‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 107 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« Ce compositeur, après le succès d'un de ses opéras, a coutume d'écrire à sa mère et denvoyer à son père les deux tiers de la somme quil a reçue et bien quil ne voyage quavec huit ou dix sequins en poche, il est l'homme le plus gai de la terre et se moque des sots quil rencontre en chemin. Un jour se rendant à Reggio, il dit à ses compagnons de voiturin quil était un maître de musique ennemi mortel de Rossini. Sur-le-champ il improvisa une critique des plus terribles contre ses meilleurs airs et les chanta afin de démontrer combien composait misérablement le fameux Rossini. »

En vérité, si l'auteur s'est proposé de parler ici des mérites de Rossini, ce chapitre vient assez mal à propos. L'anecdote de Reggio est peut-être véridique, mais j'en connais d'autres beaucoup plus jolies. On ne peut trouver parmi les humains un esprit plus désin-

volte. Je l'ai vu, il y a quelques années, à un grand dîner raconter et mimer à ses compagnons de table la chute de son Sigismundo. Rappelant lui-même les sifflets vénitiens, il en faisait entendre le bruit jusqu'aux appartements les plus reculés. Il répétait les imprécations dont on l'avait accablé et témoignait la plus complète indifférence pour ce désastre.

Page 1