Historique, BAIe
2. Voir leur célèbre tragédie de l'Expiation, par Mûlner, Je ne voudrais pas du héros Hugo, comte d'Ëridur, pour ea faire un caporal.
vient chercher un asile. Ce chœur réclamant des •effets d'harmonie, des oppositions de voix plutôt que de beaux chants, est magnifique.- On se souvient encore à Naples du duetto entre Ariodant, qui a la visière de son casque baissée, et sa mai* tresse, qui ne le reconnaît pas. Ariodant va se battre contre son propre frère pour essayer de sauver sa maîtresse ; il est sur le point de lui avouer tous ses soupçons, et de lui dire qu'il est Ariodant, quand la trompette sonne et l'appelle au combat. La situation, une des plus touchantes, peut -être, que puisse fournir la plus touchante des passions 4e l'homme, est tellement belle qu'il fallait qu'une musique * fût bien dure à l'oreille, fût bien peu musique, pour ne pas mettre des larmes dans tous les yeux. Celle-ci est un chef-d'œuvre.
Il est odieux de critiquer ce duetto en Italie ; tant les cœurs tendres l'ont pris sous leur protection. Je ne ferai qu'une réflexion : qu'eût-il été avec l'énergie de Cimarosa, ou la mélancoUe de Mozart ? Nous aurions eu une seconde scène de Sara, dans l'oratorio à* Abraham. Cette scène de Sara avec les pasteijirs, auxquels elle demande des nouvelles de son fils Isaac, qui est parti pour la montagne du sacrifice, est le chef-d'œuvre de Cimarosa dans le genre pathétique. Cela est supérieur aux plus beaux airs de Grétry et de Dalayrac.
Chaque année Mayer donnait deux ou trois opéras nouveaux, et était applaudi sur les premiers
théâtres. Comment ne pas se croire l'égal des grand» maîtres ? L'opéra de 1807, Adelaaia ed AleramOf parut supérieur à tout ce que le compositeur bavarois avait encore donné. La Rosa bianca e la Rosa rossa, sujet superbe tiré de l'histoire des guerres civiles d'Angleterre, eut un grand succès^ en 1812. Walter Scott n'avait pas encore révélé quelle quantité de subhme renferme, pour un peuple, l'histoire de ses guerres civiles de la fin du moyen^ ftge. Le ténor Bonoldi fit admirer, dans la Rosa bianca, une voix charmante.
Le premier allegro de l'ouverture de cet opéra montre dans quel abîme de trivialité tombe d'ordi-^ naire un compositeur allemand qui prétend trouver des chants gais.
La reconnaissance d'Enrico et de son ami Vanoldo est remplie d'une grâce naïve que n'a jamais rencontrée Rossini, parce qu'elle tient à l'absencede certaines qualités plus sublimes. Ce duo est de Paër.
Le même genre de mérite brille dans le fameux duetto È deserto il bosco irUorno. C'est le chefd'œuvre de Mayer, et ce serait un des chefs-d'œuvre de la musique, s'il y avait quelques traits de force vers la fin. Le poète a fourni au maestro une manière délicieuse, et vraiment digne de Métastase, d'excuser la trahison de Yanoldo envers son ami Enrico- Enrico en apprenant que son ami a cherché à plaire à celle qu'il aime, s'écrie :
Ahf chi pua mirarla in volto^ E non ardere d'amor l
Mayer a eu la bonne fortune de trouver une mélodie italienne pour exprimer cette idée charmante. Toutes les âmes tendres et douces plutôt qu'énergiques préféreront ce duetto, je n'en fais aucim doute, aux traits les plus vifs de Rossini et de Cima* rosa.
Dans le genre bouffe, Mayer a eu la grosse gaieté ^'un bonhomme sans esprit.
Gli Originali font plaisir lorsqu'on n'a pas entendu depuis longtemps de vraie musique italienne. <]'est la Mélomanie. Lorsque cet opéra parut (1799), il fit cruellement sentir l'absence de Cimarosa, retenu alors dans les prisons de Naples, et que le bruit public disait pendu. On se demandait :
quels airs délicieux dans le genre de
Sei moreUi e quatro baf,
•de
Mentr' io ero un nuMcalzone^ * Amicone del mio core^
Cimarosa n'eût-il pas faits sur un tel sujet ?
