LA PIETRA DEL PARAGONE
Il me semble que c'est madame Marcolini qui fit engager (scritturare) ^ Rossini à Milan pour l'automne de 1812. Il fit, pour la Scala, la Pietra del Paragone. D avait vingt-un ans. Il eut le bonheur d'être chanté par la Marcolini^ et par Galli, Bonoldi,
1. La scriUura est une petite convention de deux pages, ordinairement imprimée, qui contient les obligations réciproques du maestro ou du chanteur, et celles de Vimpresario qui les engage (scriUura). Il y a beaucoup d'intrigues pour les scritture des premiers talents, cela est amusant ; je conseille au voyageur de voir de près cette diplomatie-là, il y a souvent plus d'esprit que dans l'autre. Là, comme pour la peinture, les coutumes du pays où l'art a pris naissance se confondent avec la théorie de cet art, et souvent expliquent plusieurs de ses procédés. Le génie de Rossini a presque toujours été influencé par la scrittura qu'il avait signée. Un prince qui lui eût fait une pension de trois mille francs l'aurait mis à même d'attendre le moment de l'inspiration pour écrire, et eût donné, pav ce simple moyen,, une physionomie nouvelle aux productions de son génie.
^t Parlamagni, à la fleur de leur talent, et qui tous eurent un succès fou. La bonté du public s'étendit jusqu'au pauvre Vasoli, ancien grenadier de l'armée •d'Egypte, presque aveugle, et chanteur du troisième ordre, qui se fit une réputation dans l'air du Missipipi.
La Pietra del Paragone est, suivant moi, le cbef-
No8 compositeurs français, MM« Auber, Boïeldieu, Berton, etc., écrivent un opéra tous les ans fort à leur aise ; Rossini, rappelant les beaux temps de la peinture, a écrit, pendant toute sa jeunesse, comme le Guide peignait, quatre ou cinq opéras par an, pour payer son hôte et sa blanchisseuse. J ai honte de descendre à des détails aussi vulgaires ; j'en demande pardon au lecteur ; mais enfin c'est une biographie que j'écris, et telle est la vérité. Le difficile dans tous les genres, c'est de lutter avec les malheurs qui ont quelque chose de bas et de commun, et qui repoussent ainsi le secours de l'imagination. C'est au milieu de telles circonstances qu<) Rossini a conservé la fraîcheur de son génie ; il est vrai ^ue, les mœurs de l'Italie actuelle n'étant qu'une suite et une conséquence des républiques du moyen ftge, la pauvreté n'y est pas avilissante, et avilissante comme en France, pays monarchique, où avant tout il faut parestre, comme dit si bien le baron de Fœneste *.
Une chose qui passe pour miraculeuse en Italie, c'est un imprésario qui ne fait pas banqueroute, et qui paie régulièrement ses chanteurs et son maestro. Quand on voit de près quels pauvres diables sont ces impresari, on a réellement pitié du pauvre maestro qui, pour vivre, est obligé d'attendre l'argent que ces gens mal vêtus doivent lui payer. La première idée qui se présente en voyant un imprésario italien, c'est que, dès qu'il verra vingt sequins ensemble, il achètera un habit et prendra la fuite avec les sequins.
* Roman très curieux d' Agrippa d'Aubigné, presque aussi intéressant que r Histoire de sa vie écrite jpar lui-même. Cette histoire peint Henri lY presque aussi bien que Quentin Durward nous représente Louis XI. J'y vois sur Henri IV des anecdotes que je n'ose citer. Ce roi fut un grand homme sans doute, mais non pas un grand homme à l'eau rose. Il y a des traits de ressemblance frappants entre Henri IV et Napoléon, entre certains passages de la vie de d'Aubigné et les Mémoires de Las Cases. Un feul mobUe est différent : Henri IV •aimait les femmes comme Napoléon les batailles.
VIB DE ROSSINI 113
d' œuvre de Rossini dans le genre bouffe. Je prie le lecteur de ne pas s'efFrayer à cette phrase admi* rative ; je me garderai bien de hasarder une ana* lyse comme celle de Vltaliana in Algeri : la Pietra del Paragone n'est pas connue à Paris ; des gens d'esprit ont eu de bonnes raisons pour ne la faire paraître que mutilée ; elle a manqué son e£Fet *, et pour toujours.
