‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilettante;Chapitre 72 sur 87 · Alfierij Vita, figure de Louis XV · texte numérisé non relu

Alfierij Vita, figure de Louis XV

>ciles. Cependant, pour la compositioni ils parurent tomber un peu dans le lieu commun, et n*être pas •à la hauteur du reste de l'opéra.

Leicester est mis en prison et condamné à mort par les cours de justice du pays. Quelques moments avant l'exécution, Elisabeth ne peut résister à ridée de ne plus revoir le seul homme qui ait pu faire pénétrer un sentiment tendre dans un cœur •dévoué à l'ambition et aux sombres jouissances du pouvoir. Elle parait dans la prison de Leicester. Le traître Norfolk y était avant elle, et à son arrivée se cache derrière un pilier de la prison. Les deux amants ont une explication. Ils reconnaissent que Norfolk a voulu perdre Leicester. Norfolk, qui se ^oit découvert et sans espoir de pardon, se précipite sur Elisabeth, un poignard à la main. Mathilde, la jeune épouse de Leicester, qui venait lui dire un dernier adieu, est assez heureuse pour sauver la reine par un cri qui l'avertit du danger.

Elisabeth, déjà à demi vaincue par sa conversation avec Leicester, pardonne aux amants, et Rossini prend sa revanche des deiix airs, peut-être un peu faibles, qui précèdent, par l'un des plus magnifiques finales qu'il ait peut-être jamais écrits.

Le cri de la reine,

BeiV aime generose,

porta jusqu'à la folie l'enthousiasme du public. I4ous fûmes plus de quinze représentations avant

•de pouvoir porter un œil critique sur ce morceau superbe ♦.

Elisabeth pardonne à Leicester et à Mathilde ; ^oici ses paroles :

BdV aime generoae, A questo êen venUe ; ViveUy ormai gioiie, Siate felUi ognor K

Quand enfin nous eûmes assez de sang-froid pour •examiner, nous trouvâmes que ce chant était doux et tranquille comme le calme après la tempête. Du reste, Rossini a réuni, je crois, tous les défauts ^e son style dans ces vingt ou trente mesures. Le <ïhant principal est étouffé sous un déluge d'ornements déplacés et de roulades qui ont l'air d'être écrites pour des instruments à vent, et non pour <une voix humaine.

Mais il faut être juste, Rossini arrivait à Naples ; il voulait réussir, il dut s'attacher à plaire à la prima donna qui gouvernait entièrement le directeur Barbaja. Or, mademoiselle Colbran n'a jamais eu de pathétique dans son talent ; il a été magnifique comme sa personne ; c'était une reine, c'était Elisabeth, mais c'était Elisabeth donnant des ordres du haut d'un trône, et non pas pardonnant avec générosité.

1. Ames nobles et généreuses, approchez-Toui de moi : vivez, soyez heureuses désormais ; goûtez un bonheur dont je serai la source.

Quand le génie de Rossini Teût porté au pathétique, ce que je suis loin d*accorder| il eût dû s'en abstenir à cause de la voix de la célèbre cantatrice à laquelle il confiait le rôle d'Elisabeth.

Dans le morceau : BelT aime generosBy Rossini^ par un artifice fort simple, rassembla tous les agréments, de quelque espèce qu'ils fussent, que mademoiselle Golbran exécutait bien. Nous eûmes comme un inventaire en nature de tous les moyens quelconques de cette belle voix, et l'on va juger de ce que peut en musique la perfection de l'exécution. Ces agréments étaient faits avec une telle supériorité, que, malgré l'absurdité flagrante, il ne nous fallut pas moins de quinze ou vingt représentations pour que nous pussions nous apercevoir qu'Os étaient déplacés.

Rossini, qui ne reste jamais court, répondait à nos critiques : « ÉUsabeth est reine même en pardonnant. Dans un cœur si altier, le pardon le plus généreux en apparence n'est encore qu'un acte de politique. Quelle est la femme, même sans être reine» qui puisse pardonner l'injure de se voir préférer une autre femme ? »

Alors les vieux dilettanti se fâchaient : c Toute

c votre musique pèche par l'absence du pathé-

*« tique, disaient-ils ; elle n'est que magnifique,

a comme le talent de votre première chanteuse.

c Elle devait être profondément tendre * dans le

« r Aie de Mathflde, et vous n*avez que le commence* « ment du terzetto.

Pensa che êol per poco^

« qid encore est plutôt simple comme un nocturne, que « tendre comme un air de passion ; mais il repose « l'ftme de la magnificence de tout ce qui l'entoure, « et il doit au contraste les quatre cinquièmes du « plaisir qu'il nous fait. Avouez franchement que « vous avez toujours sacrifié l'expression et la situa- « tion dramatique aux broderies de la Golbran. » — « J'ai sacrifié au succès, » répondit Rossini avec une sorte de fierté qui lui allait à merveille. L'aimable archevêque de T... ^ vint à son secours. À Rome, s'écria-t-il, Scipion, accusé devant le peuple, dit pour toute réponse à ses ennemis : a Romains, il y a dix ans qu'à pareil jour je détruisis Carthage ; allons au Gapitole rendre grftces aux dieux immortels. »

n est sûr que l'effet d^Elisabeth fut prodigieux. Quoique fort inférieur à OteUo^ par exemple, il y a dans cet opéra bien des choses d'une fraîcheur délicieuse et entraînante.

Aujourd'hui, de sang-froid, j'y blftmerais l'emploi de deux ténors pour les rôles de Norfolk et de Leicester. Rossini aurait répondu à ce reproche : ce J'avais ces deux ténors, et je n'avais pas de voix « de basse pour le rôle du traître Norfolk. » La vérité est qu'avant Rossini on ne donnait jamais

des rôles importants aux voix de basse dans l'opéra séria. Ce maestro est le premier qui ait écrit, pour ces sortes de voix, des parties difficiles dans les opéras de mezxo ccwaUerey tels que la Cenereniola, la Gazza ladra, Toivaldo e DorUskOj etc. ; et Ton peut dire que c'est sa musique qui a tait naître les Lablache, les Zuchelli, les Galli, les Remorini, les. Ambrosi.

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