Journal de Paris, 7 avril
manière presque aussi miraculeuse qu'au concert de l'Opéra, dimanche dernier. L'air de Pacini, Lontana dal caro bene, qui a fait tant de plaisir rue Le Peletier, est en quelque sorte une contrepartie du charmant air de Rossini, Di placer mi balza il cor.
^me Pasta chantait ce soir devant un juge redoutable. L'étonnant Velluti est à Paris ; il va chanter à Londres. On sait que cet admirable soprano crée en quelque sorte les airs qu'il chante. Toute l'ItaUe a voulu l'entendre dans la romance d'Isolina, opéra de Morlacchi. Cette romance qui fait fureur dans la bouche de Velluti, chantée par une autre voix, n'est plus qu'un air ordinaire.
Donzelli, l'un des meilleurs ténors d'Italie, est arrivé et va jouer Othello. Cet acteur est plein de feu, et l'on peut espérer qu'il sera tout à fait à la hauteur de ce rôle sublime. M"^^ Méric-Lalande, que nous avons vue au Gymnase, vient d'être engagée par Barbaja, qui lui assure 40.000 francs par an. Les belles voix ne sont pas plus rares en France que partout ailleurs ; c'est la méthode ou l'art de chanter sans crier qui nous manque quelquefois. Dix mois de séjour en Italie ont suffi à ]Vjme Méric-Lalande pour acquérir cette suavité de sons sans laquelle le chant ne fait aucun plaisir à l'oreille et par conséquent n'est pas de la musique. Car, dans cet art, dont les plaisirs sont un peu physiques, on ne parvient à toucher l'âme qu'après
NOTES d'un dilettante 347
avoir séduit l'oreille. Je finirai par deux remarques : la première, c'est que la qualité d^étrangère ne nuit aucunement à M"'^^ Méric-Lalande. Voilà le droit d'aubaine supprimé par toutes les nations civilisées ; certains petits journaux devraient bien ne plus nous parler d^honneur national à propos de chanteurs italiens. Ma seconde remarque, c'est que tout le monde a pu se convaincre, dans le délicieux concert de dimanche, que, sans crier le moins du monde, les voix italiennes se font entendre dans la salle de la rue Le Peletier ; c'est ce qu'on voulut essayer de nier, il y a quelques mois, lorsqu'on donna au théâtre de l'Opéra la première représentation de la Donna del La go.
« IL VIAGGIO A REIMS » ^ (première représentation)
Voici enfin un opéra tel que depuis longtemps nous le demandons à Rossini. Ce grand compositeur vient de nous donner de la musique faite pour les voix que nous possédons à Paris, et nous voyons pour la première fois peut-être, depuis que le Théâtre Italien existe, tous les premiers sujets