Le libretto est fort bien ; ce sont encore des situations fortes qui se succèdent avec une rapidité charmante, elles sont expliquées fort clairement^ en peu de mots, et très souvent ces mots sont comiques. Ces situations, quoiques vives et faisant un appel direct et puissant aux passions et aux goûts habituels de chaque personnage, ne s'écartent point de la vie réelle et des habitudes sociales de cette heureuse Italie, si fortunée par son cœur, si malheureuse par ses petits tyrans. Le chefd'œuvre du talent, en un tel pays, c'est que ces situations fortes, bien loin de montrer la vie sous un point de vue triste et qui n'a qu'un vernis de gaieté, comme V Intérieur dHun bureau ou le SoUici* teur ^, dont les héros me font pitié à la seconde fois que je les vois, ne réveillent pas même ime seule idée sombre ; mais c'est en vain que l'on cherche-
1. Je cite les seules véritables comédies de l'époque. La comédie, au Théâtre-Français, n'est plus qu'une ipUre sérieuse coupée en dialogues et abondante en morale. Voir la Fille d'honneur, les Deux Cousines, les Comédiens^ etc.
Rossiin. I. 8
rait, dans un libretto italien, ces mots spirituels qui étincellent dans les pièces du Gymnase, et font tant de plaisir à la première représentation et même à la seconde.
Cet opéra s'appelle la Pierre de touche^ parce qu'il s'agit d'un jeune homme, le comte Âsdrubal, qui vient d'hériter d'une fortune considérable, et qui tente une épreuve, qui essaie comme avec une pierre de touche le cœur des amis et même des maltresses qui lui sont arrivés en même temps que la fortune. Un homme vulgaire serait heureux du concert de flatteries et d'égards qui environne le comte Âsdrubal ; tout lui rit excepté son propre cœur : il aime la marquise Clarice, jeune veuve qui, avec une trentaine d'autres amis, est venue passer le temps de la çïUegicUura dans son palais, situé au milieu de la forêt de Viterbe, dans le voisinage de Rome ; mais peut-être Clarice n'aime en lui que sa brillante fortune et son grand état de maison.
Tous les voyageurs se rappelleront la forêt de Viterbe et ses aspects délicieux. C'est de là que Claude Lorrain et Guaspre Poussin ont tiré tant de beaux paysages. Ces sites charmants sont tout à fait d'accord avec les passions qui agitent les habitants du château. Le comte Âsdrubal a un ami intime, jeune poète sans vanité académique, sans affectation, mais non pas sans amour. Joconde, c'est le nom du jeune enthousiaste, aime aussi la marquise Clarice. Il soupçonne qu'on lui préfère
Asdrubal. Clarice, de son côté, pense que, si elle laisse paraître sa passion pour Âsdrubal, il pourra croire, même en acceptant sa main, qu'elle a été bien aise de partager une grande fortune et une belle existence dans le monde.
Parmi la foule de parasites et de flatteurs de toutes les espèces qui abondent au château du comte, le poète a placé sur le premier plan don Marforio, le journaliste du pays. En France, ce sont les premiers hommes de la nation ^ qui se chargent du soin de nous parler tous les matins ; c'est tout le contraire en Italie. Ce don Marforio, intrigant, poltron, varUardy méchant, mais non pas sot, se charge du soin de nous faire rire, de concert avec un don Pacuvio, nouvelliste acharné, qui a toujours un secret d'importance à confier à tout le monde. Ce ridicule, presque impossible en France à cause de la demi-liberté de la presse dont nous jouissons, se trouve à chaque pas en Italie, où leà gazettes sont archicensurées et où les gouvernements ne se font pas faute de faire jeter en prison douze ou quinze indiscrets qui ont redit une nouvelle dans un café, et ne les lâchent que lorsque chacun a confessé de qui il tient la nouvelle fatale, et qui souvent est un conte à dormir debout.
