une antichambre; c’était pour aller le visiter dans ce chenil que l’exempereur du Brésil don Pedro, montait les degrés d'une sorte
1. Rossini devint en effet ü cette époqoe le conseiller intime, l'Ame de l'Opéra, alors dirigé par M. Lubbert. On peut, en consultant tes journaux et surtout les feuilles satiriques du temps, juger, d'après les plaisanteries dont il fut l'objet, de l’importance du rôle qu’on lui attribuait dans la direction de l’Académie royale de musique.