Le mélomane véritable, ridicule assez rare en France, où d'ordinaire il n'est qu'une prétention 4e la vanité, se trouve à chaque pas en Italie.
Lorsque j'étais en garnison à Brescia, l'on me fit faire la connaissance de l'homme du pays qui
était peut-être le plus sensible à la musique. It était fort doux et fort poli ; mais quand il se trouvait à un concert, et que la musique lui plaisait à un certain point, il ôtait ses souliers sans s'en aperce* voir. Ârrivait-on à un passage sublime, il ne manquait jamais de lancer ses souliers derrière lui sur les spectateurs. *
J'ai vu à Bologne le plus avare des hommesjeter ses écus à terre, et faire une mine de possédé, quand la musique lui plaisait au plus haut degré.
Le mélomane de Mayer ne fait que répéter sur la scène des actions que l'on voit tous les jours dans la salle. Du reste, la forme seule des regrets qu'inspirait l'absence de Cimarosa, indiquait que ce grand homme allait cesser d'être à la mode. S'il eût fait de nouveaux airs, au lieu de s'en laisser charmer avec naïveté, les amateurs eussent appelé la mémoire pour troubler l'empire de V imagination, on se fût rappelé mal à propos le souvenir des chefs-d'œuvre qui venaient, pendant vingt ans de suite, de charmer tous les cœurs.
Mayer est le maestro le plus savant de l'interrègne, comme il en est le plus fécond ; tout chez lui est correct. Vous pouvez examiner dans tous les sens les partitions de Medea^ de Cora^ d^Adelasia^ d^Elisay vous n'y trouverez pas une faute ; c'est la perfection désespérante de Despréaux : vous no savez pourquoi vous n'êtes pas plus ému. Passez à un opéra de Rossini, vous sentez tout à coup
l'air pur et frais des hautes Alpes ; vous vous -sentez respirer plus à l'aise ; on^ croit renaître ; vous aviez besoin de génie. Le jeune compositeur | ^tte à p lein e mains les idées nouvelles ; tant6t réussit, souvent il manque son objet. Tout est entas sé, tout est pêle-mêle, tout est négligenc e ; -c'est la profusion et Tinsouciance de la richess e gans bornes. On redit : Mayer est le compositeur le plus correct, Rossini est le grand artiste.
Je ne disconviendrai pas que Mayer n'ait huit ou dix morceaux qui, pendant trois ou quatre soirées, ont un faux air de génie ; par exemple le sestetto d^Elena *. Je me souviens que dans un temps aussi je trouvais que Dalayrac avait de jolies idées, quoique mal arrangées. Depuis, j'ai étudié un peu sérieusement Cimarosa, où j'ai retrouvé la plupart des jolies idées de Dalayrac : peut-être, si l'on étudiait Sacchini, Piccini, Buranello *, y trouverait-on une raison suffisante pour les éclairs de génie du bon Mayer. Seulement, comme l'Allemand a un grand talent, et qu'il est aussi savant que Dalayrac est écolier, il aura admirablement déguisé ses emprunts.
Le bon Mayer, volant un jour Cherubini à Venise, ne déguisait rien, et dit tout bonnement au copiste du théâtre : a Voilà la Faniska de Cherubini, vous aUez copier depuis telle page jusqu'à teUe autre. » C'était un morceau de vingt-sept pages, où il ne changea pas un bémol.
Mayer fut pour la musique ce que Johnson a été pour la prose anglaise ; il créa un genre emphatique et lourd, qui s'écartait beaucoup du beau naturel, mais qui cependant n'était pas sans mérite, surtout une fois qu'on avait pu s'y accoutumer. Cette emphase a été cause que la réputation de Mayer a été anéantie par Rossini en un clin r d'œil ; c'est le sort qui attend toutes les affectau lions dans les arts. Le beau n a turel paraît un j our,.
et l'on s'étonne d'avoir pu être dupe si longtemps.
' O g voit que nos classiqu esjont bien leurs raisons pour empêcher qu' on ne joue Shakespeare, et pour lancer contre lui la jeunesse libérale. Le jour où
., l'on jouera Mcmbeth, que deviendront nos tragédies
( modernes ?