Don Pacuvio et don Marforio, le nouvelliste
1. MM. Jouy, de La Mennais, Etienne, le vicomte de Chateaubriand, Benjamin Constant, de Bonald, de Pradt, le comte de Marcellus, Mignet, Buchon, Fiévée, etc.. etc.
et le journaliste de Romey ont pour faire la conver* sation avec eux, dans le chftteau d'Asdrubal, deux jeunes parentes du comte, qui ne seraient pas fftchées de l'épouser. Elles emploient pour y parvenir tous les petits moyens d'usage en pareille occurrence, et don Marforio est leur conseiller intime.
Au lever de la toile, tous ces caractères sont mis en jeu d'une manière aussi vive que pittoresque par un chœur superbe ; don Pacuvio, le nouvelliste assommant, veut absolument communiquer une nouvelle de la dernière importance aux amis du comte, et même aux deux jeunes femmes qui prétendent à sa main. Le nouvelliste est fort mal reçu et finit par mettre tout le monde en fuite ; il poursuit ses victimes.
Joconde, le jeune poète passionné, et don Marforio, le journaliste, paraissent et chantent ensemble un duo littéraire, et qui, comme on le pense bien, n'en est pas moins vif pour cela, a J'anéantis mille poètes par un seul coup de mon journal, » dit le folliculaire :
MiUe vali al suolo io atendo Con un colpo di giornale,
a Faites-moi la cour, et vous aurez de la gloire. — Je la mépriserais à ce prix I s'écrie le jeune poète. Que peut-il y avoir de commun entre un journal et moi ? » Ce duetto est extrêmement piquant, et il fallait Rossini pour le faire. On y admire de
la légèreté, du feu, de l'esprit et une absence totale de passion. Le malin journaliste, trouvant Jocondeinattaquable par la vanité, le quitte en lui lançant un mot piquant sur son amour malheureux pour Clarice : « Il y a bien de la grandeur d'ftme, lui dit-il, mais il y a rarement du succès à lutter contre des millions, avec un cœur bien épris pour tout avantage. » Cette triste vérité navre le jeune poète ; ils sortent tous les deux, et cette aimable Clarice, dont on a tant parlé, parait enfin ; elle chante la cavatine :
Eco pietoaa tu sei la sola,
aussi célèbre en Italie que Tair de Tancrède, mais que les prudents directeurs de notre 0péra-6u£Fa ont eu l'esprit de supprimer.
On sent combien il est dans les moyens de la musique de peindre un amour sans espoir, et avec lequel les scènes précédentes nous ont fait faire une connaissance intime. II s'agit d'un amour non plus contrarié par l'obstacle vulgaire d'un père o\l d'un tuteur, mais par la crainte, bien autrement cruelle, de paraître aux yeux de ce qu'on aime n'avoir qu'une ftme vile et commune. Les connaisseurs trouvent que cette di£Férence est immense.
Eco pieiosa (dit Clarice) tu sei la sola Che mi consola nd mio dolor K
1. Écho, nymphe aimable» comme moi malheureuse^ tu es la seule qui daignes me consoler dans ma douleur.
Rottiifi. I. 8.
En e£Fet, où trouver une confidente dans la situation de Clarice ? il n'en est plus pour les ftmes un peu élevées. Toutes les amies possibles auraient dit à Clarice : Épousez, épousez bien vite, n'importe par quel moyen, et vous serez aimée ensuite si vous pouvez.
Pendant que Clarice chante, le comte, qui se trouve dans un bosquet voisin, s'avise de faire l'écho * ; c'est une idée folle et hors de son système
à laquelle il n'a pas la force de résister. Quand Cla-
rice dit :
Quel dirmi, o diOt ^^n I' amo^
ie comte répond : amo. Voilà une nuance que Rossini n'avait pas dans l'air de Tancrède ; qu'on juge de l'e£Fet qu'une situation aussi bien faite pour l'opéra et les douces illusions de la musique aurait produit à Paris ! C'est bien là ce qu'ont senti nos diredeurs prudents.
