‹ Vie de Rossini, suivie des Notes d'un dilletanteChapitre 70 sur 122 · Journal de Paris, 11 août · texte numérisé non relu

Journal de Paris, 11 août

RossiNi. IJ^ 23.

Les éclats de voix, les notes élevées jetées avec tant de hardiesse, auxquels on pouvait reprocher un peu d'aigreur il y a quelques mois, maintenant sont doux et veloutés ; c'est la perfection du chant bouffe. Vers le milieu d'octobre, nous perdrons cette grande cantatrice, ainsi que Donzelli, mais on nous fait espérer, pour le commencement du même mois, Davide, le premier ténor connu. Nous aurons M"^^ Fodor ; le seul Lablache manquera à cette réunion brillante des premiers chanteurs du monde.

Galli a vaincu ce soir un ennemi bien puissant, Vesprit de routine. Le public de Louvois, une fois accoutumé à voir telle roulade sur tel mot, t^l port de voix sur telle syllabe, paraît toujours mécontent si un nouvel acteur sent différemment son rôle et transporte à un autre mot, peignant une autre nuance de caractère, tout ce que sa voix peut avoir de charme, tout ce que son jeu peut présenter de chaleur. J'ai vu des gens à la tête étroite qui cherchaient querelle à Galli, parce qu'il s'efforçait d'être lui-même, et non pas une copie plus ou moins exacte de Pellegrini. En Italie, on aime à changer d'acteurs tous les trois mois, afin de ne pas avoir toujours les mêmes gestes, toujours les mêmes agréments. Bien loin de là, j'ai vu ce soir, au commencement du premier acte, le moment où Galli allait déplaire uniquement parce qu'il se présentait avec un superbe costume bleu de ciel

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•et argent, et que nous sommes accoutumés au vieux manteau rouge de Pellegrini ; de plus, il avait le tort d'entrer en scène gaiement et avec verve, comme un jeune valet de chambre ravi de faire le prince. Galli change de costume au second acte, et quitte les broderies aussitôt que son maître lui a dit : Principe più non sei ; c'est avec le simple habit de cameriere qu'il a répété ce soir le fameux duetto. J'ai trouvé qu'il l'avait chanté avec plus de charme et de légèreté la première fois. Dans trois ou quatre passages, le public, d'abord plus étonné que charmé de la verve étonnante de ce grand acteur et des mots piquants qu'il ajoute à ses rôles, a fmi par l'applaudir avec transport.

Mardi 16 août, Galli reparaîtra dans le rôle de Fernando de la Gazza ladra, et Zuchelli qui, ce soir, a chanté avec tout le goût possible, succédera à Pellegrini et remplira le rôle du Podestat scélérat. Il est essentiel à nos plaisirs que le public, qui commence à sentir le mérite de Galli, veuille bien ne pas se scandaliser de la gaîté et permettre à ce grand acteur de faire des bouffonneries dans ses rôles bouffons ; autrement nous finirons par voir jouer du même ton l'opéra buffa et l'opéra séria. La variété, la nouveauté, qui, dans tous les beauxarts, est la source des plaisirs, en musique est la condition sine qua non. Nous avons les premiers chanteurs du monde, obligeons-les à nous donner une pièce nouvelle tous les deux mois, et quand

nous renouvellerons leurs engagements, mettons une partie de leur traitement en feux. Ils seront intéressés à jouer souvent. On pourrait faire suivre d'une gratification considérable la mise en scène de six opéras nouveaux que l'on donnerait chaque année, et ces gratifications seraient calculées dans le compte des appointements. Tout le monde aurait du zèle, orchestre comme chanteurs ; tout le monde })ourrait dire comme Figaro : mon intérêt çous^ répond de mon zèle. N'est-ce pas là la perfection^ d'une constitution théâtrale ?

PREMIERE REPRESENTATION DU « CROCIATO IN; EGITTO )), OPERA SERIA, DE M. MEYERBEER ^.

Après de longs retards occasionnés par l'absence du compositeur, par l'indisposition de plusieurs artistes, le Crociato in Egitto vient enfin de paraître. Nous l'avons applaudi hier soir au théâtre Louvois,, comme on l'a applaudi à Venise, où il a été joué pour la première fois en 1824, et successivement à Milan, à Florence, à Bologne, à Munich et à Londres.. Les réputations musicales voyagent maintenant, d'un pôle à l'autre avec une extrême rapidité.

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