‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 62 sur 122 · Journal de Paris, 20 mars · texte numérisé non relu

Journal de Paris, 20 mars

supérieurement son air ; il est beau dans le rôle de Malcolm ; mais le public ne l'applaudit pas. En général, les spectateurs ont été froids, et le jeu des acteurs s'en est ressenti. Je ne vois pas ce que le public gagne à être injuste envers une musique sublime et d'excellents acteurs ; mais je comprends fort bien pourquoi il a été froid : il avait à juger Zuchelli dans un nouveau rôle, celui de Roderigo. Et toutes les fois que l'on présente une nouveauté au public de Louvois, l'on peut être sûr qu'il sera beaucoup plus occupé à interroger de l'œil l'opinion de son voisin qu'à jouir pour son compte du plaisir et de l'émotion que cette nouveauté peut lui pro^ curer. On a trouvé Zuchelli fort bien mis ; il a très bien joué le rôle de Roderigo. Nozzari, à Naples, manque presque toujours sa cavatine de sortie ; Zuchelli y a produit peu d'effet. Mais il a été fort bien, surtout à la seconde représentation, celle d'hier, dans le reste du rôle.

On annonce que dans huit ou dix jours nous verrons Donzelli dans le rôle d^Otello. On ajoute que M. Barbaja, qui, comme on sait, a accaparé Davide, Lablache, Nozzari, M^^^ Fodor, M"^ Ferlotti, en un mot presque tous les grands talents, a promis à M. Meyerbeer, l'auteur du Crociato in Egitto, de lui prêter, si l'on joue à Paris un second opéra de lui, Lablache et Davide. Je suis curieux, je l'avoue, de voir la réception que l'on ferait ici à Davide. Il paraît probable que Galli arrivera au

NOTES d'un dilettante 345

mois de juin et débutera dans la sublime Semiramis de Rossini. Aurons-nous aussi M°^^ Fodor ? On nous a dit tant de mensonges que je commence à être défiant. Si nous revoyons M"^^ Fodor, l'aurons-nous pour cinq ans ? Le plaisir que donne la musique ne vit que de changements ; cinq ans sont bien longs. On dit que M"^^ Pasta nous quittera dans six semaines pour revenir au mois d'août, mais ce qu'on ne dit point, c'est que l'on s'occupe de nous donner des nouveautés. Le Théâtre Italien ne peut, à notre avis, conserver la vogue qu'autant qu'on donnera, chaque année, trois grands opéras nouveaux et quatre opéras en un acte, nouveaux ou du moins remis après un long intervalle. Hier, à la Donna del Lago, l'un des chefs-d'œuvre de Rossini, l'assistance était moins nombreuse qu'on aurait pu le penser.

Page 1