Clarice a un instant de bonheur, mais l'aveu de la tendresse du comte n'a été que passager ; elle le rencontre un moment après, il est aussi gai, aussi aimable, mais aussi froidement poli que jamais, n médite sa grande épreuve ; on le voit doxmer les dernières instructions à l'intendant qui doit le seconder. Il s'est aperçu de l'amour malheureux <ie Joconde pour Clarice, et il est bien aise de voir par lui-même comment ira en son absence le malheur -de son ami. Le comte disparaît enfin pour revenir
VIE DE ROSSINI lld*
bientôt après déguisé en Turc. Le Turc a fait présenter par huissier à l'intendant une lettre de change en très bonne formCi signée par le père du comte Asdrubal, et dont le montant, deux millions, absorbera la plus grande partie de la fortune du comte. L'intendant ne manque pas de reconnaître véritable et valable la signature du père de son maître, et tout le monde croit celui-ci ruiné. H paraît enfin sous son costume de Turc et vient commencer le plus beau finale bouffe que Rossini ait jamais écrit.
SigïUara est le mot barbare et à moitié italien avec lequel Galli, déguisé en Turc, répond à toutes les objections qu'on peut lui faire. Il veut mettre les scellés partout. Ce mot baroque, sans cesse répété par le Turc, et dans tous les tons, puisqu'il; fait sa réponse à tout ce qu'on peut lui dire, fit une telle impression à Milan, sur ce peuple né pour le beauj qu'il fit changer le nom de la pièce. Si vous parlez de la PUtra del Paragone en Lom-^ hardie, personne ne vous entend ; il faut dire il SigiUara.
C'est ce finale qu'on a supprimé à Paris.
La réplique du Turc au journaliste, qui veut s'opposer à ce que les huissiers mettent les scellés sur sa chambre et ses papiers, est célèbre en Italie,, par le rire inextinguible qu'elle fit naître dans le temps.
D, Marforio. — Mi far eritica giornaU
Che Q9€T jama in ogni loco. Il Turco. — Ti laaciar al men pv poco Il bon êenso a reêpirar K
L'e£Fet du finale Sigillara fut délicieux pour le public ; cet opéra créa à la Scala une époque d'enthousiasme et de joie ; on accourait en foule à Milan •de Parme, de Plaisance, de Bergame, de Brescia et de toutes les villes à vingt lieues à la ronde. Rossini fut le premier personnage du pays ; on s'empressait pour le voir. L'amour se chargea de le récompenser. A la vue de tant de gloire, la plus jolie peut-être des jolies femmes * de la Lom* hardie, jusque-là fidèle à tous ses devoirs, et qu'on citait en exemple aux jeunes femmes, ouhlia ce qu'elle devait à sa gloire, à son palais, à son mari^ et enleva publiquement Rossini à la Marcolini *. Rossini fit de sa jeune maîtresse la première musicienne peut-être de l'Italie ; c'est à côté d'elle, sur son piano, et à sa maison de campagne de B* ***, <{u'il a composé la plupart des airs et des cantilènes qui, plus tard, ont fait le succès de ses trente chefsd'œuvre.
Tout respirait alors le honheur en Lombardie. Milan, capitale brillante d'un nouveau royaume, où le taux de la sottise exigée par le roi était moins
1. Je fais un journal parfait, qu'on recherche en tous lieux ; vous voulez l'interrompre ? — Ainsi du moins, pour •quelques instants le bon sens pourra respirer.
élevé que dans tous les états voisins, réunissait tous les genres d'activité, tous les moyens de taire fortune et d'avoir des plaisirs ; or, pour un pays •comme pour un individu, ce n'est pas tant d'être riche qui fait le bonheur, c'est de le devenir. Les mœurs nouvelles de Milan avaient une vigueur inconnue depuis le moyen ftge \ et cependant nulle affectation, nulle pruderie, nul enthousiasme aveugle pour Napoléon ; on ne lui donnait de la flatterie basse qu'autant qu'il la payait bien et argent comptant.
Ce bonheur de la Lombardie, en 1813, était d'autant plus touchant qu'il allait finir. Je ne sais quel vague pressentiment faisait déjà prêter l'oreille aux coups du canon qu'on entendait dans le nord. Pendant le succès fou de la Pietra del Paragone, nos armées fuyaient sur le Borysthène et le d... u... ♦ s'avançait à grands pas.
