CHAPITRE XV
TORVALDO B DORLI8KÀ.
Après l'éclatant succès de VEUsabeth^ Rossini fut appelé à Rome pour le carnaval de 1816 ; il y composa, au théâtre Valle, un opéra semi*serio assez médiocre, Torvàldo e DorUska ; et, au théâtre Argentina, son chef-d'œuvre du Barbier de Sigillé. Rossini écrivit Ton^aldo pour les deux premières basses d'Italie, Galli et Remorini ; en 1816, Lablache et Zuchelli étaient encore peu connus. Il eut pour ténor Domenico Donzelli, alors excellent et surtout plein de feu.
n y a un cri de passion dans le grand air de Dorliska.
Ah! TmvaJUiol Dwe êeii
qui, lorsqu'il est chanté avec hardiesse et abandon, produit toujours beaucoup d'effet. Le reste de cet
air, un terzetto entre le tyran, l'amant et un portier bouffon :
Ah I quai raggio di spêransa !
et Ton peut dire tout l'opéra, ferait la réputation d'un maestro ordinaire, mais n'ajoute rien à celle de Rossini *• C'est comme un mauvais roman de Walter Scott, le rival du maestro de Pesaro en célébrité européenne. Certainement un inconnu, qui aurait fait le Pirate ou VAbbé, serait sorti à l'instant des rangs vulgaires de la littérature. Ce qui distingue le grand maître, c'est la hardiesse du trait, la négligence des détails, le grandiose de la
f touche ; il sait économiser l'attention pour la lancer tout entière sur ce qui est important. Walter Scott répète le même mot trois fois dans une phrase, comme Rossini le même trait de mélodie, exécuté successivement par la clarinette, le violon et le hautbois.
J'aime mieux une ébauche du Corrège, qu'un grand tableau fort soigné de Charles Lebrun, ou de tel de nos grands peintres.
Dans l'opéra de Dorliaka^ lequel, à la niaiserie uniforme et visant au sublime du style, et au manque total d'originalité et d'individualité dans les personnages, me semble une traduction de quelque mélodrame du boulevard *, le tyran chante un superbe agit€Uo : c'est un des plus beaux airs que l'on puisse choisir pour une voix de basse ; aussi Lablache et
Galli ne manquent-ils guère de le placer dans leurs ooncerts. J'ajouterai, pour diminuer les regrets de ceux des lecteurs qui ne le connaîtraient pas, que cet air n'est autre chose que le fameux duetto de la lettre, dans le second acte d^OteUo :
Non m'inganno, al mio rivale.
RottiNi 1. 15.