‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilettante;Chapitre 59 sur 87 · Tu regere imperio populos. Romane, mémento · texte numérisé non relu

Tu regere imperio populos. Romane, mémento

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2. Sonnet de... à Reggio. Vision de Prina, Milan^ 1816» Poèmes de Buratti, à Venise.

VIE DE ROBSINI 145

l'espion ne calomnie pas. Le préfet de police vous fait appeler et vous dit gravement : « Vous déclarez la guerre au gouvernement de mon maître, vous vous permettez de parler, petcano in quel che

Réciter le sonnet satirique à la mode est au contraire un péché dont tout le monde se rend coupable, et dont tout le monde peut être accusé calomnieusèment ; cela ne passe pas la portée connue de l'espion.

Nous avons laissé Rossini faisant répéter son opéra à un mauvais piano, dans le ridotto de quelque petit théâtre d'une ville du troisième ordre, comme Pavie ou Imola. Si cette petite salle obscure est le sanctuaire du génie musical et de t'enthousiasme des arts sans forfanterie et sans nulle idée au monde de comédie, en revanche aussi, toutes les prétentions et les disputes les plus grotesques de l'amourpropre le plus incroyable et le plus naïf s'étalent à l'envi autour de ce méchant piano. Quelquefois il y périt ; on le brise à coups de poing, et l'on finit par s'en jeter les morceaux k la tète. Je conseille k tout voyageur en Italie, sensible aux arts, de se donner ce spectacle. Cet intérieur de la troupe fait la conversation de toute la ville, qui attend son plaisir ou son ennui, pendant le mois le plus brillant de l'année, de la réussite ou de la chute

i. Hn adminiitréi ptehent dei idéei dana ce que tous dite*. Cb reproche ett bi«t«rique, 1819.

de l'opéra nouveau. Une petite ville, dans cet état d'ivresse, oublie Texistence du reste du monde ; c'est durant ces incertitudes que l'imprésario joue un rôle admirable pour son amour-propre, et qu'il est à la lettre le premier homme du pays. J'ai vu des banquiers avares ne pas regretter d'avoir acheté ce rôle flatteur par la perte de quinze cents louis. Le poète Sografi a fait un acte charmant sur les aventures et les prétentions d'une troupe d'opéra, n y a le rôle d'un ténor allemand qui n'entend pas un mot d'italien, qui est à mourir de rire. Cela est digne de Regnard ou de Shakespeare. La vérité est si outrée, c'est une si drôle de chose que des chanteurs italiens disputant sur les intérêts de leur gloire, enivrés qu'ils sont par les accents divins d'une musique passionnée, que l'embarras du poète a été de diminuer, d'affaiblir des trois quarts, et de ramener aux limites du vraisemblable, la vérité et la nature, bien loin de les charger. La vérité la plus vraie eût paru comme une caricature dépourvue de toute vraisemblance.

Marchesi (fameux soprano de Milan) ne voulait plus chanter, dans les dernières années de sa carrière théâtrale, à moins qu'au commencement de l'opéra sa première entrée n'eût lieu à cheval, ou du haut d'une colline. Dans tous les cas, le bouquet de plumes blanches qui se balançait sur son casque devait avoir au moins six pieds de haut.

Crivelli, encore aujourd'hui, refuse de chanter

son premier air, s'il n'y trouve pas la parole feUce ognora^ sur laquelle il lui est commode de faire des roulades.

Mais revenons à la ville d'Italie que nous avons laissée dans l'anxiété, et l'on peut dire dans l'agitation qui précède le jour de la première représentation de son opéra.

Cette soirée décisive arrive enfin. Le maestro se place au piano ; la salle est aussi pleine qu'elle puisse l'être. On est accouru de vingt milles à la ronde. Les curieux campent dans leurs calèches au milieu des rues ; toutes les auberges sont combles dès la veille et l'on y est d'une insolence rare. Toutes les occupations ont cessé. Au moment de la représentation, la ville a l'air d'un désert. Toutes les passions, toutes les incertitudes, toute la vie d'une population entière est concentrée dans la salle.

L'ouverture commence : on entendrait voler une mouche. EUle finit, et là éclate un vacarme épouvantable. Elle est portée aux nues, ou sifilée ou plutôt hurlée sans miséricorde. Ce n'est plus, comme à Paris, des vanités inquiètes, interrogeant de l'œil la vanité du voisin ^ ; ce sont des énergumènes cherchant, à force de hurlements, de trépignements, de coups de cannes contre le dossier des banquettes, à faire triompher leur manière de

1. Toutes les premières représentations sont froides à LouYois.

sentir^ et surtout voulant prouver qtt*elle est la seule bonne ; car il n*y a rien au monde d'intoléraat c omme Thomme sensible. Dès que vous voyez dans les arts un h omme modéré et raisonnable^ »arle z-luibien vite d'économie politique ou d'his * toire, il sera ma gistrat distingué, bon médecin, bon mari, excellent aca d émicien, tout ce que vdus voudrez enfin, excepté un homme fait pour sentir la musique ou la peinture.

A chaque air de l'opéra nouveau, après un silence parfait, recommence le vacarme épouvantable : le mugissement d'une mer en courroux ne vous en donnerait qu'une idée peu exacte.

On entend juger distinctement le chanteur et le compositeur. On crie : braç^o Davide^ brava Pisaroni ; ou bien toute la salle retentit des cris : braç^o maestro I Rossini se lève de sa place au piano, sa belle figure prend l'expression de la gravité, chose rare chez lui ; il fait trois saluts, est couvert d'applaudissements, assourdi de cris singuliers ; on lui crie des phrases entières de louanges : ensuite l'on passe à un autre morceau.

Rossini paraît au piano durant les trois premières représentations de son opéra nouveau ; après quoi, il reçoit ses soixante-dix sequins (huit cents francs), prend part à un grand dîner d'adieu qui lui est donné par ses nouveaux amis, c'est-à-dire par toute la ville, et part en voiturin, avec un portemanteau beaucoup plus rempli de papiers de

musique que d'effets, pour aller recommencer le même rôle, à quarante milles de là, dans une viUevoisine. Ordinairement, il écrit à sa mère le soir de la première représentation, et lui envoie, pour elle et pour son vieux père, les deux tiers de la petite somme qu'il a reçue. Il part avec huit ou dix sequins, mais le plus gai des hommes, et, cheminfaisant, ne manque pas de mystifier quelque sot si le hasard lui fait la grftce de lui en envoyer. Une fois, comme il se rendait en voiturin d' Ancône à Reggio, il se donna pour un mattre de musique ennemi^ mortel de Rossini, et passa tout le temps du voyage à faire chanter de la musique exécrable, qu'il composait à l'instant, sur les paroles connues de ses airs les plus célèbres, musique qu'il faisait bafouer comme étant celle des prétendus chefsd'œuvre de cet animal nommé Rossini, que les gens de mauvais goût avaient la sottise de porter aux nues *. Il n'y a nulle fatuité à lui de mettre ainsi le discours sur la musique ; en Italie, c'est la conversation la plus à la mode ; et après un mot sur Napoléon, c'est toujours le propos auquel onJ revient.

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