Quelle que soit l'indifférence habituelle et peutêtre un peu jouée de Rossini, il ne peut s'empêcher quelquefois de parler avec l'accent de l'enthousiasme, si rare chez lui, de cette belle époque de sa jeunesse où il fut heureux en même temps que tout un peuple qui, après trois cents ans d'éteignoir, «'élançait au bonheur.
Le second acte de la Pietra del Paragone s'ouvre
1. Bulletins de l'année d'Espagne, les généraux Bev* Aoletti, Zucchi, Schiassetti, eto. ; le comte Prina, ministre ; le peintre Appiani, le poète Monti, etc., etc.
par un quartette unique dans les œuvres de Rossini;il exprime parfaitement le ton et le charme d'uneconversation aimable entre gens qui ont des sentiments vifs, mais qui cependant ne se livrent pasactuellement au bonheur d*en parler.
Vient ensuite un duel comique entre don Marforio, le journaliste, qui a eu Tinsolence de parler d'amour à Clarice, et Joconde, le jeune poète, qui l'adore sans en être aimé et qui prétend la venger.
Le journaliste, poussé à bout, s'écrie :
Duré ben di voi nel mio giornale, — Poteniissimi dei I sarehbe queata Una ragion più forte Par ammazzarti suhiio K
Ce duel se complique par l'arrivée du comte^ qui prétend aussi se faire rendre raison d'un article insolent que le journaliste a fait sur ses malheurs. Le grand terzetto qui résulte de cette situation peut soutenir la comparaison avec le célèbre duel des Nemici generosi de Cimarosa ; la différence entre les deux maestri est toujours celle de la passion à l'esprit.
La plaisanterie forcée du journaliste poltron, qui. voudrait bien terminer l'affaire à l'amiable :
1. Don Marforio. — Eh bien 1 laissez-moi faire, je vousarrangerai de la gloire dans mon journal.
Joconde. — Dieux immortels ! Voilà une nouvelle raisoai pour t'expédier sans délai. «
Con qud che resta uccUo lo poi mi hcMerô,
«8t délicieuse en musique.
Le chant :
Ecco i aoliti êoluti,
pendant que les deux amis, qui ont pris les épées apportées sur des plats d'argent par deux laquais en grande livrée, font les saints d'usage dans les salles d'armes, est parfait. Les idées qu'il réveiUe ont juste le degré de sérieux nécessaire pour tromper •un honmie d'esprit rendu bête par la peur.
Ce terzetto, délicieux partout, eut un succès fou -en Italie, où, presque dans chaque ville, il faisait plaifanterie ad hominem contre le journaliste officiel qui, malgré ses hautes protections, voit toujours fondre sur lui de temps à autre quelquesuns de ces orages de coups de bâton dont Scapin se moque. Â Milan, où tout le monde se connaît, le succès fut plus fou qu'aiUeurs ; l'acteur qui jouait -don Marforio s'était procuré un habit complet que toute la ville avait vu porter par le journaliste protégé de la police.
La Pietra del Paragone finit par un grand air comme Vltaliana in AlgerL La Marcolini voulut paraître sous des habits d'homme, et Rossini fit arranger par le poète que Clarice se déguiserait en capitaine de hussards, toujours pour arracher au -comte l'aveu de son amour.
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Personne à Milan, pas même le journaliste plai> santé, ne s'avisa de trouver absurde qu'une jeune dame romaine, de la première distinction, s'amusât à prendre l'uniforme de capitaine de hussards et eût l'idée de venir saluer le public le sabre à la main, à la tête de sa troupe. Si la Marcolini l'avait exigé, Rossini l'eût fait chanter à cheval. L'air est fort beau ; mais ce n'est qu'un grand air de bra» voure ; et au moment où l'intérêt devrait être leplus vif, la passion manque, l'imagination ne sait plus où se prendre pour être électrisée, et l'on finit pauvrement par applaudir des roulades comme dansun concert.
A Milan, Rossini vola l'idée de ses crescendo *,. depuis si célèbres, à un compositeur nommé Joseph Mosca, qui se mit dans une grande colère^