LVIII STENDHAL ET BOSSINI
jnusique ne conduit jamais qu'au récitatif obligé ; le chant, l'aria, est un air nouveau dont il faut avoir le sentiment. Or, ce sentiment est fort rare en France, au nord de la Loire. Il est fort commun à Toulouse et dans les Pyrénées. Rappelez-vous les petits polissons qui chantaient sous nos fenêtres, il Pierrefitte (route de Cauterets), et que vous fîtes monter. Toulouse..., etc. » Tout le livre est écrit avec cette nonchalance, souvent charmante, ce -dédain des phrases pompeuses et des lieux communs emphatiques. Beyle s'en explique résolument en commençant le chapitre xxxiii : « Si j'ai eu un soin constant, c'est de ne rien exagérer par le style -et d'éviter, avant tout, d'obtenir quelque effet par une suite de considérations et d'images d'une chaleur un peu forcée et qui font dire à la fin de la période : Voilà une belle page ! D'abord, entré fort tard dans le champ de la littérature, le ciel m'a tout à fait refusé le talent de parer une idée et d'exagérer avec grâce ; ensuite, il n'y a rien de pis que l'exagération dans les intérêts tendres de la vie. »
Comme un opéra de la jeunesse de Rossini, le livre de Beyle est une improvisation. Son canevas étant bien établi, il « brode » avec une habileté étonnante. Parfois, ses fils s'emmêlent et le dessin ji'apparait plus tr&s distinct, mais l'ordre se rétablit comme on croyait Touvrage irrémédiablement ^âté, et une fleur exquise, d'un coloris charmant et