Je crois qu'après Mayer, M. Paër, musicien né à Parme, malgré son nom allemand, est celui de tous les compositeurs de l'interrègne qui a eu le succès le plus européen. Cela tient peut-être à ce que M. Paër *, outre un talent incontestable et très remarquable, est un homme très fin, de beau* coup d'esprit, et fort agréable dans le monde. On dit qu'une des preuves les plus frappantes de cet esprit a été de tenir huit ans de suite Rossini caché aux Parisiens. Notez que s'il y eut jamais un homme fait pour plaire à des Français, c'est Rossini, Rossini le Voltaire de la musique.
Toutes les premières pièces de Rossini, jouées à Paris, ont été montées d'une manière ridicule.
n me souvient encore de la première représentation de Vltaliana in Algeri. Lorsque peu après l'on donna la Pietra del Paragone, on eut l'attention de supprimer les deux morceaux qui ont fait la fortune de ce chef-d'œuvre en Italie : l'air Eco pietosaj et le finale sigiUara. U n'est pas jusqu'au <^hœur délicieux du second acte de Tancrède^ chanté sur le pont, dans la forêt, par les chevaliers -de Syracuse, qu'on n'ait trouvé prudent de raccourcir de moitié.
Le jour même où je fais transcrire cette page, je vois que l'on fait chanter le grand rôle bouffe de Vltaliana in Algeri par mademoiselle Naldi.
Un des premiers ouvrages de M. Paër est VOro fa iuUo (1793). Son premier chef-d'œuvre est la Griaelda (1797). Â quoi bon parler de cet opéra qui a fait le tour de l'Europe ? Tout le monde •connaît l'air délicieux chanté par le ténor. Tout le monde admire Sargine (1803). Je mettrais volontiers ces deux opéras au-dessus de tout ce qu'a fait M. Paër. IJAgnese ne me paraît pas du même rang ; elle doit son succès européen à la facilité qu'il y a d'imiter d'une manière effrayante les fous, que personne ne se soucie d'aller étudier avec trop de détails dans les retraites affreuses où les place la pitié publique. L'ftme profondément ébranlée par le spectacle horrible d'un père devenu fou parce que sa fille l'a abandonné, s'ouvre facilement aux impressions de la musique. Galli, Pele-
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grini, Âmbrogetti, Zuchelli, ont été sublimes dans I le rôle du fou. Ce succès ne m'empêche pas de croire \ gue les beaux-arts ne doiv ent jamais s 'emparer ! de s sujets horribles . La charmante piété filiale de Cordelia me console de la folie de Lear (tragédie de Shakespeare) ; mais rien ne rend supportable pour moi l'état affreux où se trouve le père de VAgnese. La musique centuplant ma se nsibilité, me rend cette scène horrible tout à fait insupportable. UAgnese fait pour moi souvenir désagréable, et d'autant plus désagréable q ue le sujet estj)lu8 vrai. C'est comme la mort : on fera toujours peur aux hommes en leur parlant de la mort ; mais leur en parler sera touj ours une sottise ou un calcul \ de prêtre *. Puisque la mort est inévitable, oublions-la.
La CamiUa (1798), quoique devant en partie son succès à la mode de l'horreur qui, dans ce temps-là, nous valut les romans de madame Radcliffe, a cependant plus de mérite que VAgnese ; le sujet est moins horrible et plus tragique. Bassi *, l'un des premiers bouffes de l'Italie, était excellent dans le rôle du valet, lorsque, couché entre les jambes de son maître, et chantant fort pour le réveiller, il lui crie :
Signor, la vita è corta, Partiam per carità,
 tout moment dans cette pièce on trouve de la déclamation chantée, comme Gluck. C'est la
plus triste chose du monde, cela est dur ; or, dès qu'il n'y a pas douceur pour Foreille, il n'y a pas musique.
Madame Paër, femme du compositeur, et fort bonne cantatrice, s'est toujours acquittée, en Italie, du rôle de Camille ; elle y a eu les plus grands succès, et ces succès ont duré dix ans ; je ne vois guère aujourd'hui que madame Pasta qui pût jouer Camille avec talent. Ce talent amènerait-il la vogue ? Rossini nous a accoutumés à la surabondance des idées, * Mozart à leur profondeur ; il est peut-être bien tard pour la musique de Gluck.
Après MM. Mayer et Paër, les deux hommes célèbres de l'interrègne qui s'écoula entre Cimarosa et Rossini, il me reste à nommer quelques talents inférieurs. Je renvoie ces noms-là à l'appendice ^.