‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilettante;Chapitre 82 sur 87 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

SUITE d'oTELLO.

Le solo de clarinette *y dans l'ouverture *, inspire des idées touchantes, mais non pas touchantes par suite des malheurs vulgaires (effet ordinaire de nos romances qui ont de l'effet). Il y a une grftce noble.

Je trouve plus de grftce et de légèreté que de majesté et de grandiose dans le premier chœur :

ViVa Otello, viva il prode !

ce chœur est écrit avec infiniment d'esprit.

Le récitatif d'Othello qui s'avance :

Vincemmo, o padril

est entremêlé de teintes de tristesse dans l'accompagnement. Au moment où le chant d'Othello

triomphe, raccompagnement dit : Tu mourrcts^ Rossini s'étant une fois résigné à suivre les contresens du librettOy il a dû renoncer à peindre le bonheur d'Othello, et placer des teintes de mélancolie dè& son premier air :

Ah I si per poî gia sento,

Nozzari, qui chanta le rôle d'Othello que Rossini avait écrit pour Garcia, exprimait avec un rare bonheur les nuances de tristesse placées sur ces

paroles :

Deh I amor dirtida il nemho Cagion di tarUi affanni I

Sa superbe figure, qui a quelque chose d'imposant et de mélancolique, l'aidait beaucoup à rendre sensibles au spectateur certains effets auxquels le faiseur du libretto n'avait probablement pas songé. Je me souviens que les Napolitains virent avec étonnement la beauté des gestes et la grâce toute nouvelle que Nozzari trouvait pour le rôle d'Othello ; il n'était pas coutumier du fait. Peut-être tous les rôles qui présentent les extrêmes des passions sont-ils assez faciles à jouer. J'ai toujours vu essayer avec succès le rôle du père dans VAgnese (opéra de M. Paër) ; nous avons à Paris sept à huit bons acteurs, MM. Perlet, Lepeintre, Samson, Monrose, Bernard-Léon, etc. Remarquez qu'ils brillent tous dans des rôles chargés, tandis que je ne vois pas au

théâtre un seul amoureux passable. Peu de per* sonnes ont vu les extrêmes des grandes passions ou des ridicules ; nous rencontrons tous les jours des amoureux.

Il y a beaucoup de feu dans le duetto entre le sombre Jago et le jeune fat Roderi^o :

No, non temer : Sêrena il mesto ciglio, FidaU aW mmUtà, êcorda il periglio.

Je ne doute pas que l'un des grands secrets du maestro qui est destiné à faire oublier Rossini, ne soit de revenir entièrement, et de bonne foi, au genre simple. Si Ton met une si grande force et un tel tapage d'orchestre dans un simple duetto entre deux personnages secondaires, et qui de plus sont d'accord entre eux, que nous restera-t-il pour les fureurs d'Othello et pour ses duetti avec Jago ?

La grande louange que mérite cette partition de Rossini, son chef-d'œuvre dans le style fort et allemand, c'est qu'elle est pleine de feu : c'est un volcan, disait-on à San-Garlo. Mais aussi cette force est toujours la même ; il n'y a point de nuances:

nous ne passons jamais du grave au doux, du plaisant au sévère ; nous sommes sans cesse dans les trombones. Ce qui ajoute encore à cette monotonie de la force, qui est le sublime aux yeux des gens peu doués pour les arts, c'est l'absence des récitatifs ordinaires. Les récitatifs d^OteUo sont toujours

Rossiin. I. 19

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^ obligés comme ceux du grand opéra français»

l II fallait réserver cette ressource pour le dernier

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