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Journal de Paris, 9 octobre

NOTES D UN DILETTANTE

applaudir des choses nouvelles que le chanteur fait d'inspiration, et que peut-être il ne reproduira jamais. Nous ne pouvons lutter avec les théâtres de la Scala et de San Carlo qu'en produisant dans chaque opéra quatre ou cinq chanteurs du premier ordre. C'est ce qui a eu lieu pour la Cenerentola jeudi dernier ; aussi les applaudissements ont-ils été unanimes et pleins de chaleur. Le jeu des acteurs s'en est ressenti : Galli et Zuchelli ont osé se livrer à l'inspiration du moment dans le duetto du second acte, et jamais il n'en a été chanté ni joué avec plus de verve et de natarel.

Rubini * a réussi complètement. Dès son entrée en scène, deux ou trois agréments fort légers, et exécutés dans la perfection, lui ont assuré le suffrage de cette classe d'amateurs qui applaudissent surtout le difficile. Rubini a ensuite chanté supérieurement ui.e cavatine fort commune, qu'il a ajoutée à son rôle. Sa voix n'est point forte, et n'a de l'éclat que dans les notes élevées ; elle manque de timbre, c'est-à-dire qu'elle ressemble trop à la voix parlée. On ne l'entend nullement dans les morceaux d'ensemble ; et souvent, dans les duos, elle a été complètement éclipsée par l'orchestre de Louvois qui met de la vanité à jouer toujours trop fort. Si l'on ne parvient pas à modérer cette mauvaise habitude, la moitié des agréments de la voix de Rubini restera invisible à Paris. Ce serait dommage. Cette voix, travaillée avec un art infini,^

place le débutant immédiatement après Davide dans la liste des excellents ténors. Donzelli a plus de force, Crivelli possède une voix infiniment plus belle, mais Rubini se tire mieux du badinage élégant, hardi, piquant, scintillant pour ainsi dire, que nous demandons aujourd'hui à la voix du ténor. Rubini doit chanter d'une manière supérieure à tout ce que nous avons vu en France le rôle de Paolino dai s le Mariage secret. Il n'est point acteur, mais il est joli homme et ne paraît jamais embarrassé sur les planches. Son émotion était extrême et a dû njire à ses moyens. Les Italiens ont enfin compris que les grandes réputations musicales se font à Paris ; c'est dans la capitale de l'Europe qu'il faut obtenir des louanges, si l'on veut être engagé avantageusement ailleurs.

]Vjiie Mombelli nous a offert la perfection d'un genre de chant qu'après son départ nous ne verrons plus en France ; on pourrait comparer cette manière aux arabesques de Raphaël. Comme de coutume, la voix de M^^^ Mombelli l'a trahie une fois, elle a manqué une des notes les plus remarquables du morceau qu'elle chante en arrivant au bal. J'aime beaucoup mieux, je l'avoue, un chant plein de génie, déparé une fois par une fausse note, que la perfection continue et monotone de la médiocrité qui ne tombe pas parce qu'elle ne s'élève jamais.

On ne peut demander qu'une chose à Galli et à Zuchelli dans la Cenerentola : c'est de changer

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de rôle. La voix puissante de Galli ne peut absolument pas se plier au ton léger de la cavatine Come Vape ne' giorni d'Aprile. On souffre à l'entendre chanter. Ses efforts sont trop visibles. Cette cavatine serait au contraire un triomphe pour la voix si légère de Zuchelli ; tandis que Galli chanterait aussi bien et jouerait mieux la charmante cavatine : Miei rampolli feminili. Cette pauvre cavatine n'a pas pu encore se faire comprendre par les petits journaux qui ne connaissent rien à l'art des Rossini et des Cimarosa, et s'imaginent que l'on peut mettre l'esprit en musique. Il faut, pour cet art, l'horreur tragique de Shakespeare ou le comique bouffon de Scarron.

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