acte. Viganô * montra bien plus de génie dans son
^ K ballet d*Otello, ♦ qu'il eut la hardiesse de commencer
' par une forlane ^.
Dans le second acte, Vigano eut encore le bon / esprit de placer une grande scène dans le genre noble et doux : c'est une fête de nuit qu'Othello \j donne dans ses jardins ; c'est au milieu de cette fête qu'il devient jaloux. Aussi, en arrivant au dernier acte du ballet de Viganô, nous n'éprouvions pas la satiété du terrible et du fort ; et bientôt les larmes étaient dans tous les yeux. J'ai très rarement vu pleurer à VOtello de Rossini.
Dans VOtello tel qu'on l'a arrangé pour Paris *, le superbe récitatif de madame Pasta :
Mura infelici ogni di m'aggiro,
compense en partie les inepties du libretto et de la fausse route dans laquelle il a contribué à entraîner Rossini. Mais le mérite en est uniquement à ma* dame Pasta ; ce récitatif, dit par une grande cantatrice du Nord, par madame Mainvielle, par exemple, ne serait nullement remarqué, et ne don* nerait plus cette belle teinte de douce mélancolie
1. Sorte de danse fort vive, nationale dans le Frioul ; la seconde partie est toute mélancolique, Viganô est un homme de génie, connu seulement en Lombardie, où il est mort en 1821, après avoir donné les ballets d'Otello, de Myrrha, de la Vestale, de Promiihêe, etc., etc.
dont je sens si cruellement l'absence dans la partition de Rossini. Madame Pasta y place des agréments que l'on peut dire sublimes ; aussi le public l'applaudit-il encore plus dans le récitatif que dans l'air :
quarUe lagrime Finor versait
qu'on a pris dans la Donna del Lago de Rossini, et qui fut écrit par ce grand maître pour la superbe voix de contralto de mademoiselle Pisaroni. Je ne puis trouver de louanges assez frappantes pour la manière dont madame Pasta dit ces mots :
Ogn' aliro oggetto È a me funesto, TuUo è imperfetto, TuUo detestoK
Heureuse et belle langue italienne, dans laquelle on peut écrire de telles choses sans paraître exagéré et sans encourir le ridicule ! Et pourtant ces paroles peignent sans nulle exagération, et avec ime naïveté parfaite, une manière de sentir, une époque de sentiment, si j'ose parler ainsi, qui se rencontre toujours dans l'amour-passion. Cetair est magnifique, mais je le trouve d'une tristesse trop profonde
1. a Toute autre vue est funeste pour moi ; tout m'importune, tout me semble odieux. »
Il y a un feu et une force contenue admirables dans la manière dont madame Pasta dit ce mot, detesto, tout à fait dans le bas de sa superbe voix. Ce son retentit dans tous les cœurs.
et surtout trop sérieuse. L'effet général de l'opéra aurait gagné à ce que le choix de madame Pasta tombftt sur un air à*amowr tendre^ écrit dans un style doux et touchant. Mais peut-être a*t-on redouté le reproche d'uniformité, le caractère que je viens d'indiquer étant précisément celui que Rossini a donné à l'admirable duetto :
Vor.ei che il tuo pensiero,
qui commence avec tant de génie sans être précédé d'aucune ritournelle. Ce duetto, quand il a le rare bonheur d'être bien chanté, m'a toujours semblé le "chef-d'œuvre de la pièce. Il rappelle la pureté et la simplicité de style de l'auteur de Tancrède^ et il a plus de feu et de hardiesse dans la cantilène. Je n'ai jamais rencontré ce duetto au théfttre tel qu'il peut être dit. En revanche, il y a un salon à Paris où j'ai eu le bonheur de l'entendre chanter cet hiver d'une manière sublime, et par deux voix françaises : je trouvais la perfection de madame Barilli réunie à une chaleur de sentiment que cette grande cantatrice laissait quelquefois désirer.
Il y a encore de bien beaux souvenirs des idées fraîches et jeunes de Tancrède dans le chœur :
SarUo imen, te guidi amorel
C'est toute la suavité de la jeunesse du génie unie à une vigueur que le jeune maestro n'osait pas encore se permettre dans Tancrède et dans Demetrio a
Polihio. Ce chœur, bien chanté, est Tun des plus Leaux morceaux que l'on puisse placer dans un concert. C'est encore un exemple de la perfection de l'union de l'harmonie allemande avec la mélodie <ie la belle Parthénope ^.
Le finale qui suit,
Nel cuor d'un padre amante,
passe en général pour un des chefs-d'œuvre de Rossini. On peut dire avec vérité qu'aucun des rivaux de ce grand maître n'a pu s'élever à un morceau semblable. On ne l'a jamais entendu à Paris tel qu'il était à Naples. Nous avions, à San* Carlo, Davide pour le rôle de Roderigo, et Benedetti, une excellente voix de basse, pour le rôle du père de Desdemona. Ce n'est pas qu'à Paris la voix de M. Levasseur ne soit magnifique, mais cet acteur est timide.
Davide était au-dessus de tous éloge dans :
Confuaa è l'aima mia,
et dans toute la suite du finale K Quelle que soit la niaiserie des paroles, Davide était divin dans :