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que la plus petite épinette suffit pour démentir.
Mais si vous aviez passé quatre ans à chercher des diamants dans une mine obscure, ne seriez* vous pas disposé à prendre pour des diamants su» perbes, et d'une aussi belle eau que le Régent, des morceaux de verre que des charlatans adroits vous feraient entrevoir au fond des sombres galeries de cette mine ? L'orgueil naturel à l'homme pervertit en ce cas l'organe de la vue. Il faudrait une rare grandeur d'ftme pour avouer qu'on a perdu quatre ans, et que l'on n'a jamais vu bien distinctement ce que des charlatans ou des professeurs de Conservatoire vous ont présenté à chaque journée de ces quatre ans, en vous disant : Ne inn/ez^voua pas bien clairement que tel accord est incompatible a^ee tel autre ? et en vous liant à chaque fois par votre assentiment.
En compliquant les accompagnements, on dimi« nue la liberté du chanteur ; il ne lui est plus possible de songer à divers agréments qu'il lui eût été loisible de faire s'il y avait eu un moindre nombre d'accords dans l'accompagnement. Avec des accompagnements à l'allemande, le chanteur qui hasarde des agréments court risque à chaque instant de sortir de l'harmonie.
Après Tancrède^ Rossini est devenu toujours plus compliqué.
n a imité Haydn et Mozart, comme Raphaël, quelques années après être sorti de l'école du
Pérugiiiy se mit à chercher la force sur les traces de Michel-Ange. Au lieu d'ofiFrir aux hommes de la grâce et des plaisirs, il entreprit de leur faire peur.
L'orchestre de Rossini a fait tort de plus en plus au chant de ses acteurs. Toutefois ses accompagnements pèchent plut6t par la quantité que par la qualùêy comme ceux des Allemands : j'entends que les accompagnements allemands 6tent toute liberté au chanteur, Pempéchent de faire les ornements que son génie lui aurait inspirés. Un Davide, par exemple, est impossible avec une istrumentazione allemande. Elle taquine la mélodie, comme disait Grétry ; elle défend impérieusement au chanteur de se prévaloir de tous les moyens d'expression de son art. (Les couleurs qui chargent la palette de Davide sont les ornements et les fioriture de tous les genres.)
Cette difiPérence dans la nature des accompagnements, en apparence égalemerU bruyants, distingue encore l'école allemande de l'école d'Italie^.
Aujourd'hui un compositeur pourrait battre Rossini et le faire oublier, en écrivant dans le style de Tancrède, bien différent du style de
1. Dans vingt ans d'ici, le public de Parâ ayant fait d'immenses progrès en musique et en non-affectation, tout ce que je viens de dire paraîtra suranné, et l'on osera pénétrer bien plus avant. M. Massimino sera l'un des principaux auteurs de cette révolution. Sa manière d'enseigner est digne de toutes sortes d'éloges. Voir la brochure de M. Imbimbo. *
Moaèf d^Elisabetta^ de MaomettOy de la Gazza ladra. Nous .verrons plus tard quelques anecdotes relatives à la cour de Naples, qui ont forcé Rossini à changer de style. Je ne pense pas que ce grand artiste donnftt d'autres raisons de son changement, si par extraordinaire il voulait une fois en sa vie parler de musique d'im ton sérieux. Il pourrait alléguer cependant que plusieurs de ses derniers opéras ont été écrits pour des salles immenses et fort bruyantes. Â San Carlo et à la Scala, trois mille cinq cents spectateurs sont placés commodément. Le parterre lui-même est assis fort à Taise sur de larges banquettes à dossier que l'on renouvelle tous les deux ans. Souvent aussi Rossini a dû écrire pour des voix fatiguées. S'il les eût laissées acoperUj chantant seules, avec peu d'accompagnements, ou s'il leur eût donné à exécuter des chants larges et soutenus (spianati e sostenuii)^ îl aurait eu à craindre que les fautes de chant ne fussent trop évidentes, trop distinctement entendues, et fatales au maestro comme au chanteur. Un jour qu'on lui reprochait à Venise l'absence de beaux chants bien développés sur des mesures lentes : a Dunque non sapete per che cani io scrwo ? répondit-il. Donnezmoi des Crivelli, et vous verrez. » Il est à peu près convenu que pour les grandes salles il faut multiplier les morceaux d'ensemble. La Gazza ladrc^ écrite pour l'immense salle de la Scala, paraît d'im effet plus dur qu'elle ne l'est réellement, jouée dans
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une petite salle fort silencieuse comme Louvois^ et par un orchestre qui méprise les nuances et regarde le piano comme un signe de faiblesse ^.
1. En parlant avec la généralité que l'on trouve dans ce chapitre, je sais bien que je prête le flanc à la critique de mauvaise foi. Pour lui ôter l'arme de la plaisanterie, et rendre tes attaques réellement difficiles, il aurait fallu augmenter de cinquante pages de phrases incidentes et explicative» ce chapitre, déjà peut-être assez ennuyeux : c'est ce que je décline de faire ; et, avec une vertu vraiment romaine», je m'immole pour le salut de mon lecteur.